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EST-CE UN VESTIGE DE L’ABBAYE ?

samedi 15 juillet 2017, par rogertempete

EST-CE UN VESTIGE DE L’ABBAYE ?

Il faut marcher dans Coulombs pour remarquer par dessus une grille un petit édifice qui fait penser à une chapelle. Il se trouve au numéro 23 de l’Avenue de l’Abbaye. Ce bâtiment a manifestement été construit dans un style gothique et l’on me demande parfois si c’est un vestige de l’abbaye.

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Vue du bâtiment dans son entier

La réponse est clairement non. Les plans connus de Coulombs et de l’abbaye avant la révolution de 1789 montrent que les actuelles Grande Rue, Avenue de l’Abbaye (jusqu’aux vestiges de la tour et du porche de l’église primitive de l’abbaye) et Rue de Sully existaient déjà au même emplacement. Le domaine de l’abbaye s’étendait entre ces rues et la rivière de l’Eure.

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Extrait d’un plan de Coulombs (Archives Départementales)

Cet extrait de plan prouve qu’avant la révolution la rue en face de l’église de l’abbaye présentait des constructions dans une configuration légèrement différente des maisons actuelles. Je pense que les maisons des numéros 23, 25 et 27 ont été modifiées ou reconstruites au 19ème siècle.

Toutefois, ce petit bâtiment aurait pu être édifié avec des vestiges de l’abbaye mais un examen attentif ne le confirme pas. C’est à mon avis un décor plus ou moins utilitaire aménagé à l’entrée du jardin d’agrément de cette propriété à l’allure bourgeoise. Il se compose d’une petite pièce en rez-de-jardin bien pratique pour y ranger les outils de jardinage. Je ne pense pas qu’il s’agissait à l’origine d’une cave ou d’une glacière qui en principe sont creusées en profondeur pour profiter de la fraîcheur de la terre.

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L’entrée au niveau jardin

On accède par un escalier extérieur dans une pièce à l’étage qui fait penser à une chapelle. Était-ce vraiment une pièce pour s’y recueillir comme dans un oratoire ou pour être au calme afin d’y écrire ? J’écarte l’idée d’une pièce pour les enfants en raison de la dangerosité de l’escalier.

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Accès à l’étage

Ce qui laisse penser à un décor de jardin, c’est la cascade qui s’appuie sur l’un des côtés et qui devait alimenter un bassin avec sans doute un système de pompe de relevage. Mais cette cascade a pu être ajoutée après la construction du bâtiment. Enfin, la construction se révèle être à certains endroits une maçonnerie avec des armatures de fer et non des pierres taillées.

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Vestige de la cascade et du bassin

Reste à savoir qui l’a construit et quand ? On ne peut qu’échafauder des hypothèses. La propriété au numéro 23 avenue de l’abbaye était celle de la famille MAILLARD dont j’ai déjà parlé au sujet de la parfumerie de Coulombs. M. MAILLARD s’est installé à Coulombs au début des années 1900 puisqu’une enquête publique est nécessaire en 1903 pour la parfumerie. C’est la découverte d’une plaque de verre qui a permis d’obtenir la photo suivante. Elle restitue l’escalier en bon état mais je ne connais pas les personnes qui y figurent. Si les plus âgées sont M. et Mme MAILLARD, la photo est antérieure à 1942, année de leur décès.

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Photo de famille au pied de l’escalier

Auparavant, le registre des délibérations du conseil municipal conserve le nom de M. LEGOUX, marchand de bois, qui exploitait sur place une scierie et qui sollicite diverses autorisations en 1855, 1862 et 1867. Il était aussi poète et à laissé quelques œuvres dont un extrait qui concerne l’abbaye a été reproduit dans le Pavé de Coulombs (bulletin municipal) numéro 3 Hiver 2008-2009.

C’est à M. Ernest LEGOUX que je pense pour la construction de ce décor. Je le vois bien écrire ses poèmes au calme à l’étage de ce bâtiment. Mais c’est principalement en raison des décors de ce bâtiment que je lui en attribue la conception. M. LEGOUX apparaît dans la liste des membres de la Société Archéologique d’Eure-et-Loir à partir de 1873. En 1864, la Société Archéologique a fait publier l’histoire de l’abbaye de Coulombs rédigée par Lucien MERLET, archiviste à Chartres. Ce livre donne la liste des abbés, la date de leur installation à l’abbaye et pour la plupart d’entre eux reproduit leur blason.

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Des blasons sur les façades

Précisément, tous ces blasons ornent les façades du bâtiment avec une date qui correspond à celle indiquée dans l’ouvrage de L. MERLET. La présence du blason de l’Abbé d’ESPAGNAC (en haut à gauche sur la photo) installé à Coulombs en 1761 prouve que le bâtiment est forcément postérieur. Deux portraits sont également scellés. Je crois pouvoir affirmer qu’il s’agit de ceux de PHILIPPE VI DE VALOIS mort à Nogent-le-Roi en 1350 et de JEANNE DE FRANCE née à Nogent-le-Roi en 1464.

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Philippe VI de Valois
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Jeanne de France

Ainsi, j’imagine que M. LEGOUX a voulu édifier un bâtiment original totalement décoré par des éléments historiques liés à Coulombs et Nogent-le-Roi. C’était à l’époque où l’on redécouvrait la période médiévale et les nombreuses restaurations du patrimoine gothique par VIOLLET-LE-DUC étaient d’actualité. De même, l’aménagement des jardins faisait appel à cette nouvelle technique de sculptures en faux bois ou fausse pierre que permettait le ciment armé. Tout cela reste une hypothèse de construction entre 1864 et 1914, soit par M. LEGOUX, soit par M. MAILLARD, tant qu’on n’aura pas découvert un plan daté ou des factures d’entrepreneurs.

J’ai eu connaissance d’un dessin de ce bâtiment réalisé avec soin, sans doute par un enfant, dont le seul défaut porte sur les proportions et la difficulté de traduire les perspectives.

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Aujourd’hui, le bâtiment est encore sain mais se trouve en mauvais état dans sa partie inférieure (escalier et cascade) soumise aux intempéries. Il mériterait une restauration car, s’il n’est pas un vestige de l’abbaye, il est un élément du petit patrimoine de pays, témoin d’un savoir faire des artisans qui l’ont élevé.

Merci à Madame RECORDON qui m’a autorisé à le photographier.

Roger TEMPÊTE