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LES INONDATIONS À COULOMBS

dimanche 25 janvier 2015, par rogertempete

LES INONDATIONS À COULOMBS

Coulombs, dans les temps anciens a subi nombre d’inondations et ce n’est pas l’Eure canalisée et les aménagements des rivières dus aux moulins qui ont réduit les risques. Le manuscrit de l’abbé d’Espagnac sur l’histoire de l’abbaye nous en révèle les plus mémorables tandis que les registres d’état civil en mentionnent d’autres.

Le 24 mai 1366, il y eu un débordement de la rivière l’Eure tel que, de mémoire d’homme, on n’en avait pas vu un pareil. La crue extraordinaire de l’eau causa beaucoup de dommages à l’abbaye de Coulombs.

Il survint à la fin de janvier et au commencement de février 1408 une inondation si considérable que les marchands qui se rendaient à Coulombs pour la foire de la chandeleur furent arrêtés à Nogent sans pouvoir arriver à Coulombs. Ils tinrent la foire sur une place à Lormaye.

Il faut préciser qu’à cette époque l’Eure coulait au milieu des marécages qui séparaient Nogent-le-Roi et Lormaye de Coulombs. On accédait à Coulombs par une route qui partait de la rue des Ponts marins à Nogent-le-Roi (aujourd’hui la rue en prolongement de la rue des jardins) et aboutissait au fond de la rue de la Ribordière. Cette route était souvent impraticable en hiver et recouverte d’eau.

En novembre 1589, en pleine guerre de religion, les moines sur le point d’être attaqués cachent dans un tonneau sous le pavé de l’une des salles de l’abbaye une partie de leurs titres les plus précieux. Hélas pour eux, une inondation survient qui altère les précieux actes.

C’est Sully, le célèbre ministre du Roi Henri IV qui, profitant des revenus de l’abbaye de Coulombs, fait construire à partir de 1607 une chaussée de 279 toises de long et de 18 toises de large ainsi que deux grands ponts et plusieurs ponceaux qui permettent de relier à pied sec Lormaye et Coulombs. C’est l’actuelle Rue de Sully. En raison d’inondations, l’ouvrage ne sera terminé qu’en 1611 pour la chaussée et en 1613 pour les ponts.

Il est vraisemblable qu’en 1658, une inondation a touché Coulombs et Nogent-le-Roi. Elle a même été mortelle pour un habitant de Nogent puisque le registre de l’état civil de cette commune fait état à la date du 20 février 1658 de ’’l’inhumation de Germain Jouvelin, âgé de 50 ans, noyé pendant les grandes eaux en allant chez luy au Pont Marin’’.

Le registre de l’état civil de Lormaye mentionne en marge une inondation en 1665 : ’’ce même jour (21 février 1665), commença le déluge environ à 3 heures après midy, dont Lormaye, Coulombs et Nogent-le-Roy furent inondés durant 5 jours, où l’on croioit perdre la vie à cause des grosses eaux qui estoient en certaines maisons jusques aux premiers planchers des chambres basses’’.

Cette inondation qui n’est pas mentionnée dans l’histoire de l’abbaye de Coulombs est attestée par un acte d’inhumation dans le registre d’état civil de Coulombs : ’’le 22 febvrier 1665, est décédé Jean Touzé duquel le corps fut inhumé proche la croix, pour n’avoir peu l’apporter au cimetière de céans à cause des grandes eaux".

En 1685, sous Louis XIV, dans le cadre des travaux de l’aqueduc de Maintenon et pour rendre la rivière plus navigable, l’Eure est canalisé et son lit est modifié entre Maintenon et Coulombs mais cela n’empêche pas les inondations.

Le 20 février 1711, il y eu une inondation extraordinaire à Coulombs par suite de la fonte des neiges. L’eau couvre le rez-de-chaussée de tous les lieux réguliers de l’abbaye. Dans l’église, elle gagne la dernière marche de l’autel et atteint dans le cloître une élévation de deux pieds et demi. Les jardins de l’abbaye sont transformés en étang. L’eau reste à cette hauteur pendant six jours. On ne peut sortir des maisons qu’à cheval et l’on porte en bateau le blé au marché de Nogent.

Le registre de l’état civil de Nogent-le-Roi fait état au mois de février 1776 d’une ’’inondation causée par la fonte des neiges qui étoient en très grande quantité, qui a perdu toute les terres de la vallée, suite d’une gelée presque aussi forte qu’en 1709 et qui avait commencé aux Rois’’.

