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LES GUERRES À COULOMBS (DEUXIÈME PARTIE - 1815 à 1921)

samedi 14 mai 2016, par rogertempete

LES GUERRES À COULOMBS DE 1815 À 1921

Si l’on y réfléchit, les guerres menées par Napoléon Ier n’étaient pas très différentes de celles au temps de César contre les gaulois. Les combattants ont employé des armes blanches jusqu’au quatorzième siècle. Les soldats des armées se déplaçaient à pied ou à cheval encore en 1815. Les corps à corps étaient souvent la règle pour décider de l’issue d’une bataille.

Avec l’utilisation de la poudre, les premières bombardes et arquebuses ont commencé à faire des ravages dans les rangs des assaillants au fur et à mesure que leur portée était améliorée. Ces nouvelles armes pouvant servir aussi bien à l’attaque qu’à la défense traversent quatre siècles d’amélioration. Longtemps alimentés par un boulet plein, les canons tirent des obus (boulet creux puis charge explosive) dès les guerres de Napoléon Ier.

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Léonard de Vinci (1452-1519) imagine une machine proche de la mitrailleuse

La révolution industrielle et les nouvelles inventions du dix-neuvième siècle vont profondément modifier l’art militaire à partir du second Empire. Le réseau de chemin de fer qui se développe après 1840 améliore les relations entre les villes et raccourcit la durée des déplacements.

Au cours des années 1870, ce sont les relations entre les hommes qui se modernisent grâce au téléphone puis à la radio. Les armes font des progrès. Le canon rotatif mis au point vers 1860 se transforme en mitrailleuse automatique vers 1884. Les machines à vapeur puis les moteurs thermiques remplacent les voiles des bateaux de guerre.

Le vingtième siècle s’ouvre avec les premières voitures automobiles et les premiers avions qui, au plan militaire, vont devenir des camions, des tanks, des avions de reconnaissance puis des bombardiers.

Avant 1870

Lassé des guerres du premier Empire, le peuple de France aspire à la paix. Elle va durer sous Louis XVIII jusqu’en 1823 où la France va rétablir le Roi d’Espagne. Charles X ne fera qu’une expédition en Algérie en 1830 mais c’est à l’intérieur que la contestation conduira à son abdication après les journées de juillet 1830.

Une nouvelle royauté qui n’est plus de droit divin s’installe avec Louis Philippe Ier, monarque constitutionnel puisqu’il a été élu par les chambres. La crise de 1830 avait laissé des traces à l’intérieur comme à l’extérieur et la France a été mêlée à plusieurs conflits en Europe et en Orient. C’est le temps de la création de la Belgique, des premiers mouvements préalables à l’unité de l’Allemagne et de l’Italie, de guerre entre l’Egypte et ses voisins, le tout mêlé des successions dynastiques et d’alliances entre les familles des royautés d’Europe. Des troubles sociaux emportent la royauté en 1848.

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Prise de la Smala d’Abd-el-Kader - détail du tableau d’Horace Vernet

Le principal conflit du règne de Louis Philippe se déroule sur le sol Algérien entre la France et l’émir Abd-el-Kader et se termine finalement par la conquête et la pacification de l’Algérie en 1847.

La seconde république porte à sa tête un président en la personne du prince Louis Napoléon Bonaparte qui s’empresse de la transformer en un second Empire. Si, à l’intérieur, la France se développe au niveau industriel et commercial, la politique extérieure de Napoléon III est plus hasardeuse, faite de conflits en Europe et même en Amérique avec le Mexique et en Asie avec la Cochinchine.

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Exécution de Maximilien d’Autriche au Mexique - Tableau de Manet

Une révolution en Espagne met en conflit la France et la Prusse. Une dépêche mal interprétée va faire tomber l’Empire. Une courte guerre déclarée en juillet 1870 à la Prusse conduit à des revers militaires qui font que les armées prussiennes parviennent à encercler le gros de l’armée Française. Napoléon III, pour éviter un massacre inutile, capitule le 2 septembre à Sedan. L’Empereur est déchu et la troisième République est proclamée le 4 septembre. Les armées prussiennes envahissent la France, entrent dans Paris puis s’orientent vers la Loire et la Bretagne. Le pays chartrain est concerné et des combats sanglants ont lieu notamment à Châteaudun et Loigny.

De 1815 à 1870, tous ces conflits ont du envoyer des soldats de Coulombs sur les différents fronts. Les archives municipales de la commune n’en font pas état.

LA GUERRE DE 1870

En juillet 1870, les premiers affrontements concernent le nord de la France. Les armées françaises sont vite submergées. Napoléon III abdique début septembre. Le conflit n’est pas pour autant terminé et la troisième République lutte contre l’envahissement de la France par l’ennemi prussien. La France est battue à la bataille du Mans et la capitulation est signée le 22 janvier 1871. Le traité de Versailles signé le 26 février 1871 fait perdre l’Alsace et la Lorraine soit des territoires sur quatre départements de l’Est. Aussitôt, Paris se soulève. C’est la Commune, un soulèvement populaire entre le 18 mars et le 28 mai 1871 qui s’achève dans le sang. Des Français tirent sur des Français. Le traité de Versailles condamne aussi la France à une forte indemnité et à l’occupation des troupes prussiennes pour garantir son paiement.

La guerre de 1870-1871 a donné lieu à des combats en Eure-et-Loir et notamment à Dreux/Tréon/Luray, Jouy, Épernon, Luisant, Berchères-sur-vesgre/Saint-Lubin-de-la-Haye, Torçay/Ardelles, Saint-Maixme-Hauterive, Coudreceau/La Fourche/Nogent-le-Rotrou où des soldats sont tués de part et d’autre sans oublier la terrible défense de Châteaudun le 18 octobre1870 et la bataille de Loigny le 2 décembre 1870.

Coulombs a pu échapper aux combats mais pas au passage des troupes et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y en a eu de toutes les couleurs. Après la guerre, les maires ont été chargés de faire un rapport. La copie manuscrite du rapport du Maire de Coulombs est détenue dans les archives de la mairie. En voici la teneur :

’’4 octobre 1870. Combat d’Épernon. Les gardes nationaux de Coulombs répondent à l’appel qui leur est fait pour la défense d’Épernon. Ils restent trois jours entiers dans cette ville.

