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LES GUERRES À COULOMBS (PREMIÈRE PARTIE JUSQU’EN 1815)

jeudi 21 janvier 2016, par rogertempete

LES GUERRES À COULOMBS - PREMIÈRE PARTIE JUSQU’EN 1815

AU TEMPS DE LA GUERRE DU FEU

Je fais référence ici à un livre qui m’a été offert dans mon enfance lors de la cérémonie des prix et que j’ai lu rapidement. J’ai toujours conservé le souvenir des aventures de Naoh, Nam et Gaw à la recherche du feu pour sauver leur tribu racontées par J.H. ROSNY Ainé.

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La Guerre du Feu - Illustration de André Hofer - Librairie Gedalge Paris 1952

À l’échelle de notre propre vie, nous avons des difficultés à nous projeter dans le passé et à imaginer compter en milliers d’années. Juste quelques repères approximatifs :

Homo Érectus : entre peut-être 3.000.000 et au moins 500.000 ans avant notre ère

Homme de Néanderthal : entre 250.000 et 40.000 ans avant notre ère puis sa disparition complète inexpliquée.

Homo Sapiens dont nous descendons directement : environ 100.000 ans avant notre ère.
Homme de Cro-Magnon en France : - 30.000 ans
Dessins de la grotte de Lascaux : - 16.000 ans
Âge de la pierre polie : de - 9.000 à - 3000 ans
Âge du bronze puis du fer : entre - 5.000 et - 3000 ans
Menhir et dolmen : - 5000 à - 3000 ans
Trace des premières écritures : - 3.000 ans
Les Égyptiens et leurs pyramides : - 3000 ans
Les Grecs et les Romains : - 1.500 et - 800 ans

Mais revenons à Coulombs et à ses environs. J’ai évoqué à l’article sur la tuilerie de Beaudeval la découverte dans l’argile du crâne d’un homme de Néanderthal donc au moins âgé de 40.000 ans.

Lors de l’enquête publique sur la déviation de l’agglomération Nogentaise, j’ai constaté que le dossier faisait état d’un dolmen sur Coulombs dont je n’avais jamais entendu parlé. Il n’est plus visible depuis longtemps mais devait se tenir dans la vallée à proximité du pont du chemin de fer. Ce dolmen a été construit au moins depuis 3.000 ans avant notre ère.

Les fouilles menées sur la colline de Chandres avant les travaux de la déviation ont confirmé la présence d’hommes vivant là depuis environ - 4.000 ans. Ce sont probablement les constructeurs du dolmen disparu.

Rien ne prouve que des combats ont eu lieu entre les tribus qui peuplaient notre région mais on peut l’imaginer. Les haches et autres outils de l’âge de la pierre polie qui ont été découverts çà et là dans les champs confirment la présence de nos lointains ancêtres qui chassaient et pêchaient pour se nourrir.

LA GAULE ET LES INVASIONS ROMAINES

Les fouilles faites à Coulombs sur le site du silo agricole en 2004 qui laissaient apparaître des galeries bouchées ont été interprétées par les archéologues comme une mine de fer de l’époque gauloise.

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Fouille archéologique à la Sablonnière

César a raconté la conquête de la Gaule. Il est certain que ses armées ont traversé la Beauce. Il évoque la réunion des druides gaulois qui auraient pu se tenir dans la forêt du pays Carnute et certains vont placer ce lieu à Senantes. Puis la civilisation gauloise a bien été obligée de se fondre dans celle de Rome qui administrait et développait la Gaule.

La voie romaine de Dreux à Corbeil venant de l’Aumône écorne notre commune avant de traverser Senantes où la prospection aérienne et quelques fouilles ont attesté les traces d’une agglomération gallo romaine assez importante. Quand au mois de juin, on se place au hameau du Coudray dans un chemin qui passe derrière l’église de Senantes et que les blés commencent à dorer, on distingue parfaitement sur la gauche du chemin d’aujourd’hui le tracé de la voie romaine d’hier dont les fondations perturbent la croissance des plantes.

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La voie romaine à Senantes - Prospection aérienne de la Société Historique et Archéologique du Drouais Thimerais

Comme pour le dolmen, l’enquête publique sur la déviation a mentionné l’existence supposée d’une villa (romaine ou franque ?) sur le territoire de Coulombs entre le bois de Rutz et le bois Midi. Effectivement, le champ où elle se trouverait contient nettement plus de pierres dont des silex et des fragments de briques que les terres voisines mais aucune prospection aérienne récente n’a confirmé la présence de ruines enfouies. Seules des fouilles pourraient mettre à jour des fondations et attester qu’il ne s’agit pas d’un simple dépôt antique. On peut espérer que le diagnostic archéologique à venir pour la poursuite de la déviation révélera l’occupation de ce site.

LES INVASIONS BARBARES

Venus de l’est, les barbares ont envahi la Gaule, pillant, brûlant et massacrant les populations selon nos livres d’histoire qui évoquent les Germains, Goths, Wisigoths et autres Ostrogoths avant Attila et ses Huns. Chartres aurait subi les premières invasions avant l’an 300 mais un Romain administre encore une portion de territoire proche de Paris en 486 avant d’être vaincu par Clovis. C’en est fini de l’empire romain d’occident.

Ces barbares vont donner des rois Francs et un nouveau nom à notre pays qu’il porte toujours. Clovis, en s’appuyant sur l’église tout en guerroyant, va stopper les invasions. Dommage qu’il ait préféré Soissons... sinon c’est du vase de Coulombs qu’on parlerait...

