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L’ALCOOL TUE

vendredi 18 novembre 2016, par rogertempete

L’ALCOOL TUE

L’alcool au volant tue ,boire ou conduire il faut choisir. Tout le monde connaît ces deux formules lancées par les campagnes de prévention routière contre l’alcool au volant, Mais l’automobile ne date que du début du vingtième siècle. Des rapports détenus aux archives de la mairie de Coulombs attestent que l’alcool tuait aussi lorsqu’on se déplaçait à pieds ou en voiture à cheval.

Le registre d’état civil de 1879 indique ’’que cejourd’hui vingt six juillet, à neuf heures du matin sur le territoire de cette commune lieu dit la Bretêche, est décédé François Etienne LEGENDRE, journalier, âgé de trente sept ans, domicilié à Bréchamps, veuf de Joséphine Alphonsine LETHIAS" sans plus de précision sur les causes du décès.

Un rapport donne quelques informations sur un stupide accident qui explique ce décès :

"Le Sr LEGENDRE François, Etienne, 37 ans, demeurant à Bréchamps, était à boire à Nogent ou à Lormaye le 20 juillet 1879.

Le soir arrive, on les renvoie.

Ce jour était la fête à Chandelles et les cafetiers avaient jusqu’à 2 heures du matin.

Les 3 buveurs se dirent : allons à Chandelles et les voila partis par le pont de la Bretêche alors en construction. Le vieux pont n’était pas très solide, un bout de lisse manquait d’un côté. Il faisait noir.

Les 2 compagnons passèrent mais le Sr LEGENDRE qui tenait la lisse d’une main, arrivé au bout n’eut plus de point d’appui et tomba dans la rivière et se noya.

Son corps n’a été retrouvé que le 26 juillet et a été inhumé à Bréchamps.

Le Sr LETHIAS de Coulombs est son beau frère".

Ce court texte donne au passage des indications sur les habitudes de vie à l’époque : Il y avait une fête à Chandelles. Il y avait à Chandelles plusieurs cafés. Le jour de la fête, les cafetiers avaient le droit d’ouvrir leur établissement jusqu’à deux heures du matin. Le pont de la Bretêche était en cours de reconstruction (le pont de 1879 a été endommagé par les bombardements de 1944 et reconstruit après la guerre).

François LEGENDRE avait sans doute bu mais sa chute à été causée par un manque de sécurité aux abords du pont qu’on reconstruisait. Son épouse étant décédée le 28 février 1876, il laissait deux orphelins : un fils François né le 1er juillet 1868 et une fille Albertine née le 19 avril 1871.

C’est dans le registre des délibérations du conseil municipal de la commune de Lormaye que j’ai découvert l’épilogue de cette affaire grâce au livre de M. DETOURNAY sur Nogent-le-Roi et son canton.

Dans un chapitre sur la troisième République, M. DETOURNAY écrit à propos de la construction de la voie ferrée Dreux-Maintenon : "c’est pendant l’installation du pont métallique du Pont de la Bretêche qu’un ouvrier M. LEGENDRE fait une chute mortelle" et il cite une année 1884 (336) qui renvoie à la liste des références qu’il a consultées comme étant le registre des délibérations communales de Lormaye. À l’évidence, M. DETOURNAY commet une confusion entre le pont métallique du chemin de fer qui a été posé à proximité de celui de la Bretêche sur la route de Lormaye à Chandelles, lui aussi métallique ainsi que le montre une carte postale. Mais, quand M. DETOURNAY rédige son livre en 1984, le pont de la Bretêche n’est plus métallique puisqu’il a été reconstruit en béton après les bombardements de 1944 et il ne reste que le pont du chemin de fer..

Le conseil municipal de Lormaye, lors de sa séance du 26 septembre 1884, consacre une longue délibération à l’affaire JORET qui oblige la commune à souscrire un emprunt de 7.500 francs pour la somme due aux mineurs LEGENDRE. Le Maire rappelle au conseil "que par un arrêt de la première chambre de la Cour d’Appel de Paris en date du 6 mars 1883, la commune de Lormaye a été condamnée pour l’accident dont le Sr LEGENDRE a été victime le 27 juillet 1879 au pont de la Bretêche à payer au sieur LETHIAS, tuteur des deux enfants de LEGENDRE, un capital de mille francs pour chaque enfant soit pour les deux enfants 2.000 F., une pension alimentaire de cinq cents francs par an pour chaque enfant soit pour les deux 1.000 F. ce qui donnera depuis le 22 octobre 1879, jour de la demande, 5.000 F., les intérêts de ces sommes depuis 5 ans 500 F., la somme suffisante pour l’acquisition de deux titres de rente 3% sur l’état français, destinée à assurer pour l’avenir ladite pension alimentaire de 500 francs pour chacun des mineurs LEGENDRE jusqu’à leur majorité. Par l’arrêt sus relaté, MM JORET et Cie, qui ont fourni et posé le pont métallique de la Bretêche, et qui ont été reconnus cause de l’accident par suite de négligence ont été condamnés à garantir la commune des sommes dues à LETHIAS et à payer les frais de jugement".

Le conseil décide de payer au plus vite les sommes dues et, à cet effet, autorise le Maire à contracter un emprunt de 7.700 francs avec les frais.

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Le pont de la Bretêche construit en 1879

Un second rapport évoque un accident tout aussi stupide survenu à Coulombs.

"Le dimanche 30 mai 1880 à 10 heures du matin sur le territoire de cette commune lieu dit la côte de Bréchanteau est décédé MAXENCE Théodore Eugène.

Cet individu était charretier depuis quelques jours chez Aimable PETIT voiturier à Abondant. Il amenait des chênes chez M. LEGOUX. En descendant la côte, la roue lui a broyé la tête. La mort a été instantanée. D’après les dires du Sr PETIT ce charretier serait parti avec 3 francs et il ne lui restait plus que 26 sous. Il est très probable qu’il a bu en route. La commune l’a fait enterrer à ses frais. Avis a été donné au lieu de sa naissance et expédition de son acte de décès y a été transmis".

On imagine le charretier guidant son attelage à pied en titubant et perdant l’équilibre ou tombant de la banquette à la suite d’un endormissement, son corps passant sous la roue du chariot qui lui écrase la tête.

L’acte d’état civil indique que "ce jourd’hui trente mai, à dix heures du matin, sur le territoire de cette commune, lieu dit Bréchanteau, est décédé Théodore Eugène MAXENCE, âgé de trente-huit ans, né à Saint-Michel-des-Andaines (Orne) le deux février mil huit cent quarante deux, sans domicile fixe, mais employé momentanément et depuis quelques jours comme charretier chez le sieur Aimable PETIT, voiturier à Abondant".

Finalement, un pauvre bougre sans domicile fixe qui travaillait ça et là pour assurer sa pitance et que le démon de l’alcool a conduit au cimetière.

Roger TEMPÊTE