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LE BLASON DE COULOMBS

samedi 16 mai 2015, par rogertempete

LE BLASON DE COULOMBS

Le blason de Coulombs a été reproduit sur quelques gravures anciennes toujours en noir et blanc. Il s’agit en fait de celui de l’abbaye de Coulombs.

Aujourd’hui, sur internet, on découvre des blasons en couleur mais qui ont des différences selon leurs auteurs. Qui a raison ? Difficile de trancher d’autant plus que la description des blasons laisse également apparaître des différences. Essayons de faire un point objectif.

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Blason reproduit par M. Merlet en 1864

Dans son livre sur l’Histoire de l’abbaye de Coulombs, L. Merlet reproduit un écu de forme moderne surmonté d’une crosse et d’une mitre. Il décrit le blason de l’abbaye à la page 67 : ’’L’Abbaye Notre-Dame de Coulombs portait dans ses armoiries 3 colombes, 2 et 1. Il existe si peu de différence entre les colombes et les merlettes qu’on pourrait supposer que l’écu placé à côté de celui de Miles d’Illiers (sur le reliquaire de la circoncision) appartient à l’abbaye. Nous avons préféré y voir les armes de Martin de Rouvray, d’autant que certains auteurs ont prétendu que c’était à lui que l’abbaye devait ses trois merlettes, comme à Jean de Lamirault, un de ses successeurs, prédicateur du roi Louis XI, l’écu de France qu’elle portait en abîme’’. Ainsi, L. Merlet fait déjà une interprétation mais ne donne aucune indication sur les couleurs.

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Blason du Monasticon Gallicanum

Rappelons que la seigneurie de Coulombs appartient au titulaire qui dirige l’abbaye. À l’inverse des familles nobles qui se transmettent la seigneurie de père en fils -les filles ne venant qu’en cas d’absence de garçons- au titre de l’hérédité, il est évident que l’abbé ne peut pas avoir de descendant légitime. De plus, chaque abbé appartient le plus souvent à une famille titrée et possède son propre blason de famille. Donc, il est normal que sous l’ancien régime, le blason de Coulombs soit celui de l’abbaye qu’on découvre sur une gravure datée de 1682 dans le Monasticon Gallicanum et que L. Merlet s’est contenté de reproduire.

Sur le site Gallica.bnf.fr de la Bibliothèque Nationale de France, on peut visionner l’Armorial de France. Cet ouvrage confectionné par Charles René d’Hozier à la demande du Roi Louis XIV à la suite de l’édit royal du 20 novembre 1696 reproduit un grand nombre de blasons des familles nobles et des villes de France. Dans le registre 22 consacré à la Généralité d’Orléans, un blason pour Coulombs y figure sous deux formes.

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Blason des Religieux selon d’Hozier

Le premier (vue 200/831) est au nom de ’’la communauté des religieux bénédictins de Couloms’’. C’est un blason en couleur sous la forme d’un écu moderne. Les colombes (ou merlettes) sont bien positionnées 2 + 1 sur fond bleu. L’écusson en abîme ou en cœur me semble être couleur argent avec des fleurs de lys d’or. Ce blason n’est pas surmonté de la crosse et de la mitre. Il rappelle les blasons déjà mentionnés. Toutefois, Il comporte une exception à la règle qui prévoit que les métaux ne doivent pas se mélanger entre eux. Ainsi, les fleurs de Lys d’or ne devraient pas être sur un fond d’argent.

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Blason de l’Abbaye selon d’Hozier

Le second (vue 643/831) fait référence à l’abbaye (abaye de Coulomue). Si j’interprète bien le langage héraldique, il est sous la forme d’un écu moderne tiercé en fasce, d’argent en chef, de vair d’argent sur azur au centre, d’hermine sur argent en pointe. Il n’est pas surmonté d’une crosse ou d’une mitre. C’est la seule représentation de ce blason que je connais.

Au début du vingtième siècle, Mme L. Gaudeffroy qui a écrit la notice sur l’église de Saint Chéron de Coulombs pour l’abbé Métais participe à l’armorial d’Eure-et-Loir. Les blasons sont décrits avec leurs couleurs mais sans une représentation en image. Le texte pour Coulombs est : ’’d’azur à trois colombes d’argent, à l’écu de France en cœur, d’azur à trois fleurs de lis d’or’’. Cette description de l’écu de France respecte la règle du non mélange des métaux.

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Blason dessiné par M. Fernon

Lorsque M. Roger Josse tenait le site internet de la commune crée en juillet 2004 et actuellement en sommeil, il a reproduit un blason en couleur trouvé sur le site armorialdefrance.fr. Il est dessiné par M. Jean-Paul Fernon et se traduit par un écu d’azur à l’écusson du même chargé de trois fleurs de lis d’or et accompagné de trois colombes d’argent. Les couleurs indiquées par M. Fernon sont celles déjà retenues par Mme Gaudeffroy.

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Autre représentation du blason

Dans le même temps, en 2010, un autre passionné d’héraldique, M. Harant, m’avait contacté pour connaître les couleurs réelles du blason de Coulombs. A partir de ses propres recherches, il proposait les couleurs suivantes : ’’les colombes sont souvent d’argent sur champ de gueules (rouge) et les fleurs de lys sont souvent d’or sur champ d’azur’’. Bien entendu, à cette date, j’étais incapable de lui confirmer quoi que ce soit mais je constate que son interprétation n’est pas conforme aux couleurs de celui dessiné par Charles René d’Hozier en 1696 ni à celles retenues par Mme L. Gaudeffroy.

A mon avis, sur le plan historique et officiel, le blason de Coulombs ne devrait pas être différent de ceux de 1696. Il est évident que celui des religieux est plus ’’décoratif’’ que celui de l’abbaye. Depuis cette date, la révolution de 1789 est passée et les communes ont remplacé les seigneuries. Puis les congrégations religieuses ont été supprimées et, à Coulombs, l’abbaye finalement détruite. A ma connaissance, le conseil municipal de Coulombs ne s’est jamais prononcé sur le dessin et les couleurs d’un quelconque blason. Doit-il le faire ? Depuis la loi du 5 avril 1884, les communes disposent de la souveraineté totale en matière d’armoiries. Chaque commune étant libre d’adopter ou non un blason, une délibération du Conseil Municipal doit déterminer la nature du blason qui doit respecter certaines normes rappelées dans un vade mecum pour un blason communal édité en 2014 par le Ministère de la Culture et de la Communication.

Pour être complet, il faut préciser que l’édit royal de 1696 avait un but bien précis. À cette époque, la réglementation sur l’usage d’un blason n’était pas respectée et il suffisait de s’octroyer un blason pour faire croire à une noblesse et jouir de privilège non mérités ou d’échapper au paiement de certaines taxes ou droits. En recensant les blasons qui devaient faire l’objet d’un enregistrement, on évitait la fraude fiscale envers l’Etat et l’on garantissait aux bénéficiaires l’authenticité de leurs armoiries qui ne pouvaient pas être copiées par d’autres. Sauf que d’anciennes illustres familles n’ont pas jugé utile de répondre à ce recensement fortes des titres qu’elles possédaient ou des reconnaissances royales données à leurs ancêtres.

Roger TEMPÊTE