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Clovis et le vase de Soissons

CHARLES MARTEL ET CHARLEMAGNE

Les descendants de Clovis ont paraît-il été fainéants au point de se faire souffler la place par Charles Martel qui ne fut jamais roi mais transmit le royaume à ses héritiers. On suppose que la fondation de l’abbaye de Coulombs date de cette époque et qu’elle dépend alors du seigneur de Nogent.

Pépin le Bref puis Charlemagne vont agrandir les possessions du royaume et mieux faire connaître l’histoire de la France grâce aux chroniqueurs dont ils ont su s’entourer. Mais à chaque succession, le royaume est divisé entre les enfants du roi défunt ce qui conduit à des guerres fratricides. Dans le même temps, les invasions étrangères reprennent.

LES VIKINGS OU NORMANDS

Au milieu du neuvième siècle les Normands pillent Rouen et, en 845, Paris. Leur départ est monnayé par le paiement d’une rançon mais ils reviennent et Orléans est pillé en 853 et Chartres en 858 sous la conduite du chef Hasting. Mais Chartres résiste aux normands en 865 puis en 886. Les normands sont devant Paris en 885 et une nouvelle rançon est payée. Le pays de Chartres est envahi à nouveau début 911 par Rollon qui ne parvient pas à prendre la ville.

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Snekkar ou Drakkar à Coulombs ?

On peut deviner que l’abbaye de Coulombs est ruinée à chaque invasion lors du passage des armées en direction de Chartres. Certains pensent que les Normands ont remonté jusqu’à Chartres par la Seine et l’Eure. C’est peu vraisemblable d’imaginer une flotte de drakkars sur l’Eure à Coulombs vu la taille de ces navires avançant aux rames alors que la rivière devait serpenter dans la vallée et que son lit n’avait pas encore été aménagé.

Par un traité en 911, des terres sont accordées aux Normands qui devenant vassaux du Roi mettent fin aux pillages et font prospérer la Normandie.

UNE PÉRIODE DE PAIX TROUBLÉE

La motte féodale qu’on distingue dans les bois de Rutz doit dater du dixième siècle. Pour résister aux invasions, on construisait des châteaux en bois entourés d’un large fossé qui permettaient aux paysans de s’y réfugier à la moindre alerte et de contenir les assaillants à l’abri des palissades.

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Trace de la motte féodale dans le bois de Rutz

Les invasions normandes étant stoppées, l’abbaye de Coulombs est relevée de ses ruines à partir de 995 par Roger, seigneur de Nogent qui prévoit d’y faire revenir des moines. En 1026, Béranger, le premier abbé connu est installé à Coulombs avec des moines venant de l’abbaye de Marmoutier. Une église romane est construite au cours du XIème siècle dont le porche toujours en place est vraisemblablement le vestige. De nombreuses donations enrichissent rapidement l’abbaye. Des prieurés sont fondés. L’abbaye rayonne sur tout le pays Drouais et a des possessions jusque vers Evreux et Mantes. C’est le temps des croisades qui exportent la guerre jusqu’à Jérusalem et auxquelles ont participé quelques seigneurs locaux notamment ceux de Villiers qui ont rapporté une relique offerte à l’abbaye de Coulombs. Mais c’est aussi intérieurement, une période de conflits entre les rois de France et les grands seigneurs, leurs vassaux, pour étendre le royaume ainsi qu’avec les rois d’Angleterre qui détiennent la Guyenne en France.

LA GUERRE DE CENT ANS

Cette guerre entre le Roi de France et le Roi d’Angleterre qui réclame la couronne de France dure de 1337 à 1453 ponctuée de sanglants combats et de plusieurs trêves. Les belligérants croient tous en Dieu de sorte que l’église reste puissante et relativement à l’abri du conflit. En fait, ce sont des bandes de pillards qui profitent de la situation troublée pour commettre des méfaits et s’attaquer aux biens des personnes.

Philippe VI de Valois est roi de France au début de la guerre. C’est son accession au trône qui déclenche la guerre. Les trois fils de Philippe le Bel étant morts sans descendance mâle, Philippe VI qui n’est que le neveu de Philippe le Bel monte sur le trône en raison de la loi salique qui écarte les femmes. Or, de par sa mère, le roi d’Angleterre Edouard III est le petit fils de Philippe le Bel et s’estimant le mieux placé en ligne directe dans l’ordre de succession se proclame roi de France. Toutefois, dans un premier temps, Edouard III qui possède la Guyenne consent à se reconnaître vassal de Philippe VI.

A la suite de trahisons, Philippe VI est contraint de combattre et subit des revers : la flotte française est détruite en 1340, l’armée est battue à la bataille de Crécy en 1346 tandis que le royaume est victime de la Peste noire.

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Le Roi Philippe VI de Valois

Philippe VI se trouve à Nogent-le-Roi en Août 1350. Devenu veuf, Il avait épousé l’année précédente Blanche de Navarre, soeur de Charles le Mauvais, roi de Navarre et seigneur de Nogent. Sont réunis au château dans la suite de Philippe VI les rois de Bohême, d’Ecosse et d’Aragon soit cinq rois à Nogent au total. Mais ce qui devait être une fête, se transforme en deuil à la suite du décès du Roi de France le 22 Août. Les livres d’histoire ont retenu Nogent comme lieu du décès du Roi mais il est parfois indiqué que Philippe VI serait mort à l’abbaye de Coulombs. Le manuscrit de l’Abbé d’Espagnac ne confirme pas cette hypothèse.

