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ANTOINE GOGUIER

dimanche 25 janvier 2015, par rogertempete

Antoine François GOGUIER ( 1724-1803 ) Seigneur de Brichanteau

La famille GOGUIER ( parfois écrit Goguyer ) est présente à Coulombs depuis au moins un siècle avant la révolution de 1789. Les registres de la paroisse contiennent les noms de Jacques Goguyer inhumé en 1694 et de Jacques Goguier baptisé le 14 avril 1719.

C’est le 26 septembre 1724 qu’est baptisé Antoine François GOGUIER, fils de François René GOGUIER et de Dame Marie de CLERMETZ. Ses parents sont inhumés à Coulombs, Marie de Clermetz le 6 février 1749 à l’âge de 60 ans et François René Goguier le 27 août 1757 à l’âge de 75 ans.

Antoine François épouse Marguerite Julienne BLANCHE ; Le mariage ne paraît pas avoir eu lieu à Coulombs mais deux enfants, des fils, y sont baptisés : René César Auguste le 8 juillet 1755 et André Suzanne le 27 novembre 1756.

On se souvient qu’avant la révolution de 1789, les seigneurs jouissaient de privilèges et on imagine qu’Antoine François Goguier ne s’en privait pas et qu’on lui obéissait. Il n’hésite pas à tenir tête à quiconque et il est mêlé à des procès avec le Duc de Noailles, seigneur de Nogent-le-Roi, et la Fabrique de Coulombs qui gère les biens de l’église.

L’ordre nouveau établi après 1789 ne lui convient certainement pas et les administrateurs de la toute nouvelle commune vont se heurter à ce personnage qui a déjà plus de 65 ans. Plusieurs délibérations de la municipalité relatent les incidents survenus :

‘’…le mercredi 19 janvier 1791, Antoine François Goguier, propriétaire de la ci-devant seigneurie de Brichanteau, déclare qu’il aurait trouvé dans le bois du Cormier lui appartenant le nommé Louis BOUFFAY, vigneron à Coulombs, armé d’un fusil et chassant‘’. Pour sa défense, Louis Bouffay dit qu’il ne chassait pas mais s’abritait dans le bois en raison du grand froid. Au lieu des 25 livres d’amende qu’il mérite, les officiers de la commune ne le condamnent qu’à trois livres d’amende et défense de récidive. C’est sans doute un camouflet vis-à-vis du seigneur.

24 Brumaire an II ( 14 novembre 1793 ) - Les titres de noblesse doivent être déposés en application du décret du 17 juillet 1793 de la Convention.

Antoine François Goguier se présente à la maison commune et exige un récépissé de son dépôt tandis que le Maire, Jean GRIMOUX, suppose qu’il ne présente pas tous ses titres ; Le Maire, ‘’ne croyant pas être dans l’obligation de le faire, vu que la loi ne l’enjoint pas‘’ s’adresse au district de Dreux pour savoir s’il peut délivrer un récépissé.

Les hostilités sont ouvertes entre la municipalité et Antoine François Goguier.

1er Frimaire an II ( 21 novembre 1793 ) – Le Maire, ‘’considérant combien il importe pour le salut public de désarmer les gens suspects, le Procureur de la commune entendu, arrête que ce jourd’hui le citoyen Goguier, ci-devant Seigneur de Brichanteau, sera désarmé de toute arme quelconque, attendu qu’il est considéré comme homme suspect.‘’

La réponse donnée au Maire par le citoyen administrateur du Directoire du district de Dreux ‘’porte en substance que le Maire ne peut sans se compromettre donner le récépissé au citoyen Goguier pour la remise de ses titres‘’.

6 Frimaire an II ( 26 novembre 1793 ) – La réponse ne satisfait pas Antoine François Goguier qui refuse de remettre ses titres d’où une nouvelle plainte du Maire au district de Dreux : ‘’…non seulement le citoyen Antoine François Goguier ci-devant Seigneur de Brichanteau, ex-noble, père dit-on de deux émigrés, refuse de remettre au greffe de la municipalité de Coulombs ses titres de noblesse, terriers, plans, aveux, dénombrement et autres titres de féodalité dont il est pourvu à la charge d’un récépissé mais encore il refuse formellement de les produire en aucune manière que ce soit…le déclarons suspect, réfractaire à la loi et en conséquence demandons que la peine portée en l’article 7 du susdit décret soit décernée contre lui.‘’

L’affaire se termine au tribunal et le 29 Frimaire an II ( 19 décembre 1793 ), le juge de Paix du canton de Nogent-le-Roulebois ordonne au Sieur Goguier de déposer ses titres. Le sieur Goguier est présent à l’audience mais le Maire de Coulombs, quoique convoqué, ne s’est pas dérangé.

Le même jour, Antoine François Goguier se présente à la maison commune de Coulombs pour déposer ses titres. Le Maire qui ne connaît pas le jugement refuse de les recevoir : ‘’nous lui avons observé que nous ne pouvions recevoir les titres susdits sans qu’au préalable communication du jugement susdit nous ait été donné, ledit Goguier s’est retiré près la porte de ladite maison commune et a jeté sur la table du bureau ses susdits titres et s’est enfui en disant que nous jouions aux voleurs et ce parce que nous lui avons soutenu qu’il était faux qu’il nous avait présenté ses titres pour être brûlés en sa présence ainsi qu’il l’avait dit au citoyen juge de paix dans le cours de son interrogation.‘’

3 Nivose an II ( 23 décembre 1793 ) – L’huissier notifie le jugement au Maire et, à la requête du Sieur Goguier, signifie que celui-ci s’y est déjà conformé en offrant et laissant ses titres le 29 Frimaire ; Une délibération est aussitôt transcrite sur le registre rappelant que le jugement qui condamne le Sieur Goguier à remettre ses titres et en outre à la somme de soixante livres d’amende. Il est précisé : ‘’tous les titres ayant été remis au greffe de ladite municipalité en exécution du jugement susdit ont été brûlés au pied de l’arbre de la liberté, en présence d’un grand nombre de citoyens.‘’

Privé de ses titres, le Seigneur de Brichanteau redevient un citoyen comme les autres et là s’achèvent les démêlés de la municipalité et du Sieur Goguier à la lecture du registre communal.

Antoine François Goguier termine cependant sa vie sur ses terres, entourés de ses domestiques et il meurt à Coulombs 10 ans plus tard, le 8 Nivose an XII ( 30 décembre 1803 ) à l’âge de 79 ans.

Comme un dernier sursaut d’orgueil, sur son acte de décès est mentionné comme profession le mot ‘’ Bourgeois ‘’.

NB : Il est bien écrit Brichanteau et non Bréchanteau comme de nos jours.

Roger TEMPÊTE

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La Ferme de Brichanteau au début des années 1900