5 octobre. La défense d’Épernon n’ayant pas réussi, la commune de Coulombs s’attend à être visitée sous peu par l’ennemi ; en effet, le lendemain 5 octobre, deux uhlans, le pistolet au poing, descendent prudemment la route d’Épernon à Nogent, traversent le bourg au grand galop et poussent une reconnaissance jusqu’aux portes de Lormaye. Ils n’osent paraître à Nogent-le-Roi et rebroussent chemin au plus vite.

11 octobre. Une patrouille de hussards rouges traverse Coulombs pour aller à Nogent-le-Roi. Ces cavaliers sont reçus à coup de fusil . Les mobiles qui se trouvent à Nogent se mettent à leur poursuite, mais le manque de cavalerie les empêche d’atteindre l’ennemi.

29 octobre. Un escadron de lanciers rouges et un poste de 24 Bavarois restent huit jours à Coulombs.

10 novembre. Un escadron de lanciers jaunes succède aux lanciers rouges, et séjourne pendant trois jours.

17, 18 novembre. Passage d’un corps d’armée meklembourgeois, 2.000 hommes font séjour dans la commune ; le train et l’artillerie séjournent pendant 10 heures au moins dans les rues, empêchant la circulation. Ce corps d’armée est suivi d’une foule d’ignobles chariots conduits par des hommes à mine patibulaire qui exercent le vol et le pillage sur une grande échelle, et recèlent les objets volés par les soldats. Plusieurs caves renfermant le butin des habitants sont pillées. La ferme d’Héliot est envahie par 400 cavaliers et mise au pillage.

4 décembre. Séjour de 200 hussards verts.

10 décembre. Séjour de 150 cuirassiers blancs.

24 au 29 décembre. Séjour de 900 hommes d’infanterie hessoise.

25 décembre 1870 au 4 janvier 1871. Séjour de 40 hommes du personnel des ambulances et de 170 hommes d’infanterie hessoise.

3 janvier 1871. Séjour de 1.000 hommes, recrues des 33 et 83ème régiments d’infanterie.

13 Février. Passage d’un corps d’armée. Séjour de 725 hommes et de 120 chevaux.

14, 15 mars. Passage dans la commune d’un corps d’armée, et séjour de 2.000 hommes

Le Maire de Coulombs, F. BALAGNY.’’

L’ensemble de tous les rapports des Maires d’Eure-et-Loir sur l’invasion prussienne a fait l’objet d’une publication dès 1872 par Pétrot-Garnier, libraire à Chartres. On y trouve le rapport des maires des communes voisines qui font état de quelques exactions. À Boutigny les fusils de la garde nationale ont été brisés par les premiers occupants. À Bréchamps, un prussien a brutalisé un cultivateur à qui il venait de réquisitionner trois chevaux et a porté des coups de bâton à M. Galerne ,conseiller municipal, qui tentait de s’interposer. À Faverolles et aux Pinthières, un escadron venu de Houdan a menacé d’incendier les communes parce qu’un habitant avait tiré la veille entre Faverolles et Les Pinthières. À Ormoy, deux meules de paille ont été incendiées à un kilomètre du village. À Senantes, les prussiens ont mis e feu à une meule de landes, située près des habitations, au hameau de Dancourt.

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Médaille Commémorative - Guerre de 1870-1871

L’histoire n’a pas retenu les noms des soldats de Coulombs qui ont participé à la guerre en 1870-1871, pas de monuments aux morts non plus. Pourtant la transcription d’un acte d’état civil prouve que Coulombs a perdu au moins un soldat qui était prisonnier durant cette guerre.

’’L’an mil huit cent soixante quatorze, le vingt cinq décembre à midi, nous Florent Balagny, maire, officier de l’état civil de la commune de Coulombs, arrondissement de Dreux (Eure-et-Loir) avons procédé à la transcription de l’acte de décès dont la teneur suit ; lequel nous a été transmis par M. le Ministre de la guerre et qui nous est parvenu ce matin à huit heures.

Traduction : Extrait de la liste des prisonniers de guerre français morts à Ulm
Numéro d’ordre : 94
Grade, Prénom, Nom : soldat Désiré GUICHARD
Pays natal : Columbie département d’Eure-et-Loir
Corps : 6ème Infanterie, 2ème Bataillon, 5ème Compagnie
Cause de la mort : maladie de cœur
Jour et date de la mort : 3 octobre 1870 à l’hôpital de la forteresse d’Ulm.

Remarque. L’extrait mortuaire a été envoyé au gouvernement général à Versailles le 13 février 1871.

Pour extrait conforme, le Chef des archives au Ministère royal Wurtembergeois, signé Wester... ’’

En 1911, une loi décide d’attribuer une médaille aux survivants de ce conflit (à l’image de ce qui avait été fait au second Empire pour les médaillés de Sainte Hélène). Alfred Augustin PICHARD (1846-1915), natif de Coulombs, résidant à Senantes en 1911, a reçu cette médaille. Je n’ai pas réussi pour l’instant à trouver une liste des autres soldats de Coulombs ayant bénéficié de cette distinction.

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Dévouement Patriotique 1870-1871

Entre 1871 et 1914, les relations entre la France restent tendues. La perte de l’Alsace-Lorraine a fait naître un sentiment de revanche perceptible dans bien des domaines. La littérature, entre autre le roman de Maurice Barrès, Colette Baudoche, entretient la haine envers les Prussiens. Dans les écoles, à partir de 1882, les instituteurs de la troisième République préparent les enfants à la guerre avec les bataillons scolaires. Les archives de la mairie de Coulombs ont conservé un catalogue de cette époque où l’on trouve parmi les fournitures scolaires des fusils en bois destinés à apprendre aux garçons le maniement des armes. Le service militaire, obligatoire en principe depuis 1798 mais avec un système de tirage au sort avec de nombreuses exemptions, devient universel en 1905. Chaque français est appelé au service militaire ou réformé pour des raisons physiques. À coté des militaristes avides de revanche, il y a aussi des pacifistes qui se déclarent et insistent pour maintenir la paix comme Jean JAURÈS.

L’assassinat de l’Archiduc François Ferdinand d’Autriche à Sarajevo le 28 juin 1914 met le feu aux poudres. La France déclare la guerre à l’Allemagne. Les efforts de JAURÈS pour maintenir la paix seront vains et il les paiera de sa vie, victime d’un assassinat le 31 juillet 1914, la veille de la déclaration de guerre.

LA GUERRE DE 1914 - 1918

1914

La guerre européenne qui débute va être moderne et mondiale.

