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UN SUICIDE DANS LES PRISONS DE COULOMBS

mercredi 8 avril 2015, par rogertempete

UN SUICIDE DANS LES PRISONS DE COULOMBS

À Coulombs, sous l’ancien régime, l’abbé titulaire de l’abbaye est le seigneur du village. À ce titre, il a le droit de justice et pour faire respecter la loi, il dispose d’une prison. Elle était installée dans les bâtiments de l’abbaye, très proche du portail roman qui subsiste. À l’extérieur, devant la prison, il y avait un poteau de justice où l’on exposait les condamnés devant la population pour les humilier mais aussi à titre d’exemple pour éviter les délits.

Si les condamnations à mort étaient rares, avant 1748 on pouvait être envoyé aux galères du Roi pour un petit larcin ce qui signifiait le plus souvent une mort à retardement soit par épuisement en raison du régime imposé aux galériens soit par noyade enchaîné au banc des galères qui sombraient lors d’un combat naval. Après 1748 et la suppression des galères, on était envoyé dans les arsenaux militaires pour y effectuer des travaux forcés particulièrement fatigants voire dangereux.

La personne concernée par les faits qui suivent n’a pas attendu son jugement. Le registre de l’état civil de Coulombs pour l’année 1789 contient l’acte de décès d’un homme trouvé mort dans les prisons :

’’L’an mil sept cent quatre vingt neuf le neuf mars a été par moy curé de cette paroisse soussigné inhumé dans le cimetière de ce lieu le corps d’un nommé HATON de feucherolles paroisse de néron agé d’environ cinquante ans trouvé mort dans les prisons par sommation a moy faitte par BEILLARD huissier au baillage de Coulombs en datte du meme jour et an que dessus conformément au proces verbal de monsieur le bailli de Coulombs sur les conclusions de monsieur le procureur fiscal dudit baillage, signé BEILLARD, laditte inhumation faitte en présence de mes confrères de charité qui se sont tous retirés sans signer. VAUFERMÉ Curé’’

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Un fascicule édité en 1989 dans le cadre du bicentenaire de la révolution évoque ce décès en publiant le procès verbal établi qui fait toute la lumière sur ce fait divers :

’’L’an 1789, le lundy neufième jour de mars devant Gabriel Raphaël Guillaume GUIARD de MARIGNY avocat en parlement bailly, juge ordinaire civil criminel et police de bailliage de Coulombs pour Monseigneur dudit lieu est comparu le procureur fiscal dudit bailliage, lequel nous a dit qu’en exécution de notre ordonnance du jour d’hier le nommé HATON domestique chez Mr DENIS marchand farinier de ce lieu accusé d’avoir vollé audit Sr DENIS plusieurs sacqs de bled, d’en avoir porté un à Nogent chez François LALLEMAND porte faix qu’il avait chargé de vendre, fut arrêté à la clameur publique et détenu prisonnier en les prisons de ce siège. Ledit procureur fiscal avait chargé Pierre Edme Charles BEILLARD notre huissier d’écrouer ledit HATON sur le registre desdites prisons, que ledit BEILLARD serait revenu incontenant pour luy apprendre que ledit Haton venait d’être trouvé mort dans ladite prison.

De quoy ledit procureur fiscal a cru de son ministère de requérir comme il le fait de nous transporter à laditte prison à l’effet de dresser notre procès verbal de l’état dudit cadavre et qu’il soit vu et visité par le Sr Louis Mary FORESTIER chirurgien demeurant à Nogent-le-Roy pour constater le genre de mort. Sur quoy étant arrivés à ladite prison nous avons trouvé ledit HATON étendu sur le dos ayant le visage couvert des deux mains, tout ensanglanté, nous avons reconnu qu’il avait le cous couppé, et en outre qu’il a autour du cous une ficelle à laquelle est attaché un couteau à manche de corne jaune qu’il parest que ledit HATON c’est luy même passé la ficelle autour du cous et qu’il l’a serré à l’aide du couteau qui a formé le moulinet. Le Sr FORESTIER après avoir prêté serment nous a rapporté que ledit HATON a l’oesophage couppé, ce qui avec le serrement de la corde qu’il a autour du cous est la cause de la Mort. De tout quoy avons dressé le présent procès verbal pour estre pris jury, ledit procureur fiscal tel conclusion avisera bon estre, le corps dudit HATON lequel était domicilié à Feucherolles près de Néron, sera inhumé au cimetière de ce lieu avec les cérémonies accoutumé à l’effet de quoy sommation sera faite au Sr curé de cette paroisse. fait et arresté les jours et an que dessus’’.

Ainsi, le nommé HATON s’est fait justice à lui même en s’appliquant la peine la plus lourde.

Roger TEMPÊTE