La guerre avec l’Angleterre reprend en 1355 avec le Roi Jean II le Bon qui est battu à la bataille de Poitiers et fait prisonnier. On traita finalement une paix à Brétigny, commune de Sours, proche de Chartres à des conditions défavorables pour la France afin de permettre le retour du Roi en France en 1360. Mais le Roi doit rapidement retourner en Angleterre où il meurt en 1364.

Le manuscrit de l’Abbé d’Espagnac donne une indication des troubles dans notre région dus à l’influence de Charles le Mauvais : ’’plusieurs troupes répandues dans diverses parties de la France ravageaient et pillaient les campagnes, principalement le pays chartrain et la Beauce. Il y avait une garnison à Epernon qui rendait tout le voisinage malheureux et ces brigands ou dépendaient du roi de Navarre ou étaient favorisés par lui’’. Un second passage indique : ’’quoique la ville de Nogent fut environnée de troupes ennemies, les habitants continuèrent de rester fidèle au Roi et la justice y était rendue en son nom...les gens gouvernant la justice temporelle de l’abbaye de Coulombs lui ont exposé que les ennemis de l’état vexent le pays et le lieu de Coulombs, que les hôtes de l’abbaye ont été forcés de se retirer dans la ville de Nogent qui est bien fermée, que les exposants n’osent tenir leurs plaids à Coulombs ni dans les autres lieux dépendants de leur juridiction, qu’ils ne peuvent l’exercer avec sûreté dans la ville de Nogent qui est du domaine royal, qu’ils ont supplié le régent de leur octroyer les congés et licences nécessaire à cet effet’’.

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Une ruse de Du Guesclin et de ses soldats déguisés en bûcherons pour prendre un château

Charles V le Sage succède à Jean II le Bon. Son règne commence par la victoire de Du Guesclin qui bat les troupes anglo-navarraises à Cocherel proche d’Evreux. Il dénonce le traité de Brétigny et poursuit le combat contre les Anglais. Avec le concours de Du Guesclin, Charles V parvient à reprendre la plupart des terres perdues et à sa mort en 1380, les anglais ne tiennent que leur ancienne possession de Guyenne et quelques places fortes.

Charles VI remplace son père. La trêve est maintenue et le roi d’Angleterre Richard II rend hommage au roi de France pour la Guyenne. Mais en août 1392, Charles VI donne les premiers signes de la folie héritée de sa mère. Des périodes de démence et de rémissions alternent. Le mariage du Roi d’Angleterre Richard II avec une fille de Charles VI maintient la paix. Une guerre s’ouvre en Italie. Des renversements d’alliance aboutissent à des conflits en France entre les Bourguignons fidèles au Duc de Bourgogne alliés des anglais et les Armagnacs fidèles au Duc d’Orléans. La guerre civile s’installe dans une France coupée en deux.

En 1413, le château de Nogent a déjà été détruit car une ordonnance supprime la place de capitaine-chatelain. Le nouveau Roi d’Angleterre Henri V débarque en France et c’est le désastre d’Azincourt en 1415 pour les Armagnacs. Les Bourguignons prennent Paris. La Reine de France, Isabeau de Bavière accorde la main de sa fille au roi d’Angleterre Henri V de sorte que la couronne des deux pays puisse revenir au roi d’Angleterre. C’est une trahison contre son propre fils le Dauphin, futur Charles VII, qui est déchu de ses droits et se réfugie à Bourges. Charles VI meurt le 31 août 1422.

Charles VII parvient au trône mais les anglais sont maîtres d’une partie du royaume dont Paris et la Beauce. Charles VII avait repris la ville de Nogent en 1421 mais ne la conserve que jusqu’en 1428. Le roi d’Angleterre, pour sa part s’était emparé de Dreux la même année 1421 (On mesure la complexité de la situation quand deux villes à 20 kilomètres de distance sont soumises à des pouvoirs différents et ennemis). Le manuscrit de l’abbé d’Espagnac indique : ’’au cours de cette période, les biens de l’abbaye de Coulombs furent dévastés ; l’église, le monastère, les bâtiments des fermes détruits ou brûlés ; les religieux réduits à la plus grande misère’’.

L’abbaye de Coulombs possédait une précieuse relique rapportée des croisades par les seigneurs de Villiers, laquelle avait la réputation de calmer les douleurs des femmes en couches. En 1422, le Roi Henri V d’Angleterre, maître du pays chartrain, étant marié à Catherine de France qui attend un enfant demande aux moines qu’on lui confie cette relique. Les religieux accèdent à cette prière. La reine met au monde un garçon, le futur Henri VI, et Ie Roi d’Angleterre renvoie en France la relique qui est déposée à la Sainte Chapelle de Paris en raison des risques qu’elle pourrait courir à Coulombs. Les moines protestent car l’absence de la relique les prive d’aumônes et d’oblations. On donne raison aux moines de Coulombs en 1427 mais la relique est maintenue à Paris par sécurité.

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Jeanne d’Arc rencontre Charles VII à Chinon

C’est en Février 1429 que débute la courte épopée de Jeanne d’Arc qui va rendre à Charles VII une partie de son royaume après la prise d’Orléans dès le 8 mai 1429 avant d’être faite prisonnière en mai 1430, être livrée aux anglais, être jugée et brûlée à Rouen un an plus tard. Mais les combats de Charles VII ne sont pas achevés. Chartres ne sera soumise au Roi qu’en 1432, Paris en 1436 et Dreux en 1439.

L’autorité de Charles VII ayant été reconnue dans le pays chartrain, la paix était revenue et les religieux voulaient reconstruire les bâtiments dévastés de l’abbaye de Coulombs. Ils demandent à nouveau le retour de leur précieuse relique. Charles VII donne à cet effet des lettres patentes en 1441. Les moines s’adressent aussi au Roi d’Angleterre Henri VI dont la mère, à sa naissance, avait bénéficié des bienfaits de la relique. Henri VI accorde aux moines en 1447 le droit, durant les trêves, de conduire leurs saintes reliques dans tout le royaume.

