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LA CURIOSITÉ DE MADAME PENSARD

mercredi 4 février 2015, par rogertempete

LA CURIOSITÉ DE MADAME PENSARD

La curiosité est un vilain défaut dit-on. Pour Madame PENSARD, elle lui fut fatale en janvier 1876 à la lecture d’un dossier conservé aux archives de la mairie.

L’an mil huit cent soixante seize le neuf janvier à deux heures de l’après midi,

Devant nous Jean Louis MAILLARD adjoint au Maire de la commune de Coulombs arrondissement de Dreux Eure-et-Loir, soussigné,

Est comparu Jean Jacques Désiré PENSARD journalier, âgé de cinquante trois ans demeurant à Coulombs

Lequel nous a déclaré ce qui suit :

’’ Il y a environ une demie heure, le sieur ECHAVIDRE Jean, brocanteur à Coulombs, vint me prévenir que le cadavre de Joséphine Alexandrine CHARTIER sans profession née à Mittainville le dix brumaire an huit, épouse du sieur Jacques Etienne PENSARD mon père âgé de 77 ans, avec lequel elle demeurait à Coulombs se trouvait dans sa cour.

Toutes les maisons de la rue de la Cavée sont construites ainsi que les cours dans la côte ; je me rendis immédiatement dans la cour du sieur ECHAVIDRE et je reconnus en effet le cadavre de ma belle mère, gisant au pied de la côte qui à cet endroit peut avoir à pic douze mètres environ.

Sur le sommet de la côte se trouve un sentier situé à une distance d’environ trois mètres de l’endroit où elle est tombée.

Elle a quitté le sentier pour s’approcher du précipice, probablement dans l’intention de jeter un coup d’œil sur ce qui se passait dans les cours placées au dessous d’elle, ses pas étaient marqués et dans le sentier et jusqu’au bord de la cour ’’

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Vue sur la falaise

De suite nous nous rendîmes à l’endroit indiqué où nous trouvâmes le corps de la prénommée Joséphine Alexandrine CHARTIER ; nous constatâmes la trace de ses pas dans le sentier et indiquant comment elle s’était détournée de son chemin pour s’approcher de la cour du sieur ECHAVIDRE qui, à cet endroit se trouve, ainsi que le sont du reste toutes les maisons de la rue de la Cavée, en contrebas d’environ douze mètres.

La décédée portait une blessure à la tempe droite et le bras du côté droit était froissé.

J’interrogeai le sieur ECHAVIDRE qui me déclara que vers une heure et demie son jeune enfant âgée de sept ans allait chercher à boire dans la cave creusée sous le roc au fond de la cour. Il revint en criant ’’ Papa, une femme à la porte de la cave ’’. Je sortis aussitôt et je trouvais Mme PENSARD morte et qui avait tombé du haut de la côte.

De suite je prévint le sieur PENSARD son beau fils.

De tout quoi nous avons dressé le présent procès verbal en présence de Louis COCHON, garde champêtre âgé de soixante deux ans et Pascal BOUCHER instituteur âgé de quarante un ans domiciliés à Coulombs qui ont signé avec nous et le déclarant lecture faite.

Le procès verbal est aussitôt transmis au Procureur de la République en rappelant brièvement les faits ’’ ... passait dans un sentier longeant les habitations de la rue de la cavée à une distance d’environ 3 mètres. Elle quitte ce sentier probablement pour jeter un coup d’œil dans toutes ces cours situées en contrebas et à pic d’environ douze mètres. Le pied lui aura manqué et elle est tombée dans la cour du sieur ECHAVIDRE. La mort a du être instantanée. La trace de ses pas se voit sur la neige. On peut suivre comment elle a quitté le sentier pour s’approcher des cours ’’.

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La maison et le sapin donnent une idée de la hauteur de la falaise.

Une copie du certificat de décès du Docteur GUILLAUMIN qui précise ’’ avoir constaté le décès de Joséphine CHARTIER femme PENSARD. La lésion qui a occasionné la mort est une fracture de la voute du crâne ’’ est joint au procès verbal.

Malgré toutes ces précisions, le Procureur demande si quelque indice peut permettre de supposer que la mort de cette personne soit due à un suicide plutôt qu’à un fait purement accidentel. Et comment il se fait que le bruit de sa chute sinon celui des cris qu’elle peut avoir poussés en tombant, n’ait été entendu ou remarqué par personne.

Le 12 janvier 1876, Jean Louis MAILLARD répond au procureur :
Je suis convaincu que la femme PENSARD est morte par accident parce que

1 - Elle vivait en bonne intelligence avec son mari et les enfants de son dit mari, elle était, elle, le 2ème femme du Sieur PENSARD avec lequel elle n’a pas eu d’enfants.

2 - Sans être dans une position aisée, elle n’était pas dans la misère.
Rien ne devait donc la déterminer à se suicider.

Cette femme était très curieuse et il est présumable que passant dans ce sentier d’où l’on découvre toute la rue de la cavée, l’intérieur des cours ; elle se soit approchée trop près de la cour ECHAVIDRE, les pieds lui auront manqué et elle a été précipitée dans le vide. Elle est tombée sur de grosses pierres.

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Autre vue de la falaise

Vous me demandez comment il se fait que le bruit de sa chute n’ait été entendu ou remarqué par personne.

1 - Il faisait froid, il y avait de la neige. Les voisins étaient renfermés chez eux. C’était l’heure du repas. La rue de la cavée n’est pas très passagère.

2 - La maison du sieur ECHAVIDRE est éloignée d’environ douze mètres de l’endroit où cette femme est tombée. Cette maison, basse de plancher, est sourde, il n’y a pas d’ouverture du côté de l’endroit où a eu lieu l’accident. Les portes étaient fermées et elle crie qu’on ne l’eut pas entendue. De temps à autre il se détache des pierres du roc, on ne les entend pas ou si l’on entend du bruit on ne se dérange pas.

3 - L’endroit où a eu lieu l’accident est en côté de la maison et ne peut être vu de la porte ni même de la rue, masqué qu’il est par la maison.

Un petit croquis est joint à cette réponse mais il n’est pas possible de reconnaître à quel endroit de la cavée a pu se produire l’accident. Aujourd’hui, le sentier que l’on connaît a été éloigné du bord de la falaise sauf à son tout début à partir de la rue mais à l’époque il existait une autre portion du sentier qui partait en sens inverse, passait au dessus de la falaise et débouchait sur la cavée au delà du carrefour qu’elle forme avec le chemin de la grimpette.

Roger TEMPÊTE