La mobilisation générale commence le 2 août 1914. S’ils n’ont pas une affectation militaire spéciale telle que l’artillerie ou s’ils sont maintenus dans leur poste dans les usines destinées à produire l’armement, les soldats d’Eure-et-Loir sont mobilisés en majorité au 101ème Régiment d’Infanterie stationné à Dreux où l’on retrouve la plupart des soldats de Coulombs et au 102ème Régiment d’Infanterie stationné à Chartres.

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Fac simile de l’Ordre de Mobilisation Générale du 2 août 1914

Le lieutenant Charles DELVERT a tenu un carnet qu’il a publié après la guerre où sont retracés tous les mouvements du 101ème Régiment d’Infanterie au début de la guerre. Ses notes permettent de suivre les enfants d’Eure-et-Loir dans leurs premiers contacts avec l’ennemi jusqu’au 26 septembre, date à laquelle cet officier est grièvement blessé. Il reprendra son récit en novembre 1915 à son retour sous les drapeaux jusqu’en juillet 1916 où il participe à la bataille de Verdun (Carnets d’un fantassin - Albin Michel Éditeur - Paris 1935) .

Partis de Saint-Cloud le vendredi 7 août 1914, les soldats passent à Reims le lendemain et sont dirigés vers Verdun. Le dimanche 9, ils effectuent une longue marche et arrivent le 10 à proximité de Mangiennes dans la Meuse. Ils entendent la canonnade et la fusillade mais ne sont pas encore engagés. Des blessés sont évacués de la ligne de front sous leurs yeux. Ils restent en avant garde quelques jours à surveiller un carrefour, des bois et le village de Pillon dans le secteur de Mangiennes.

Le 18 août, ils font mouvement vers le nord toujours dans le même secteur, restent à Villiers-sur-Mangiennes jusqu’au 21 août puis se remettent en marche de nuit et franchissent la frontière belge et arrivent à Grandcourt. L’ennemi est à proximité. Les munitions sont distribuées et les soldats et les hommes sont déployés. Il est 8 heures 30 le 22 août. Les combats s’engagent devant le village d’Ethe. Si les hommes du lieutenant Delvert parviennent à contenir l’ennemi, ils se retrouvent isolés car l’ordre de la retraite a été donné. Ils doivent eux aussi décrocher en laissant plusieurs blessés et se replier sur Gomery puis repasser la frontière belge.

Évidemment, il n’y a pas de guerre propre et Paul CHAPET, le Maire de Coulombs, va avoir la lourde tâche de venir annoncer à sa famille la mort du premier soldat de Coulombs :

Henri Victor CHESNEAU, jardinier, 23 ans, né le 21 octobre 1890 à Favril, soldat de deuxième classe au 101ème régiment d’Infanterie, décède des suites de ses blessures le 22 août 1914 à Ethe en Belgique,

Une pénible tâche que Paul CHAPET va renouveler trente fois durant la guerre.

Il est vraisemblable qu’Henri CHESNEAU tué à Ethe était sur le même champ de bataille que le lieutenant DELVERT. Ce dernier et ses hommes poursuivent la retraite jusqu’à Charency. Nouvel accrochage avec l’ennemi dans un bois le 23 août et plus de 24 heures sans manger ni boire ni dormir. La marche en arrière se poursuit de nuit. Le 24 et le 25, maintien sur une position dans la vallée de l’Othain. Le 25, ordre de se replier, une fuite de nuit dans le désordre au milieu des populations civiles qui se sauvent avec leurs enfants, leurs bestiaux et quelques biens.

Le 27 août, les soldats peuvent s’offrir un peu de repos à proximité d’Apremont. Ils ont trouvé du vin dans le village et se saoulent pour la plupart ainsi que le précise leur lieutenant dans ses notes. Le lendemain, la consigne est d’aller garder les passages de la Meuse. Le 29 août, la retraite reprend. Arrivée à Halle qu’il faut défendre et nouvel accrochage le 31 août avec les Allemands qui avancent. Les soldats parviennent à se dégager. Et la marche reprend.par Vienne-le-Château et Sainte-Menehould. Le 3 septembre, les soldats embarquent dans un train pour une destination inconnue.

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Passant par Troyes, le train arrive à Noisy-le-Sec où les soldats sont débarqués le 7 septembre au matin. Depuis la veille, la bataille de la Marne est commencée. Nouvel embarquement le soir du 7 et arrivée le lendemain matin à Nanteuil-le-Haudouin. Les soldats marchent une journée entière et s’arrêtent au bois de Montrolles où des tirs ont lieu et qu’ils quittent le matin du 9 pour arriver à Sennevières où tout est complètement pillé, saccagé et brisé. Le soir, les soldats qui se déplacent subissent deux attaques.

Les soldats continuent à marcher. Ils sont à Crépy le 11 septembre, combattent à Retheuil, à Chelles le 12, à Rolaye le 13, passent l’Aisne et arrivent le même jour à Attichy où ils sont frappés par le canon. Ils poursuivent leur marche dans la direction de Nampcel qui est aux mains des Allemands. Arrêt à la ferme des Loges le 15 septembre. La ferme est bombardée avant la fin du jour puis à la tombée de la nuit tandis que les Allemands contre-attaquent. Les combats continuent le 16 à Tracy-le-Val, les Loges, Nampcel accompagnés des bombardements les jours suivants. Le soir du 19 septembre, les soldats sont envoyés en repos à Compiègne où ils peuvent enfin retirer leurs chaussures, se laver et dormir.

Le front de la guerre commence à se figer. Il faut empêcher les Allemands d’encercler une partie de l’armée française déployée plus au nord et assurer le maintien du port de Calais nécessaire à l’armée britannique. C’est le début d’une nouvelle campagne : la course à la mer et la bataille d’Ypres.

Le 20 septembre, les soldats ont cantonné à Moyenneville, encore une journée de repos avant le retour aux combats le 21. Un nouveau capitaine commande le bataillon et attaque la ferme de la Pothière mais il est tué en entrant dans le village tandis que les renforts allemands qui arrivent obligent les soldats à se retirer. Le capitaine mort, le lieutenant DELVERT se trouve à la tête du bataillon qu’il s’efforce de rassembler pour rallier le reste du régiment.