L’Aquitaine est reprise en 1451 puis la Guyenne en 1453. Hormis Calais, la France est libérée de l’occupation anglaise. Une trêve est conclue. Charles VII avait donné la terre de Nogent à l’un des ses capitaines de guerre Pierre de Brézé en 1444.

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Le nouveau château de Pierre de Brézé à Nogent-le-Roi

Louis XI monte sur le trône au décès de son père en 1461. La reconstruction de l’abbaye est largement entamée lorsque Louis XI vient à Coulombs en 1464 et se fait ouvrir le précieux reliquaire.

Louis XI reprend la guerre cette fois contre Charles le Téméraire, Duc de Bourgogne, puis se mêle des affaires de l’Angleterre dont le Roi Henri VI a été détrôné. La guerre entre la France et l’Angleterre faillit reprendre. Finalement, Louis XI préfère se tourner à nouveau contre Charles le Téméraire et négocie avec le roi d’Angleterre Edouard IV un traité qui met fin définitivement à la guerre de cent ans en 1475. A part le décès de Pierre de Brézé tué à la bataille de Monthléry en 1465, le pays nogentais n’a pas eu à souffrir de ces derniers combats.

La paix revenue permet aux moines de consacrer leur nouvelle église abbatiale dont le chœur est achevé en 1530. Ils élèvent aussi un nouveau cloître dont quatre ogives sont toujours visibles à Coulombs. Mais les travaux vont s’arrêter en raison de nouveaux conflits et la nef ne sera jamais terminée.

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Le cloître de l’abbaye de Coulombs - Gravure J. Rousseau

LES GUERRES DE RELIGION

Venant d’Allemagne à l’initiative de Luther, le protestantisme constitue un schisme dans l’église catholique romaine pour des raisons dogmatiques. L’excommunication de Luther par le Pape en 1521 ouvre la voie aux guerres de religion.

Le protestantisme auquel on a donné le nom de réforme s’éloigne de l’église romaine en affirmant la primauté de la bible sur les traditions catholiques, l’importance de la foi sur les sacrements et en contestant l’achat des indulgences pour le salut de l’âme, l’autorité papale ainsi que le culte autour de la Vierge et des Saints.

Les protestants allemands sont persécutés mais la réforme s’étend en France et en Angleterre où le roi Henri VIII rompt avec le Pape et se déclare chef de l’église.

En France, les protestants sont aussi persécutés dès 1534 sous les règnes de François Ier et de son fils Henri II. Les guerres de religion commencent en France en Mars 1562 par les premiers massacres de protestants. Aussitôt c’est la guerre civile. Les protestants commandés par Condé et Coligny sont battus à Dreux en décembre 1562 par les catholiques commandés par François de Guise. Une paix fut néanmoins offerte aux protestants en leur accordant la liberté d’exercer leur culte.

Nicolas de Brichanteau, auprès de Condé, a participé à cette bataille où il est blessé et fait prisonnier. Le manuscrit de l’abbé d’Espagnac indique que l’abbaye de Coulombs eut à souffrir du voisinage des deux armées sans plus de précision.

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La bataille de Dreux

Dès 1568 des nouveaux combats ont lieu autour de Paris et dans le pays chartrain et lorsque le Prince de Condé, chef des huguenots, vient faire le siège de Chartres, les moines fuient l’abbaye à l’approche de l’armée huguenote qui séjourne à Coulombs dix sept jours. Le manuscrit de l’abbé d’Espagnac précise : ’’l’abbaye est pillée et brûlée. L’argenterie de l’église fut enlevée. Les images consumées par le feu. Les soldats portèrent la fureur jusqu’à ouvrir les tombeaux et faire brûler les ossements qu’ils en retirent. On voit encore dans le cloître quelques figures de pierre qu’ils ont mutilées. Il y avait sur un des piliers du cloître une statue en pierre de saint Benoit. Les soldats firent des efforts pour la briser. La tête de la statue en tombant écrasa l’un d’eux ce qui épouvanta tellement les autres qu’ils se retirent avec précipitation. Dans cette incursion hostile, tous les titres restés dans l’abbaye et que les moines n’avaient pas pu emporter furent brûlés. L’incendie dura huit jours’’.

En 1569, des nouveaux combats se déroulent à Jarnac. Battus, les protestants se retranchent à la Rochelle. Une nouvelle paix est signée en 1570 à titre de réconciliation et l’on envisage de marier Henri de Navarre, protestant, à Marguerite de Navarre, la sœur du roi Charles IX. Le mariage a lieu le 18 août 1572.

Pourtant, quelques jours plus tard, le massacre des protestants autorisé par Charles IX lors de la Saint Barthélémy le 24 août 1572 marque la période la plus sanglante de ces guerres.

Charles IX mort en 1574, son frère Henri III monte sur le trône. En 1576, une nouvelle guerre éclate mais le traité signé est favorable aux protestants qui retrouvent la liberté de leur culte. Aussitôt, une ligue de catholiques se constitue et le Roi se trouve obligé d’en prendre la tête pour conserver son autorité. Et en 1577, une courte guerre reprend dans le sud de la France.

Henri de Navarre avait quitté la cour et abjuré le catholicisme qu’il avait été contraint d’embrasser au lendemain de la saint Barthélémy. Il mène quelques combats dans le sud jusqu’à une trêve conclue pour 6 ans en 1580.

