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CHARLOTTE DE FRANCE

lundi 9 février 2015, par rogertempete

CHARLOTTE DE FRANCE INHUMÉE A COULOMBS

Depuis 2004, les visiteurs de l’église Saint Chéron peuvent admirer la plaque de marbre offerte par Mme Marchand pour rappeler qu’une fille d’un roi de France repose dans la chapelle des fonts baptismaux avec d’autres membres de la famille de Brézé.

Cette plaque répond à une demande vieille de près d’un siècle et demi.

Lorsqu’il écrit l’histoire de l’abbaye de Coulombs publiée en 1864, Lucien Merlet, archiviste départemental, reproduit le procès verbal du 13 mars 1816 relatant le transfert des corps de la famille de Brézé et de l’abbé d’Espagnac qui ont été arrachés aux démolisseurs de l’abbaye pour être inhumés dans l’église paroissiale à la demande du prêtre de la paroisse, l’abbé Amas.

L’abbé d’Espagnac est décédé en 1781. Sa pierre tombale d’origine, rachetée par le conseil d’administration de l’hospice qu’il avait fondé, recouvre sa sépulture établie dans le chœur de l’église Saint Chéron à la demande son neveu.

Mais la crypte de l’abbaye qui renfermait les dépouilles de la famille de Brézé avait été profanée à la révolution et les ossements mélangés car il ne subsistait plus en 1816 que deux cercueils sur les trois qui devaient s’y trouver avant 1789. Dans l’église abbatiale en ruines, l’abbé Amas fait également relever la tombe renfermant le corps d’Etienne de Brézé, abbé de Coulombs. Les ossements sont regroupés dans les deux cercueils qui sont déposés dans une fosse creusée dans la chapelle des fonts baptismaux de l’église Saint Chéron.

Depuis 1816, rien ne signalait cette tombe dans la chapelle ce que M. Merlet déplore. Il demande à la Société Archéologique d’Eure-et-Loir dont il est membre de réparer cette lacune et obtient du Maire de Coulombs l’autorisation de poser une plaque.

Sans doute, l’argent a manqué à la Société Archéologique car lorsqu’elle rédige la notice pour l’abbé Métais publiée en 1907, Mme Gaudeffroy indique que M. Merlet souhaitait faire poser une plaque « qui rappellerait aux vivants le souvenir de ceux qui dorment là de l’éternel sommeil en attendant la résurrection suprême » et que la chapelle attend toujours son inscription.

En 1996, lors de la publication de son ouvrage sur l’église Saint Chéron, Michel Chapet mentionne à nouveau l’absence de plaque. Un devis est établi mais la commune qui vient de rénover la toiture, le clocher et la façade du bâtiment donne la priorité à la réfection de l’installation électrique et au chauffage dans l’église.

C’est donc Mme Marchand dont la générosité envers la commune de Coulombs mérite d’être soulignée qui fait graver à ses frais le marbre. Désormais, les visiteurs de l’église sauront que Charlotte de France, fille naturelle du roi Charles VII et d’Agnès Sorel et demi sœur du roi Louis XI, morte en 1475, repose aux côtés de son mari Jacques de Brézé, mort en 1494, d’Etienne de Brézé, mort en 1561, et du cœur de Louis de Brézé époux de Diane de Poitiers, mort en 1531.

La plaque a été bénie le 17 juillet 2004 à l’issue de la messe à la mémoire des victimes des bombardements de Coulombs en juillet et août 1944.

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Texte de la plaque scellée dans la chapelle des fonts baptismaux

Quel a été le destin si particulier de Charlotte de France épouse d’un seigneur de Nogent-le-Roi ? Voici l’histoire de sa vie mouvementée jusqu’au delà de la mort.

Le Roi Charles VII marié à Marie d’Anjou avait plutôt une vie simple et rangée. Aidé par Jeanne d’Arc et ses grands capitaines dont Pierre de Brézé, il avait pu reconquérir son royaume. Et voilà qu’en 1444, il rencontre à l’âge de 40 ans une jeune et belle femme de 22 ans faisant partie de la suite de la Reine. Elle se nomme Agnès Sorel et il en tombe si éperdument amoureux qu’il lui fait trois enfants, des filles, avant que la belle vienne mourir à Jumièges enceinte d’un quatrième enfant en février 1450, lors d’un voyage pour retrouver le Roi qui tente de récupérer par les armes la province de Normandie .

En 1462, Louis XI a succédé à son père mort l’année précédente. Louis XI qui n’aimait pas Agnès Sorel va cependant s’occuper à bien marier ses filles. En conflit avec les anciens compagnons d’armes de son père, il tient emprisonné Pierre de Brézé à qui il ne peut pas reprocher une trahison quelconque. Alors, il va décider de marier Charlotte de Valois, la seconde fille d’Agnès Sorel, à Jacques de Brézé, le fils de Pierre. Jacques a environ 22 ans et Charlotte pas plus de 16 ans. Elle reçoit une dot conséquente et Pierre de Brézé est libéré.