Le 22 septembre, 5 heures du matin, ordre de marcher sur la ferme Haussu et de tenir la position. Le 23 septembre le lieutenant DELVERT est blessé par un éclat de shrapnell et doit être évacué à l’arrière. Son bataillon comptait 52 officiers combattants et 3.300 hommes le 7 août 1914. Ils n’étaient plus que 6 officiers et 700 hommes le 22 septembre, tous les autres ayant été tués ou blessés en un mois et demi.

Bien entendu, son récit concerne la compagnie qu’il commandait. Il y avait d’autres compagnies au 101ème régiment d’infanterie qui ont perdu des soldats habitants ou originaires de Coulombs.

Louis Désiré Mary BIRE, maçon,29 ans, né le 19 août 1885 à Berchères-la-Maingot, soldat de 2ème classe au 101ème régiment d’infanterie, est tué à l’ennemi le 17 septembre 1914 à Rembercourt-aux-Pots (Meuse).

William Georges TREMBLAY, charretier, 22 ans, né le 29 juillet 1892 à Villemeux, soldat de deuxième classe au 101ème régiment d’infanterie, disparu le 26 septembre 1914 à Champien (Somme). Son décès est constaté le 28 juillet 1917 par la découverte de sa tombe à Lancourt.

Raymond Arthur FLÉCHE, charretier, né le 5 décembre 1890 à Les Pinthières, soldat de 2ème classe au 101ème régiment d’infanterie, est tué à l’ennemi le 27 septembre 1914 à Champien (Somme). Ce soldat qui habitait à Coulombs lors de la mobilisation ne figure pas sur le monument aux morts de Coulombs mais sur celui de sa commune de naissance.

A noter que Julien Joseph JUCQUIN, charretier, né le 23 novembre 1891 à Coulombs, soldat de 2ème classe au 101ème régiment d’infanterie, décède le 2 octobre 1914 à Erbiseul en Belgique dans le train de blessés qui l’emmène prisonnier. En 1914, il habitait Ver-les-Chartres et son nom est gravé sur le monument aux morts de cette commune.

Julien FOURMY, garçon de café, 32 ans, né le 2 janvier 1882 à Coulombs, soldat de 2ème classe au 1er régiment de Zouaves décède des suites de ses blessures le 1er novembre 1914 à l’ambulance de Glennes (Aisne).

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Julien FOURMY (1882-1914)

Gabriel Charles Jean PIEL, chirurgien dentiste, 23 ans, né le 1er février 1891 à Paris, également soldat de 2ème classe comme Julien FOURMY au 1er Régiment de marche de Zouaves est tué à l’ennemi le 12 novembre 1914 au combat de Brie-Grechlen (Belgique). Il habitait Le Vésinet (alors Seine-et-Oise) mais sa famille était propriétaire des villas de l’actuelle Rue Sully où il venait régulièrement depuis son enfance. Élève de l’école militaire de Saint-Cyr, promu sous lieutenant à la veille de la guerre, il avait renoncé à son grade pour servir au front dès le début des hostilités. N’étant pas résident principal à Coulombs, son nom ne figure pas sur le monument aux morts de notre commune.

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Jean PIEL (1891-1914)

Émile Alfred MARTIN, domestique, 31 ans, né le 28 août 1883 à Villiers-le-Morhier, clairon au 101ème régiment d’infanterie, décède de maladie contractée en service commandé le 22 novembre 1914 à Gury (Oise).

Les Français ont réussi à gagner la mer et conserver Calais. La guerre des tranchées commence à la fin de l’année 1914. Chaque camp fortifie ses positions et s’observe.

À Coulombs, la vie s’organise sans les hommes mobilisés. Le conseil municipal ne se réunit que le 23 août et le 22 novembre 1914 pour expédier les affaires courantes sans mention particulière de la guerre.

1915

La guerre concerne pratiquement tous les pays d’Europe. Les Prussiens défendent un front à l’ouest contre les Français et les Anglais et à l’est contre les Russes. Le nouveau front des Dardanelles engage les turcs dans le conflit. L’Italie entre en guerre contre l’Autriche Hongrie. Les possessions coloniales allemandes en Afrique et en Asie sont menacées.

En Europe, la guerre des tranchées teste des armes nouvelles : le lance flamme et les gaz de combat. Toutes les tentatives d’attaques, de contre-attaques à Ypres dans les Flandres, en Artois, en Champagne et à Saint-Mihiel en Lorraine ne font pas bouger les lignes.

À Coulombs le conseil municipal est réduit. A la séance du 7 février 1915, il est noté que Henri Vigneron est absent mobilisé. Sa femme écrit le 24 avril une carte postale à sa famille : "Mettez vos lunettes pour reconnaître votre cousin parmi tous ces vieux troupiers" puis elle ajoute " je suis bien contente d’avoir mon soldat en ce moment, il rentre le 3 mai au dépôt de Dreux pour aller où, on se le demande".

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Henri VIGNERON mobilisé à Dreux (à identifier sur cette photo)

Une longue séance a lieu le 6 juin 1915. Le conseil décide que la commune prend en charge l’admission à l’orphelinat Saint-Chéron des trois enfants DOUZIECH dont le père, veuf, est mobilisé. Il s’agit de trois garçons : Albert né en 1903, Eugène né en 1905 et Ernest né en 1908 fils de Arthur René DOUZIECH et de Joséphine DAUMAS qui est décédée depuis 1909. Il est décidé que les fonds habituellement votés pour la fête nationale du 14 juillet seront employés pour envoyer un mandat de 5 francs aux soldats du front, blessés ou prisonniers.

En novembre, le conseil décide de subventionner l’association générale d’assistance des orphelins de guerre et d’envoyer un mandat de 5 francs aux soldats mobilisés pour la fête de Noël.

Des soldats de Coulombs tombent au champ d’honneur ou sont victimes des suites de leurs blessures ou de maladie. L’année 1915 sera la plus meurtrière de toute la guerre pour Coulombs qui perdra onze enfants.

Jules Armand DUFOUR, mouleur, 31 ans, né le 12 avril 1883 à Coulombs, soldat de 2ème classe au 101ème régiment d’infanterie, disparu le 26 février 1915 à Perthes-les-Hurlus (Marne).

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Les frères DUFOUR, Armand (1883-1915) à gauche, Albert à droite, Emile au milieu, Dominique (1894-1915) n’est pas sur la photo.

Arsène Lucien HERISSON, cultivateur, 23 ans, né le 23 juin 1891 à Rouez (Sarthe), Soldat de 2ème classe au 102ème régiment d’infanterie, mort de maladie contractée en captivité le 7 mars 1915 à l’hôpital des contagieux à Cassel (Allemagne).