Henri III n’ayant pas de descendant, son dernier frère étant décédé, la couronne devait revenir à Henri de Navarre ce que n’accepte pas la ligue. Henri III se trouve obligé de faire des concessions aux catholiques et ordonne la dissolution des ligues protestantes tandis que l’exécution de Marie Stuart (ex reine de France catholique) par la Reine Elisabeth 1ère d’Angleterre (protestante) en 1587 est le prétexte à une nouvelle guerre à laquelle participe Henri de Navarre avec quelques succès chez les protestants même si Henri de Guise du côté des catholiques gagne la bataille d’Auneau dans le pays chartrain.

Fort de ses succès, Henri de Guise demande à Henri III de s’engager plus activement dans la ligue. Le roi ne donne pas de réponse ce qui laisse penser qu’il soutient Henri de Navarre. Le Duc de Guise entre dans Paris et le Roi fuit à Chartres. Henri III se résout à faire assassiner le Duc de Guise à Blois pour conserver son autorité. La ligue se soulève contre le Roi qui fait alliance avec Henri de Navarre pour mettre le siège devant Paris.

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L’assassinat du duc de Guise - Tableau de Paul Delaroche

Un moine porte un coup de couteau à Henri III le 1er août 1589. Avant de mourir Henri III supplie Henri de Navarre de se faire catholique pour conserver le trône. Dès le 4 août 1589, Henri IV proclame la liberté de conscience et entreprend la conquête de son royaume.

Le manuscrit de l’abbé d’Espagnac évoque la prise du château de Nogent-le-Roi par le Maréchal de BIRON pour le compte du Roi et les nouveaux malheurs subis par l’abbaye : ’’Mr le maréchal de BIRON étant venu faire le siège de la ville de Nogent à la fin du mois de Novembre 1589, se logea dans l’abbaye de Coulombs avec ses principaux officiers et ses troupes furent logées dans le bourg de Coulombs et dans les hameaux voisins. Le maréchal se rendit en peu de jours maître de la ville et son armée ne séjourna que huit jours à Coulombs mais dans ce court espace de temps, l’abbaye fut pillée, les titres qui y étaient restés furent brûlés et les moines contraint à payer une rançon forte’’.

En février 1590, Henri IV gagne la bataille d’Ivry dans l’Eure mais ne parvient pas à entrer dans Paris. Il consent à adopter la religion catholique en juillet 1593 mais la ligue ne se soumet pas. C’est après son sacre à Chartres le 15 février 1594 qu’il peut entrer solennellement à Paris le 22 mars 1594. La paix n’est pas venue aussitôt car il fallait réconcilier la ligue avec les protestants.

En levant l’excommunication d’Henri IV, le pape a fait le premier pas. De son côté, Henri IV se réconcilie avec les chefs de la ligue, ses anciens ennemis. Les deux confessions se rencontrent mais devant la difficulté d’un accord commun, il est clair qu’il faut reconnaître un état protestant à l’intérieur d’une France officiellement catholique. Le 13 avril 1598, Henri IV signe l’Edit de Nantes qui met fin aux guerres de religion. Avec l’aide de son ami Sully, le Roi redresse la France dans des frontières plus sures et installe un pouvoir solide jusqu’à son assassinat en 1610.

Quant-à Coulombs, par un brevet du 12 juin 1604, Henri IV donne à Maximilien de Béthune, duc de Sully, l’expectative de l’abbaye au grand scandale des religieux. Malgré les respectueuses remontrances des moines, Henri IV confirme l’abbaye de Coulombs au bénéfice de Sully le 19 septembre 1606 après la mort de l’abbé titulaire. On sait, malgré qu’il soit toujours resté protestant, le bien que Sully à procuré à l’abbaye et au bourg de Coulombs à partir de 1606 et jusqu’en 1614, année où il s’est séparé de l’Abbaye. En son hommage, une de nos rues qu’il a fait établir porte son nom.

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Tombeau de Sully à Nogent-le-Rotrou

À PARTIR DE LOUIS XIII ET JUSQU’À LA RÉVOLUTION

Coulombs, au centre du royaume de France, échappe aux guerres qui se situent essentiellement aux frontières. Les seules mentions relatives aux différents combats sont celles du décès aux armées des nobles des environs et notamment :

- Armand de BAUTRU comte de Nogent-le-Roi, tué en 1672 au passage du Rhin lors de la guerre entreprise par Louis XIV contre la Hollande.

- Louis Fauste de BRICHANTEAU mort à Strasbourg d’une blessure à la tête en 1690.

- Charles-Louis de LENONCOURT, marquis de Senantes, tué à la bataille d’Orbassan le 4 octobre 1693 contre les princes protestant d’Allemagne à la suite de la révocation de l’édit de Nantes intervenue en 1685. Il avait épousé Christiane-Charlotte de HAVARD dont la famille possédait la seigneurie de Senantes depuis le quatorzième siècle.

- Alexandre Eustache de SAINT PHALLE tué au siège de Turin le 8 septembre 1706. Cette famille tenait déjà la seigneurie de Rutz en 1558.

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Le Passage du Rhin - Tableau de Van der Meulen

Cela n’empêche pas Coulombs de recevoir un grand nombre de soldats entre 1686 et 1688 lors de la construction de l’aqueduc de Maintenon voulu par Louis XIV pour capter l’eau de l’Eure et la conduire à Versailles par un long canal. Les travaux commencés en mars 1685 sont effectués par des soldats dont le nombre a été estimé à 30.000 hommes puisqu’il n’y avait pas de guerre en cours. Beaucoup tombent malades car les marécages où est élevée la construction apportent des fièvres. Rapidement, les hôpitaux à proximité de Maintenon sont insuffisants.

