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L’ABBÉ D’ESPAGNAC

vendredi 30 janvier 2015, par rogertempete

L’ABBÉ D’ESPAGNAC

Durant les vingt années entre 1761 et 1781 où il a été abbé commendataire de l’abbaye de Coulombs, Léonard de SAHUGUET d’ARMARZIT d’ESPAGNAC a voulu laisser des actions charitables envers les enfants et les personnes âgées. Mais c’est aussi grâce à lui qu’on possède toute l’histoire de l’abbaye de Coulombs au travers d’un manuscrit d’après les titres originaux de l’abbaye dont se sont inspirés tous les auteurs du dix-neuvième siècle.

Décédé à Paris le 21 juillet 1781 mais ayant souhaité reposer dans l’église abbatiale de Coulombs, il y a été inhumé près des marches du grand autel le 8 août 1781. En 1816, sa pierre tombale a été achetée aux démolisseurs de l’abbaye par les administrateurs de l’hospice de Coulombs. Le 13 mars 1816, au cours d’une cérémonie religieuse en présence des habitants, sa dépouille relevée la veille a été transportée en procession dans l’église Saint Chéron où elle repose dans le chœur.

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Pierre tombale de l’Abbé d’Espagnac dans le chœur de l’église Saint Chéron

Selon le nobiliaire universel de France consultable sur ’’gallica.bnf.fr’’, l’abbé d’Espagnac serait né le 29 mai 1709 (lieu non indiqué), fils de Jacques Joseph Damarzit-Sahuguet, seigneur d’Espagnac et de Marie de Coudere. Ce couple aurait eu 18 enfants.

En fait, les registres paroissiaux du Département de la Corrèze, désormais consultables en ligne, font apparaître que son baptême a eu lieu ’’le douze de may mil sept cent neuf’’ à la paroisse Saint-Martin de Brive et que l’enfant est né le ’’cinquième de courant’’. Il a été ajouté au dessus de courant un mot qui peut être lu comme may ou mars. L’acte ne mentionne pas expressément que le père est seigneur d’Espagnac mais lui donne d’autres titres ’’écuyer, conseiller du Roi, vice sénéchal de Bas Limosin’’.

L’abbé d’Espagnac a été conseiller au parlement de Paris en 1737, puis de grand-chambre en 1747, abbé commendataire de Notre-Dame du Palais, diocèse de Limoges, en 1743 et de celle de Coulombs en 1761. On voit sur le texte des gravures qu’il est aussi abbé de Ferrières (Ferrières-en-Gatinais dans le Loiret) en même temps que celui de Coulombs.

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L’abbé d’ESPAGNAC - Gravure Paul GILLARD

Dans l’histoire de l’abbaye de Coulombs, Lucien Merlet indique que dès sa nomination, l’abbé d’Espagnac s’occupa de contrôler les revenus de l’abbaye et notamment de s’assurer que les paiements en nature des baux correspondaient bien à la mesure de Coulombs et en fit faire un minot étalon.

En 1769, ayant reçu de l’évêque d’Amiens une demande pour obtenir au profit de la paroisse de Saint-Gratien une parcelle des reliques de Saint Gratien dont le corps était conservé à l’abbaye depuis l’an 1015, il fit ouvrir la chasse et en tira une partie que le chirurgien Sanqueuse dit être le crâne pour l’envoyer à cette paroisse.

L’abbé d’Espagnac contribua en 1770 au respect de la nouvelle constitution de la Congrégation de Saint-Maur sur la réforme des monastères.

Le Parlement de Paris ayant été dissous en 1771, l’abbé se retira dans son abbaye. On lui prête la rédaction d’un manuscrit sur l’histoire de l’abbaye de Coulombs à partir des titres originaux. Ce manuscrit qui passa entre plusieurs mains a été vendu aux enchères à l’hôtel Drouot voici quelques années ce qui prouve qu’il existe toujours. Une copie de ce manuscrit a été déposée à la Bibliothèque de Chartres au dix-neuvième siècle.

Les religieux s’étaient obligés depuis longtemps (au moins à partir de 1613) à fournir une quantité de blé aux pauvres originaires de la commune. L’abbé d’Espagnac ajouta différentes rentes pour acheter de ses deniers un terrain pour y fonder un hospice. La construction qu’il y fit édifier est toujours visible au 39 grande rue. (voir à la rubrique patrimoine l’article sur la maison de l’hospice).