Jean Louis ROUX, jardinier, 24 ans né le 4 octobre 1890 à Peyrat-la-Nonière (Creuse), soldat au 102ème régiment d’infanterie, mort des suites de ses blessures le 31 mars 1915 à l’hôpital 9 bis à Saint-André-de-Cubzac (Gironde).

Jean Marie SANQUER, mécanicien au chemin de fer, 20 ans, né le 2 avril 1894 à La-Roche-Maurice (Finistère), fusilier marin au 2ème régiment de marins, mort le 12 avril 1915 de la typhoïde à l’hôpital Tenon, 4 rue de la Chine à Paris.

Raymond Albert DE SAINTE CROIX, épicier, 24 ans, né le 22 février 1891 à Nogent-le-Roi, soldat au 127ème régiment d’infanterie, disparu (tué à l’ennemi) le 16 mai 1915 à la ferme de Beauséjour, Minancourt (Marne)

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Raymond de SAINTE CROIX (1891-1915)

Victor Omer TREMBLAY, mouleur, 24 ans, né le 24 octobre 1890 à Villemeux, soldat de 2ème classe au 28ème régiment d’infanterie, disparu (tué à l’ennemi) le 26 mai 1915 à Noulette (pas-de-Calais)

Marcel Eugène Léon RICHER, mécanicien, 24 ans, né le 25 novembre 1890 à Dreux, sapeur au 3ème régiment du génie, tué à l’ennemi le 10 août 1915 à Neuvillette (Marne) au combat du cavalier de Courcy.

Léopold Dominique DUFOUR, maçon, 21 ans, né le 23 février 1894 Coulombs, soldat de 2ème classe au 150ème régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 26 septembre 1915 à Saint-Hilaire-le-Grand (Marne).

Georges Henri GROSSE, maçon, 39 ans, né le 28 janvier 1875 à Senantes, soldat de 2ème classe au 224ème régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 27 septembre 1915 à Tahure (Marne)

Charles Edouard COLAS, cocher, 21 ans, né le 15 août 1894 à Prasville, soldat de 2ème classe au 150ème régiment d’infanterie, mort de blessures de guerre le 2 octobre 1915 à Saint-Hilaire-le-Grand (Marne).

Albert Jules TRANCHAND, coiffeur, 26 ans, né le 17 février 1889 à Nogent-le-Roi, soldat de 2ème classe au 150ème régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 6 novembre 1915 à Saint-Hilaire-le-Grand (Marne)

Un douzième soldat natif de Coulombs est décédé en 1915. La transcription de son décès est enregistré à l’état civil de Coulombs mais il habitait à Nogent-le-Roi, son nom ne figure pas sur le monument aux morts de Coulombs. Il s’agit de Clément Louis FAUVEAU, 35 ans, né le 27 juin 1880 à Coulombs, soldat de 2ème classe au 301ème régiment d’infanterie, mort le 15 avril 1915 aux Eparges sur le champ de bataille.

1916

Comme dans toutes les guerres, il y a de part et d’autre de nombreux blessés et prisonniers qui sont évacués à l’arrière. Dans de nombreuses communes, des maisons accueillent les convalescents sous le terme d’ambulance. Il ne semble pas qu’une ambulance ait été installée à Coulombs mais des cartes postales rappellent celles de Nogent-le-Roi et de Villiers-le-Morhier. En revanche, la commune a reçu des prisonniers allemands ainsi que l’atteste un courrier muni d’un cachet du chef du détachement de prisonniers de guerre de Coulombs.

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Détachement de prisonniers de guerre

Alors que les Français et les Anglais préparent pour l’été une offensive sur la Somme pour briser le front, ce sont les Allemands qui ouvrent les hostilités en portant leur attaque sur Verdun.

La bataille de Verdun commence le 21 février 1916 et va durer jusqu’au 15 décembre. Les Allemands bénéficient de l’effet de surprise d’autant plus que les forts autour de Verdun sont peu armés et faiblement défendus. La prise du fort de Douaumont presque sans résistance est révélatrice de la menace qui plane sur Verdun que le commandement allemand considère comme un verrou pour mener une nouvelle attaque vers Paris.

Plutôt que d’épuiser les mêmes hommes à Verdun, l’état major français organise une rotation des régiments sur le champ de bataille de sorte que de nombreux régiments ont combattu à Verdun. En juin 1916, les allemands prennent le fort de Vaux mais échouent au fort de Souville. Pour soulager la pression allemande que subit Verdun, il faut rapidement ouvrir un second front. La bataille de la Somme qui était prévue pour l’été en août est avancée au 1er juillet et confiée essentiellement aux régiments anglais.

Dans le secteur de Verdun, les Français reprennent le fort de Douaumont le 24 octobre et celui de Vaux le le 2 novembre. Lorsque ces deux batailles prennent fin le 18 novembre pour la Somme et le 15 décembre pour Verdun, les gains de territoire sont quasi inexistants de par et d’autre mais les pertes en hommes des deux camps sont immenses. Les généraux Pétain et Nivelle qui ont commandé la deuxième armée sont les héros de cette bataille. Des faits d’armes sont restés dans les mémoires : le Mort-Homme et la cote 304, la tranchée des baïonnettes, la reprise du fort de Douaumont tandis que le ravitaillement des armées françaises s’effectuait par une route qu’on appelait la voie sacrée.

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Coulombs le 23 novembre 1916 - ’’Votre petite amie qui ne vous oublie pas et que son cœur est avec vous là bas’’.

Bien qu’un peu oubliée, la bataille de la Somme a été encore plus meurtrière que celle de Verdun. Au cours de tous ces combats, cinq soldats de Coulombs ont donné leur vie pour leur patrie.

Désiré Onésime CHESNEAU, charpentier, 26 ans, né le 1er juin 1889 à Le Favril, soldat de 2ème classe au 101ème régiment d’infanterie, mort le 14 janvier 1916 des suites de ses blessures à l’hôpital auxiliaire 201 à Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

Pierre Paul ALLAIS, ouvrier agricole, 21 ans, né le 24 juillet 1894 à Coulombs, soldat de 2ème classe au 28ème régiment d’infanterie, tué au secteur de maucourt (Meuse). Sur un autre document, il aurait péri à Meharicourt (Somme).