L’abbaye de Coulombs est réquisitionnée dès février 1686 malgré les protestations des moines. On dit que de nombreux malades sont morts à l’hôpital de l’abbaye. Ils auraient été enterrés à Coulombs sur le coteau compris entre l’actuelle rue de Paris et la cavée de Houdan. Cette affirmation est parfois remise en cause car il n’y a pas d’acte de décès de ces soldats dans les registres paroissiaux de Coulombs alors qu’on y trouve bien les actes de mariage et de baptêmes des enfants des chirurgiens, infirmiers et autre personnel de l’hôpital. Il est vraisemblable que le décès des soldats était géré directement par l’armée ou bien qu’il s’agissait de protestants naturellement écartés des registres catholiques. La guerre qui reprend en 1688 fait interrompre les travaux et les moines rentrent dans leur abbaye en mars 1689.

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L’aqueduc de Maintenon

L’armée du Roi de France avait été organisée sous Louis XIII par le cardinal de Richelieu à partir de 1636 pour mettre fin à l’emploi des mercenaires. Il est crée une armée permanente et un système de recrutement par engagement de volontaires sur une période de quelques années. Lorsque le maximum de volontaires est atteint, une milice provinciale est mise en place vers 1680 par désignation de soldats dans chaque paroisse. Les paroisses ayant tendance à envoyer leurs plus mauvais éléments, il est alors organisé un tirage au sort ce qui n’empêche pas trafics et échanges conduisant à ce que l’armée soit constituée en majorité de paysans.

J’ai eu l’occasion d’acquérir le certificat d’un milicien renvoyé dans sa paroisse de Coulombs en 1761 dont je donne un extrait ainsi libellé :

’’Milice.Généralité d’Orléans - Bataillon de Chartres - Compagnie de Pont chevron

Certificat donné à un milicien renvoyé dans sa paroisse jusqu’à nouvel ordre ;

Il est permis au nommé Guillaume BRUNET dit fleur d’amour natif de la paroisse de Coulon âgé de 25 ans, Soldat de la Compagnie de Pont chevron au Bataillon de milice de Chartres, de se retirer en droiture dans la paroisse de Coulon Election de Chartres où il nous a déclaré vouloir faire sa résidence et d’y rester jusqu’à nouvel ordre’’.

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Certificat de Guillaume Brunet

LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE.

La prise de la Bastille le 14 juillet 1789 marque le début de la révolution et tout s’enchaîne très vite. Les nobles et le clergé perdent leurs privilèges. Beaucoup émigrent dans les royautés étrangères avec espoir de former une armée et venir rétablir l’autorité du Roi de France. En mars 1792, une guerre paraît inévitable. Louis XVI lui même semble la souhaiter pour garantir les frontières de son royaume face aux puissances étrangères. Mais la guerre qui commence mal pour la France précipite la chute de la royauté après les émeutes d’août 1792.

La Convention remplace l’Assemblée Législative et vote l’abolition de la royauté le 20 septembre 1792. Un procès en haute trahison est fait à Louis XVI qui est condamné à mort et guillotiné le 21 janvier 1793. Après la mort du Roi Louis XVI, la jeune République est, une fois de plus, menacée à ses frontières par les armées coalisées des royautés européennes. La Convention fixe un nombre d’hommes à recruter dans chaque commune.

À Coulombs, en mars 1793, on procède au recrutement de ces soldats pour l’armée. Le procès verbal figure dans le registre des délibérations de la commune :

’’ Aujourd’hui lundi dix huit mars mil sept cent quatre vingt treize l’an second de la république française, nous maire et officiers municipaux de la commune de Coulombs soussignés, en conformité à l’article 9 du titre 1er du décret de la convention nationale du 24 février dernier qui fixe le mode du recrutement de l’armée de la république et d’après le reçu du tableau et répartition arrêté par les commissaires du Département d’Eure et Loir faisant les fonctions du Directoire du District de Dreux dans le ressort duquel ladite commune se trouve située par lequel il appert que cette commune doit fournir pour son contingent neuf hommes ; avons convoqué l’assemblée de tous les citoyens de la susdite communauté à l’effet de leur donner connaissance de ce que ladite communauté devait fournir d’hommes pour le recrutement de l’armée ; ce fait et l’assemblée étant formée il a été par notre secrétaire greffier fait lecture à haute et intelligible voix de l’article de la susdite loi du 24 février dernier ainsi que de celle relative aux pensions retraites et gratifications auxquelles les défenseurs de la patrie auront droit de prétendre à la fin de la guerre ; d’après quoi il a été fait savoir à ladite assemblée qu’il allait être ouvert pendant trois jours consécutifs un registre sur lequel devront se faire inscrire volontairement ceux qui voudront se consacrer à la défense de la patrie. Toutes ces opérations finies il s’est aussitôt détaché du cercle les citoyens Gilles GUICHARD, Jean LAPLANCHE, Ambroise DUPÉAGE, Noël PAVIE, Louis HUBERT, Jean Joseph PREVÉ, Pierre SAUVIN, Pierre DADOU et Simon DOUCET, lesquels s’étant présentés devant nous nous ont déclaré qu’ils n’avaient rien plus à cœur que de voler au secours de la patrie en danger et que s’il nous plaisait les proclamer déffenseurs de la patrie ...".

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Enrôlement des volontaires pour défendre la patrie

Six jours plus tard, un second procès verbal confirme leur réception par l’autorité militaire où chaque volontaire est identifié avec son âge et ses caractéristiques morphologiques et examiné par le citoyen BISSON, chirurgien demeurant à Coulombs.