Cinq enfants naissent de cette union ’’ arrangée ’’ (six enfants selon certains auteurs). Jacques de Brézé est décrit comme un homme jaloux et les serviteurs racontent que des débats assez violents s’élevaient entre les époux. Ils sont mariés depuis une quinzaine d’années lorsque se produit un drame entre 1475 et 1477 selon les chroniques du temps.

Grand amateur de chasse, Jacques a chassé toute la journée dans la région d’Anet et retrouve le soir sa femme à Rouvres à la ferme de la Couronne. Après dîner, il annonce à Charlotte qu’il va se coucher et elle lui dit qu’elle va le rejoindre après un brin de toilette. Jacques qui s’est endormi est réveillé vers minuit par un serviteur qui le prévient que ’’ sa dicte femme, meue de lescherie désordonnée, tira et mena avecques elle ung gentilhomme du pays de poictou nommé Pierre de la Vergne, lequel estoit veneur de la chasse dudit seneschal, lequel elle fist coucher avecques elle ’’

Jacques saisit son épée, enfonce la porte de la pièce où sont les amants et trouvant Pierre de la Vergne en chemise lui donne un coup d’épée sur la tête et lui transperce le corps à plusieurs reprises puis poursuivant sa femme partie se cacher dans la chambre de ses enfants, la tire de dessous un lit, lui porte un coup d’épée entre les épaules et alors qu’elle tombe à genoux la transperce entre les seins puis à l’estomac.

Louis XI met Jacques de Brézé en prison et lui confisque ses biens qu’il rend aussitôt à Louis de Brézé, le fils de Jacques. Jacques de Brézé se fait oublier jusqu’à la mort de Louis XI survenue en 1483 puis fait appel de sa condamnation. Il obtient en 1486 une lettre de rémission pour son crime et retrouve son passe temps favori, la chasse, jusqu’à sa mort en 1494.

Les chroniques de l’époque ne sont pas précises.

La date de naissance de Louis de Brézé est inconnue et celle de son décès est parfois indiquée comme étant l’année 1490.

Le meurtre de Charlotte de France est donné comme survenu tantôt à Romiers proche de Dourdan, tantôt à Rouvres proche d’Anet. La paroisse de Rouvres est la plus vraisemblable car Romiers semble ne pas exister et c’est bien Roboribus qui est cité en 1530 .

La date de ce meurtre n’est pas plus certaine : 3 juin 1475, 3 ou 13 juin 1476, 31 mai 1477.

Le lieu de son inhumation est également incertain. On dit que son mari l’a fait transporter à l’abbaye de Coulombs et qu’il a été inhumé à ses cotés en 1494. A cette date, la nouvelle église de l’abbaye n’existait pas. Ce ne pouvait être que dans l’ancienne église romane.

Leur fils Louis a fait transférer leurs dépouilles dans la nouvelle église abbatiale et leur tombeau a été recouvert d’une plaque en cuivre aujourd’hui disparue. La nouvelle église a été consacrée en 1530 et Louis de Brézé étant mort en 1531, c’est cohérent.

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Plaque funéraire détruite, autrefois située dans l’abbaye de Coulombs

D’autres recherches aboutissent à la conclusion que Charlotte de France a été inhumée à Rouvres après son décès et que ce n’est qu’en 1530 que sa dépouille a été transportée à Coulombs pour reposer dans la nouvelle église aux cotés de son mari conformément à l’autorisation donnée par l’évêque de Chartres le 22 juillet 1530 à Louis de Brézé.

Ces différentes hypothèses résultent des écrits du temps qui ne sont pas tous contemporains des faits comme la chronique scandaleuse de Jean de Troyes, les lettres de rémission de la condamnation de jacques de Brézé datant de 1486, le manuscrit de l’abbé d’Espagnac sur l’histoire de l’abbaye de Coulombs.

La dépouille de Charlotte de France allait encore connaître quelques tourments après avoir été relevée au moins une fois pour la transporter dans la nouvelle église abbatiale en 1530.

Sous la révolution presque trois siècles plus tard, la crypte de l’abbaye est ouverte, les cercueils profanés pour en récupérer le plomb et les ossements de Charlotte et de son mari sont mélangés. Enfin, en 1816, ils seront pieusement conduits dans la chapelle des fonts baptismaux de l’église Saint Chéron où ils reposent depuis quasiment deux cents ans. Le procès verbal de cette translation en 1816 vise bien la chapelle des fonts baptismaux, alors qu’un ouvrage publié à la fin du dix-neuvième siècle sur les pierres tombales en Eure-et-Loir parle de la chapelle de la Vierge.

Roger TEMPÊTE