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Pierre ALLAIS (1894-1916)

Daniel François Ernest CHAPET, cultivateur, 24 ans, né le 20 décembre 1891 à Coulombs, soldat de 2ème classe au 146ème régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 8 juillet 1916 à Maricourt (Meuse).

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Daniel CHAPET (1891-1916)

Raymond Maurice Léon GALERNE, chauffeur, 20 ans, né le 28 septembre 1896 à Coulombs, soldat au 105ème régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 23 novembre 1916 au bois de Chaulnes (Somme).

Raoul PATRIARCHE, cultivateur, 21 ans, né le 10 décembre 1895 à Coulombs, soldat de 2ème classe au 3ème régiment d’infanterie coloniale, tué à l’ennemi le 9 décembre 1916 devant le village de Vlaklav (Serbie).

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Raoul PATRIARCHE ( 1895-1916) en haut à gauche

À Coulombs, le conseil municipal se réunit cinq fois au cours de l’année pour les budgets de la commune et du bureau de bienfaisance, l’assistance médicale gratuite, les cours d’adultes et la liste des répartiteurs. Comme l’année précédente le conseil décide d’envoyer un mandat de cinq francs aux mobilisés pour le 14 juillet et Noël. À l’occasion du 14 juillet, les élèves des écoles envoient une lettre aux soldats.

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Lettre des écolières de Coulombs aux soldats

1917

En France, la guerre devient insupportable. Au front, les soldats meurent sans gain de terrain significatif. À l’arrière, le ravitaillement devient pénible en raison de la pénurie. Les Allemands font face à une situation identique renforcée pour les populations civiles par le blocus mis en place par les alliés. Et la même situation va conduire le peuple Russe à la révolte. 1917 sera une année particulière par suite de l’entrée en guerre des Etats Unis en juin, des mutineries dans les armées en juillet et le retrait de la Russie de la guerre après la révolution d’octobre.

Plusieurs offensives sont déclenchées : à Arras en mars, en Artois du 16 avril au 9 mai avec les combats du Chemin des Dames, à Ypres pour la troisième fois depuis le début de la Guerre fin juillet, quelques objectifs à Verdun en août, à Cambrai du 20 novembre au 4 décembre, toujours sans gain décisif pour les deux camps.

À Coulombs, le conseil municipal se réunit les 18 février, 24 juin, 19 août et 4 novembre pour régler les affaires habituelles. L’envoi d’un mandat de 5 francs aux soldats pour le 14 juillet et la fête de Noël est maintenu. On augmente le traitement du secrétaire de mairie car ’’la vie augmente ainsi que le travail’’.

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Ticket de ravitaillement

Les archives de la mairie ne contiennent pas beaucoup de documents durant toute la période de la guerre. N’ont-ils pas été gardés à l’époque ou ont-ils été détruits en 1944 lors du bombardement de la mairie ?

C’est par une lettre du Maire de Nogent-le-Roi qu’on apprend qu’un homme de Coulombs tente d’échapper à la mobilisation. Ce document est cité dans le récent livre écrit dans le cadre du centenaire de la guerre ’’1914-1918 - Le front de l’intérieur - l’Eure-et-Loir dans la guerre’’.

’’ Nogent-le-Roi le 25 juin 1917

Le Maire de Nogent-le-Roi à Monsieur le Sous Préfet de Dreux,

Il est de notoriété publique (et cela fait même beaucoup de bruit) et prête à des commentaires défavorables à l’autorité supérieure que cet homme jouit d’une faveur incompréhensible lorsque les soldats appartenant à sa classe viennent en permission et constate la présence injustifiée de ce jeune homme dans son moulin , dans lequel on ne fabriquait plus de farine plus d’un an avant la guerre. Cette usine a été réquisitionné et remise en état pour les besoins de la cause afin de permettre à ce soldat de rester mobilisé chez lui.

La rumeur publique attribue à l’influence d’un sieur parent rédacteur dans un ministère, le privilège dont jouit le sieur Grassin.......

Madame Grassin mère a fait partout des démarches afin d’arriver à faire embusquer son fils, M. Loyson pourrait en témoigner . Bref, le résultat a été atteint, voilà un garçon qui a été mobilisé depuis le début de la campagne dans divers moulins, quand il est débusqué d’un endroit, vite il est réembusqué ailleurs.

C’est à croire que l’influence occulte qui le protège est réellement puissante et efficace. Il m’est impossible de vous dire dans une lettre ce qui se dit concernant cette famille, je vous le dirai de vive voix.

Signé RAFA’’

M. Loison cité par le Maire de Nogent-le-Roi était le conseiller général du canton et habitait Coulombs où il était cultivateur à Bréchanteau.

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Secteur Electrique L. GRASSIN FILS

Le Préfet dans une lettre au Ministre du ravitaillement suite à une demande d’enquête confirme que M. Grassin dont la famille est propriétaire d’un moulin à Coulombs aurait bénéficié d’un sursis d’appel dans des conditions qui seraient de nature à soulever des critiques.

Le Préfet explique que Mme Grassin a demandé la mise en sursis de son fils en qualité de meunier. Cette requête a été refusée par l’administration préfectorale car le moulin ne figure pas sur la liste des usines participant aux opérations du ravitaillement civil. Mme Grassin s’est adressée au contrôle de l’énergie électrique pour faire déclarer la présence de son fils indispensable afin d’assurer l’éclairage public et privé dans le secteur de Coulombs sans plus de succès.

Ensuite, le Préfet n’a plus traité la situation de M. Grassin mais, après enquête de la gendarmerie, il constate que l’intéressé a bénéficié d’un sursis de juin 1915 à avril 1916 au titre de la division des moulins du camp retranché de Paris puis comme meunier de clientèle jusqu’en septembre de la même année et que depuis il est détaché à son usine électrique par la direction du contrôle général de la main d’oeuvre militaire.

Sa conclusion est la suivante : ’’Le maintien d’un mobilisé appartenant au service armé et à la réserve de l’active à la tête d’une usine qui n’est pas strictement indispensable au pays ne peut, dans ces conditions, que donner lieu à des critiques justifiées. Je n’hésite donc pas à demander le rappel de ce militaire à son corps’’

Tandis que certains tentent d’échapper à la mitraille, cinq soldats de Coulombs en sont victimes en 1917.

André Pierre Emile Louis BRIERE, cultivateur, 23 ans, né le 19 octobre 1893 à Hanches, soldat de 2ème classe au 142ème régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 1er mars 1917 aux Eparges (Meuse).