’’Gilles GUICHARD fils de Charles GUICHARD vigneron et de Jeanne GATEL demeurant à Chandelles âgé de 30 ans...

Jean LAPLANCHE fils de Pierre LAPLANCHE vigneron et de Marie-Jeanne MÉNARD demeurant à Chandelles, âgé de 24 ans...

Ambroise DUPÉAGE fils de Jean DUPÉAGE vigneron et de Marie-Louise...demeurant à Chandelles âgé de 29 ans...

Noël PAVIE fils de Jacques PAVIE vigneron et de Madeleine GODARD de la paroisse de Croisilles demeurant à Coulombs âge de 32 ans...

Louis HUBERT fils de Claude HUBERT vigneron et de Marie-Françoise BARBE demeurant à Chandelles âgé de 22 ans...

Jean Joseph PREVÉ fils de Jean PREVÉ marchand de moutons et de Suzanne FAUCHEREAU demeurant à Bréchamps âge de 18 ans...

Pierre SAUVIN fils de Jacques SAUVIN vigneron et d’Elizabeth HUBERT demeurant à Chandelles âgé de 22 ans...

Pierre DADOU fils de deffunt Pierre DADOU et de Barbe ROGER demeurant à Brichanteau âgé de 24 ans...

Simon DOUCET fils de Jacques DOUCET Charron et de Geneviève GUILLERY demeurant à Coulombs âgé de 18 ans...

lesquels citoyens avons trouvé sains et en état de servir, en conséquence nous les avons reçu volontaires nationaux’’.

À part les combats de Vendée au début de la Convention, les guerres menées par la République puis l’Empire se sont déroulées aux frontières ou en dehors du sol français et Coulombs n’a pas eu à subir de dommages jusqu’à l’invasion de 1814.

Mais des enfants de Coulombs sont morts sous les drapeaux. Nous les trouvons, seulement à partir de 1804, dans les registres d’état civil de la commune où sont mentionnées les transcriptions de leurs décès. La commune de Coulombs a perdu au moins seize soldats dont le premier nommé est Ambroise DUPÉAGE qui faisait partie des volontaires de mars 1793. En voici la liste :

Ambroise DUPÉAGE, 38 ans, soldat au 1er régiment d’infanterie de ligne, mort par suite de maladie le 14 mars 1804 à Pechiera (Italie),

Jean-Baptiste MAINGON, 29 ans, caporal à la 6ème compagnie du 1er bataillon du 79ème régiment de ligne, mort à l’hôpital de Castellazzo (Italie) le 25 décembre 1805,

Jean-Baptiste MARCHAND, 27 ans, soldat au 1er régiment de ligne, mort le 21 juin 1806 à Chieti (royaume de Naples),

Jacques SAUVIN, 20 ans, soldat au 15ème régiment de ligne, mort le 27 août 1807 à l’hôpital maritime de Brest,

Charles-Antoine MAUDUIT, 22 ans, soldat au 15ème régiment d’infanterie de ligne, mort des suites de ses blessures à la bataille de Friedland à l’hôpital de Spandou (Prusse) le 26 septembre 1807,

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Bataille de Friedland

Luc LÉGER, 22 ans, fusilier de la 2ème compagnie du 1er bataillon du 1er régiment des fusiliers de la garde impériale, mort par suite de fièvre atax le 9 novembre 1808 à l’hôpital militaire de Bayonne,

Pierre-Jacques GIFLARD, 23 ans, fusilier à la 4ème compagnie du 4ème bataillon du 15ème régiment de ligne, mort par suite de fièvre le 18 décembre 1808 à l’hôpital de la miséricorde de Saint-Sébastien (Espagne),

Léonard LOISON, 26 ans, soldat au 4ème régiment de dragons, assassiné par des paysans le 1er janvier 1809 (lieu non précisé, probablement en Espagne),

Philippe MASSARD, 31 ans, caporal au 53ème régiment de ligne, tué le 6 juillet 1809 à la bataille de Wagram (Autriche),

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Bataille de Wagram

Louis PAVIE, 20 ans, lancier au 3ème régiment 8ème compagnie, mort le 7 novembre 1812 à l’hôpital Saint-Julien de Cambrai,

Jean-Baptiste GIFLARD, 21 ans, fusilier dans le 122ème régiment d’infanterie de ligne, mort par suite de fièvre le 31 août 1813 à l’hôpital de Langon,

François Brutus LEGOUX, 23 ans, soldat à la 6ème compagnie du bataillon du train du génie, mort de maladie le 26 novembre 1813 à Mayence (Prusse),

Casimir Constant GIFLARD, 26 ans, carabinier au 26ème régiment d’infanterie léger, mort par suite de blessures le 26 mars 1814 à l’hôpital de Metz,

Nicolas THIOT,18 ans, voltigeur au 8ème régiment 3ème bataillon 1ère compagnie, mort le 21 mai 1814 à l’hôpital de la piété à Paris,

Jacques HUBERT, 30 ans, fusilier de la 1ère compagnie 5ème bataillon 25ème régiment, mort le 8 juillet 1815 à l’hôtel Dieu de Saint-Quentin,

Jean-Jacques HAMARD, 22 ans, soldat au 4ème régiment d’infanterie léger 1er bataillon 3ème compagnie, mort par suite de blessures le 2 août 1815 à l’hôpital de Sedan.