Il obtint des lettres patentes du Roi Louis XVI pour cette fondation dont voici quelques extraits :

’’Il (l’abbé d’Espagnac) se seroit occupé, de concert avec les Religieux de ladite abbaye des moyens d’exciter dans lesdits habitans le goût pour le travail, et surtout d’en bannir la mendicité ; qu’ayant observé que les enfans des familles les plus nécessiteuses manquoient d’instruction, il se seroit procuré les secours nécessaires pour doter un Maître d’Ecole chargé d’apprendre gratuitement à lire et à écrire aux enfans de cette classe ; que même, pour entretenir l’émulation entre les écoliers, il auroit , par l’acte de donation, fondé des prix qui seront distribués au mois de septembre de chaque année, à ceux desdits enfans qui, après un mur examen, seront trouvés avoir fait le plus de progrès, soit dans l’étude du catéchisme du diocèse, soit dans la lecture et l’écriture. Que, portant ensuite ses vues plus loin, il serait parvenu à obtenir des secours pour commencer la dotation d’une école de charité, qui serait tenue par deux sœurs, chargées d’apprendre gratuitement à lire, écrire et travailler aux petites filles, de soigner les pauvres malades, et leur fournir gratuitement les remèdes nécessaires dans leurs maladies’’.

Le Roi ne pouvait qu’accepter une telle demande : ’’nous avons confirmé et approuvé, et par les présentes, confirmons et approuvons ledit établissement destiné à l’instruction des petites filles et à leur apprendre à travailler. Permettons aux sœurs attachées audit établissement de saigner les malades dans les cas urgens’’.

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Extrait des Lettres Patentes du Roi Louis XVI

Ces lettres patentes sont données au mois de mars 1781 mais l’abbé d’Espagnac décède au mois de juillet suivant. Si la maison de l’hospice a bien été construite, les autres désirs de l’abbé d’Espagnac vont se heurter à la difficulté de récupérer les différentes rentes lors de sa succession puis à la révolution de 1789 qui fait disparaître les congrégations religieuses.

Les sœurs ne viendront qu’un siècle plus tard instruire gratuitement les petites filles. Une partie des rentes de l’hospice qui n’a en fait jamais pu fonctionner à Coulombs pour les personnes âgées sera donnée à celui de Nogent-le-Roi à la chute du premier Empire et les autres rentes de l’abbé d’Espagnac relatives aux écoles seront acquises au bureau de bienfaisance de Coulombs qui se substituera à l’hospice en 1839.

Lucien Merlet précise en 1864 :’’l’abbé d’Espagnac avait laissé son portrait à l’hôpital pour être placé dans le parloir. Ce portrait est aujourd’hui conservé au presbytère de Coulombs’’. Une gravure de ce portrait a été réalisée par Paul Gillard au dix-neuvième siècle (voir plus haut sa reproduction).

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Photo du tableau de l’abbé d’ESPAGNAC

Ce portrait existe-t-il encore ? Je ne l’ai jamais vu et il n’est pas cité dans l’inventaire des biens de l’église en 1904. Pourtant, s’il appartenait à l’hospice, il aurait du revenir à la commune par le biais du bureau de bienfaisance. Avait-il déjà suivi les meubles d’un curé lors d’un déménagement ou sa trace a-t-elle été perdue lorsque le dernier curé qui habitait à Coulombs a quitté le presbytère ?. A-t-il été déposé à la mairie en même temps que le reliquaire de l’abbaye puis détruit lors du bombardement de 1944 ? Ce dont je suis certain, c’est qu’il en existe des photographies en noir et blanc très anciennes puisque j’ai eu l’occasion d’en acheter une chez un brocanteur de Dreux vers 1990. J’ai remarqué que le texte en bas du portrait sur la photo n’a pas été reproduit de manière identique sur la gravure.

Le 13 mars 1816, certaines personnes qui suivaient la procession du cercueil en plomb renfermant le corps de l’abbé d’Espagnac l’avaient connu vivant et avaient pu apprécier sa générosité envers les plus démunis et l’on devine l’émotion qui était la leur en l’accompagnant à l’église Saint Chéron.

Roger TEMPÊTE