Louis Clément MEUNIER, cultivateur, 28 ans, né le 24 mai 1888 à Coulombs, tué à l’ennemi le 16 avril 1917 aux environs de Soupir (Aisne).

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Louis MEUNIER (1888-1917)

Florentin Constant TREMBLAY, maçon, 22 ans, né le 19 mai 1894 à Villemeux, soldat au 8ème régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 16 avril 1917 au bastion de Chevreux, Chemin des Dames ( Aisne).

Robert Gustave Eugène MANCEAU, 24 ans, né le 30 janvier 1893 à Villiers-le-Morhier, cuirassier de 2ème classe au 4ème régiment de cuirassiers, mort le 9 mai 1917 des suites de ses blessures à l’ambulance d’Oulchy-le-Château (Aisne).

Henri Georges Alphonse THEVAL, garçon de cuisine, 21 ans, né le 6 octobre 1896 à Coulombs, soldat au 202ème régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 26 octobre 1917 à Beaumont (Meuse).

1918

La guerre dure depuis trois ans et demi. Malgré de sanglants combats, aucun des belligérants ne parvient à en tirer un avantage. L’armée américaine formée uniquement de volontaires est montée en puissance mais n’a pas encore été engagée dans des opérations militaires sur le front. Elle va être un renfort d’autant plus efficace pour les alliés que les Allemands, libérés du front de l’est après la fin des combats contre les Russes, peuvent concentrer leurs efforts sur la France.

Cependant le blocus imposé par les alliés à L’Allemagne affame les populations civiles. Il faut terminer rapidement la guerre par une victoire pour calmer les esprits. L’Etat Major allemand échafaude le plan d’une nouvelle attaque sur la Somme avec l’espoir de parvenir à Paris,

Une première offensive débute le 21 mars sur un front de 100 kilomètres défendu par la 5ème armée britannique qui est vite débordée par les assaillants supérieurs en nombre. Malgré les pertes en hommes et en prisonniers, l’armée britannique effectue la retraite en détruisant les ponts et les voies de communication ce qui a pour effet de rendre difficile l’approvisionnement et oblige les troupes allemandes à s’arrêter après la conquête d’une trentaine de kilomètres tandis que leur tentative de percer le front autour d’Arras est un échec. Cette offensive est stoppée le 4 avril.

Dès le 9 avril, plus au nord, les Allemands mènent une seconde attaque dans les Flandres qui dure jusqu’au 29 avril entre Béthune et Ypres. Là encore, les alliés sont contraints de reculer sur une dizaine de kilomètres en attendant des renforts pour mieux résister notamment à Ypres. L’état major allemand stoppe cette offensive sans véritable succès.

Une dernière offensive allemande est lancée le 10 mai dans le secteur de la Meuse et se révèle efficace en avançant d’une soixantaine de kilomètres dès les premiers jours. La défense de ce secteur moins bien organisée et la difficulté d’obtenir des renforts déjà entamés par les deux précédentes offensives expliquent ce revers des alliés. Les Allemands envisagent alors de marcher sur Paris et parviennent à proximité de Château-Thierry à moins de cent kilomètres de la capitale. Mais l’avance allemande ralentit et les alliés parviennent à la stopper sur la Marne autour de Reims le 17 juillet. Au cours de cette attaque, l’armée américaine a été engagée à Château-Thierry et les premiers combats de chars ont eu lieu.

Malgré quelques territoires conquis, les pertes subies par l’armée allemande ne permettent pas de parler de succès mais l’opinion allemande reste favorable à la poursuite de la guerre.

Les alliés entreprennent de reconquérir le terrain perdu dès le 18 juillet par une série de contre-attaques bien coordonnées. Le 3 octobre, ils ont déjà forcé des défenses allemandes sur leurs lignes de 1914. Alors que l’armée allemande est toujours sur le sol français, sa faiblesse donne lieu aux premières discussions sur un armistice le 4 octobre. Les alliés maintiennent leur pression en France comme sur les autres fronts hors de France où ils repoussent également l’ennemi. À cette date, l’opinion en Allemagne a changé d’avis et fait part de son mécontentement.

Les discussions s’accélèrent autour des propositions du Président américain WILSON. Le Kaiser allemand accepte d’abdiquer et l’armistice est signé le 11 novembre à 2 heures pour être effectif à 11 heures.

En 1918, comme les années précédentes, le conseil municipal de Coulombs a une activité réduite au fonctionnement de la commune. La première réunion du 17 février traite de l’assistance médicale et de l’augmentation du traitement du secrétaire de mairie. C’est l’augmentation du prix de l’éclairage publique qui oblige le conseil à modifier le contrat du fournisseur en avril. En juin, les comptes de 1917 et le budget de 1918 sont approuvés. Les traitements du secrétaire et du garde champêtre sont augmentés. Les soldats recevront un mandat de 5 francs à l’occasion du 14 juillet. En Août, on décide de reconduire les cours d’adultes. Enfin le 17 novembre 1918, il est question de l’assistance aux vieillards et aux familles nombreuses et de l’envoi d’un mandat de 5 francs aux mobilisés pour Noël.

La dernière année de la guerre emporte encore cinq soldats de Coulombs.

Raoul Léonard METTON, ouvrier agricole, 27 ans, né le 4 mars 1891 à Coulombs, soldat de 1ère classe au 101ème régiment d’infanterie, mort le 15 juillet 1918 disparu au combat au Mont-Haut (Marne). Un autre document indique au nord de Prosnes (Marne).

Armand Léon FLEURIDAS, boucher, 29 ans, né le 14 avril 1889 à Magny, soldat de 2ème classe au 217ème régiment d’infanterie, mort le 12 août 1918 d’une intoxication au gaz à l’ambulance 7/2 à Cuperly (Marne).

Armand Edouard BRUNET, cultivateur, 40 ans, né le 24 juin 1878 à Nogent-le-Roi, soldat de 2ème classe au 330ème régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 20 août 1918 à Mont-de-Choisy (Oise).

COLAS Georges Marcel, charretier, 21 ans, né le 14 juin 1897 à Chartres, tirailleur de 1ère classe au 13ème régiment de marche des tirailleurs algériens, mort le 25 août 1918 des suites de blessures de guerre à Attichy (Oise).