J’ai eu connaissance d’un courrier adressé le 9 juillet 1814 à l’autorité militaire par Louis Bourbon, propriétaire à Coulombs, sollicitant des renseignements sur son fils Jacques Louis né à Coulombs le 16 frimaire an IV (7 décembre 1795) dont il est sans nouvelle. Soldat appelé le 1er février 1814, "s’est trouvé le 6 mars à coulommier département de l’aisne et le 10 du même mois de mars il été à lafaire qui a eu lieu le même jour entre soisson et laon ou il a disparu selon les dires de quelques uns de ces camarades rentrés au pays". Je ne connais pas la nature de la réponse donnée à ce père inquiet mais je présume que Jacques Louis Bourbon est mort aux armées car il n’apparaît plus ultérieurement dans l’état civil de Coulombs.

Après la funeste retraite de Russie, Napoléon avait toutes les puissances étrangères coalisées contre lui. Malgré des batailles remportées, il ne cesse de reculer début 1814 et les ennemis arrivent aux portes de Paris qu’ils occupent. Le 3 avril, le Sénat vote la déchéance de l’Empereur qui est contraint d’abdiquer et de partir à l’île d’Elbe.

La royauté est rétablie avec Louis XVIII qui accepte une charte constitutionnelle. Un traité signé le 30 mai 1814 laisse à la France ses frontières de 1792. Les nobles émigrés reviennent en France et réclament le retour de leurs propriétés vendues comme biens nationaux tant et si bien que le peuple en vient à regretter Napoléon jugé plus libéral.

Informé, Napoléon quitte l’île d’Elbe et rentre en France le 1er mars 1815. Il est aux Tuileries à Paris le 20 mars. L’Europe se coalise à nouveau contre lui et rassemble des armées en Belgique. Napoléon est contraint à la lutte. Le 18 juin se déroule la bataille de Waterloo perdue par Napoléon. Il rentre à Paris et n’obtient pas le soutien espéré. Il abdique une seconde fois.

Après la défaite de Waterloo, l’armée française a battu en retraite et tenté de résister aux armées qui envahissent la France. Le 2 juillet, elle se bat encore à Versailles mais, malgré les suppliques, Napoléon refuse d’armer le peuple et Paris tombe le 7 juillet 1815. Napoléon se rend aux Anglais avec l’espoir d’aller en Amérique mais c’est à l’île de Sainte Hélène qu’il est envoyé et où il mourra en 1821.

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Mort de Napoléon à Sainte Hélène

Louis XVIII retrouve son trône. Le congrès de Vienne fixe les nouvelles frontières des états d’Europe. Si la France conserve les siennes (celles accordées en 1814) à l’exception de la Savoie et de quelques places fortes du Nord-est, elle doit payer une lourde indemnité de guerre et entretenir pendant trois ans une armée d’occupation.

Plusieurs autres soldats de Coulombs ont du servir dans les armées Napoléoniennes mais, pour tous ceux décédés avant 1857, leur nom restera inconnu. Il n’y a pas d’archive à ce sujet à la mairie.

Le capitaine LECOMTE doit être l’un d’eux. Une délibération du conseil municipal en date du 8 novembre 1851 rappelle ses mérites alors qu’il vient de mourir à l’âge de 79 ans :

’’Les membres du conseil municipal de la commune de Coulombs voulant entourer de leur respectueuses sympathies et de leurs regrets la mémoire de leur digne et honorable collègue le brave capitaine Lecomte, chevalier de l’ordre de la légion d’honneur, se sont fait un devoir de conduire jusqu’au champ du repos la dépouille mortelle de ce vénérable et vertueux citoyen dont la vie ne fut qu’un tissu de dévouements rendus à la Patrie et à son pays

Puisse sa noble et généreuse conduite trouver de nombreux imitateurs dans les enfants de Coulombs.

Puissent ces paroles écrites en lettres de deuil perpétuer et propager son profond civisme.

Signé Lhomme, Hubert, Corbonnois, Chapet, Denis, Percheron, Peigné (Maire)’’.

Par un décret du 12 août 1857, Napoléon III honore environ 405.000 anciens soldats du premier Empire encore vivants à cette date en créant la médaille de Sainte Hélène qui leur est remise. À Coulombs, dix neuf hommes reçoivent cette distinction :
ALLEAUME Jean Toussaint, campagne 1812-1813
BARON Julien, campagne 1808-1809, blessure
BLOT Pierre Alexis, 6 campagnes 1806-1814
BRUNET Pierre, 6 campagnes 1804-1811
CORDON Pierre Vincent, 8 campagnes 1807-1815, blessure
GUERARD Jean Jacques François
GUIARD Jacques, campagne 1807-1809
GUIARD Pierre, 1 campagne 1814-1815
LARUE Antoine, campagne 1814-1815
LEMIERE Jacques, 6 campagnes 1809-1814
PENSARD Louis, campagne 1811-1815, prisonnier en Russie
PEPIN François, campagne 1814-1815
POTEAU Robert, 2 campagnes 1812-1814, blessure
RENAUD Pierre, campagne 1791-1812
ROBERT Etienne, Lieutenant, 39 campagnes 1792-1814, Chevalier Légion d’Honneur
ROQUET Pierre, campagne 1815
ROUGEMONT Jacques, 5 campagnes 1808-1816
ROUX Pierre Noël, 14 campagnes 1797-1816, blessure
TROUIN André, 2 campagnes 1792-1794

À Nogent-le-Roi, vingt quatre hommes reçoivent cette médaille dont Rémi BLOT, natif de Coulombs et frère de Pierre Alexis, pour ses services de mai 1814 à août 1816 ainsi que 8 hommes à Lormaye (source www.stehelene.org d’après copie des archives départementales).

Roger TEMPÊTE