Abel CHICOT, cultivateur, 26 ans, né le 7 septembre 1892 à Villiers-le-Morhier, sapeur au 1er régiment du génie, mort le 21 octobre 1918 par maladie contractée en service commandé à l’ambulance 13/20 à la Veuve commune de Chalons-sur-Marne (Marne).

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Abel CHICOT (1892-1918)

APRÈS 1918

La guerre est terminée. Commence alors le retour des soldats mobilisés. On imagine la joie des familles retrouvant un mari, un père, un fils, un frère, un fiancé et la peine immense de tous ceux et celles qui ne reverront jamais l’être aimé.

Deux soldats de Coulombs toujours mobilisés meurent encore après la fin de la guerre. Leur nom apparaît sur le monument aux morts mais ils ne semblent pas avoir obtenu la mention "mort pour la France" car ils décèdent de maladie.

Eugène René PENSARD, maçon, 27 ans, né le 16 novembre 1891 à Coulombs, artilleur au 241ème régiment d’artillerie, mort le 16 août 1919 de maladie à l’hôpital Saint Mandier à Paris. Il avait été exempté du service militaire pour faible constitution, maintenu exempté en 1914 mais reconnu bon pour le service par la commission de réforme en mars 1917.

André Gaston HERRISSON, boulanger, 21 ans, né le 29 décembre 1898 à Lormaye, soldat à la 15ème section des commis et ouvriers d’administration, mort de maladie contractée en service le 3 janvier 1920 à l’hôpital de campagne et d’évacuation n°2 à Beyrouth (Liban).

La peine des familles en deuil sera ravivée lors de cérémonies émouvantes lorsque les corps de certains soldats tués seront exhumés des champs de bataille et transférés à la demande de leur famille au cimetière de Coulombs.

Comme dans toutes les communes, dès le 10 août 1919, le conseil municipal décide d’ériger un monument dans le cimetière pour honorer la mémoire des mobilisés de la commune morts pour la France. Une souscription publique est ouverte et de nombreux habitants y participent en fonction de leurs moyens financiers. Le monument, une simple pyramide reposant sur un large soubassement surmonté d’un casque de poilu oeuvre de M. PFEIFFER, architecte à Dreux, est inauguré le 11 novembre 1921 en présence de nombreuses personnalités.

Un article du journal L’Action Républicaine en date du 23 novembre 1921 relate cette inauguration :

"Vendredi 11 novembre courant a eu lieu à Coulombs, l’inauguration du monument aux Morts de la guerre. Le matin à 10 heures, un service fut célébré à l’église, cérémonie à laquelle assistait une grande partie de la population. À 2 h 1/2, M. Beurdelay, sous-préfet de Dreux et M. Maurice Viollette, président du conseil général arrivaient à la mairie. Ils furent reçus par M. Lecomte, adjoint, remplaçant M. Chapet, maire retenu à la chambre par une sérieuse indisposition. Deux jeunes enfants, Paulette Mathieu et Pierre Fleuridas, tous deux orphelins de guerre et porteurs d’une gerbe de fleurs souhaitèrent la bienvenue à M. le sous-préfet et à M. Viollette.

Le cortège se forma aussitôt pour se diriger vers le cimetière où est élevé le monument. En tête, l’harmonie de Coulombs sous l’habile direction de son chef M. Vigneron joua une marche durant tout le parcours puis venaient les démobilisés de Coulombs ainsi qu’une délégation des combattants de la section de Nogent-le-Roi et leur drapeau accompagné par M. Vincent leur président...Les personnages officiels suivaient... Les familles des morts venaient ensuite accompagnées de toute la population de la commune et beaucoup de prisonniers de guerre de Nogent-le-Roi et de Lormaye...Les sapeurs-pompiers et les enfants des écoles ayant tous sur leur poitrine un petit bouquet tricolore sous la direction de leurs maîtres et maîtresses formaient la haie.

Des discours furent prononcés,..les enfants des écoles chantèrent "l’Hymne aux Morts de Bouchor" et "Pour ceux que nous pleurons". Un écolier, le jeune Maurice Buffet, récita "Aux Morts pour la Patrie" de Victor Hugo. La Marseillaise jouée par l’Harmonie clôtura cette cérémonie patriotique".

Autour du monument aux morts, ont été installées les tombes de quelques poilus.

Depuis 1921, le 11 novembre, une cérémonie devant le monument aux morts marque la fin de la guerre 1914-1918. Elle se poursuit toujours de nos jours pour honorer les défenseurs de la patrie mais on se retrouve parfois peu nombreux au cimetière au pied du monument aux morts dont la pointe a été retaillée en supprimant le casque qui était dégradé par le temps.

Dans les années 1950, j’ai connu des commémorations importantes. Il restait encore de nombreux anciens combattants de 1914-1918 qui pavoisaient leur maison à cette occasion. On ne se contentait pas de ’’monter en voiture’’ au cimetière pour écouter des discours.

La cérémonie avait lieu l’après midi et commençait par une messe. On installait une tombe fictive dans le cœur de l’église avec un entourage de pierres, recouverte des feuilles d’automne, avec une croix à laquelle était accrochée un casque. La musique de Nogent-le-Roi y participait. Quelle émotion lorsque retentissait la sonnerie aux morts sous la voûte de l’église et qu’on appelait devant la plaque scellée au fond de l’église le nom des morts, un par un, ponctué par un vibrant ’’mort pour la France". Puis on se regroupait place de la mairie pour partir en cortège au cimetière, la musique en tête suivie par les enfants des écoles puis par la population. Au cimetière, entourant le monument aux morts, après le discours du Maire, on se recueillait tandis que la sonnerie et l’appel des morts retentissaient à nouveau puis on observait une minute de silence.

Tous ces anciens poilus inspiraient à l’enfant que j’étais un sentiment d’admiration. Certains étaient revenus de la guerre terriblement meurtris. Je pense à mon voisin Aimé MELIN dont la joue conservait de la bouche jusqu’à l’oreille l’impressionnante cicatrice du coup de baïonnette qu’il avait reçu et à tous ceux dont les blessures ne se voyaient pas mais qui rechignaient à parler de la guerre tant leurs souvenirs étaient remplis d’horreurs.

Roger TEMPÊTE - Informations sur les soldats "morts pour la France" données à partir des transcriptions des décès sur les registres de l’état civil de Coulombs et des fiches mises en ligne sur le site internet "www.mémoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr". Les photos proviennent des familles des disparus.