Dans le registre de l’état civil de Coulombs, à la date du 17 mars 1786, en marge de l’acte d’inhumation de Marie Louise Vigneron veuve de Jean Chapet, jardinier des messieurs religieux de ce lieu, a été écrite la mention ’’le corps de laditte deffunte a été porté à l’abaye et enterré au bout de la petite nef à cause des grandes eaux".

Le registre des délibérations du conseil municipal de Lormaye fait état d’une inondation survenue le 18 septembre 1810 à la suite d’un orage "ce qui a occasionné une perte dans la commune de plus de 10.000 francs".

Le 14 février 1840 est présenté au conseil un rapport sur la crue extraordinaire de janvier 1840.

Le 12 février 1854, le conseil municipal se prononce sur un projet d’élargissement de la rivière dite du pont du bourg qui vient d’être soumis à une enquête commodo incommodo. Les riverains veulent être indemnisés et s’opposent à ce projet qu’ils jugent inefficace. Il est rappelé que des crues ont eu lieu en 1821, 1840, 1849 et 1853.

Ce n’est qu’en 1867, avec le morcellement du domaine de l’ex-abbaye par la famille Coche, que l’avenue des platanes est créée et qu’un nouveau pont est construit pour faciliter la liaison avec Lormaye car la circulation était devenue dangereuse dans l’étroite vieille rue. Les nouveaux aménagements des vannes du moulin et des déversoirs sont sans effet sur les inondations.

Le registre des délibérations de la commune de Coulombs témoigne de l’inondation survenue dans la nuit du 27 au 28 janvier 1881 : ‘’ Il est tombé beaucoup d’eau ce qui a précipité la fonte des neiges. La rivière du pont du bourg qui était gelée a commencé à couler, on a pu faire passer les glaces le vendredi. Aussitôt les glaces passées, l’eau a monté à vue d’œil. Lundi à midi, l’eau était à son maximum, le pont du bourg avait cru d’une hauteur de 2 m au dessus du niveau naturel, le lavoir de M. Moreau était emporté, toute la vallée était couverte d’eau, les murs s’écroulaient. Le jardin et la cour de l’école étaient couverts, l’eau arrivait jusqu’aux grilles, dans la cave elle atteignait la dernière marche. Heureusement le mur entre Mme Coche et Mme Deshais céda et fit un large passage à l’eau. Les grandes portes de Mme Deshais étaient ouvertes et on ne peut se figurer le volume d’eau qui a passé par là. La route était couverte. M. Brochard se promenait en bateau portant des vivres. A la maison Barbier, l’eau s’élevait jusqu’aux fenêtres du rez-de-chaussée, plusieurs habitants de cette portion du village ont dû abandonner leurs maisons. Les marchands, vendeurs et acheteurs n’ont pu aller à Nogent et le marché a tenu à Coulombs depuis la porte de M. Baron jusqu’à la porte à Théophile Vigneron. La rapidité des eaux en face la porte de Mme Deshais avait dépavé la route et creusé un fossé dans toute la largeur en face la porte de Mme Coche d’une largeur de 1 m. La circulation était interdite par la gendarmerie ‘’ (Selon un plan joint à l’acte d’acquisition du terrain de la mairie en 1870, la maison de Mme Deshais correspondrait à l’actuel n° 2 grande rue – L’école dont il s’agit est celle attenante à la mairie bombardée en 1944 qui était construite sur le terrain à gauche de l’allée qui conduit à la mairie actuelle).

Des cartes postales évoquent l’inondation de janvier 1910 où l’on voit les près entre Chandelles et Coulombs recouverts d’eau et la rivière du pont du bourg en crue.

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Photo prise du pont du bourg en 1910
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Les prairies de Chandelles vues du pont de la Bretèche à Lormaye
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Les prairies de Chandelles inondées en 1910

Les archives de la mairie font état d’un dossier sur les dommages dus aux inondations en novembre 1930.

Une attestation a été délivrée par les autorités allemandes en février 1941 à M. Georges Caillé (un cantonnier habitant Coulombs) pour l’autoriser à travailler la nuit du 9 au 10 février 1941 sur les voies publiques des communes de Nogent-le-Roi, Lormaye et Coulombs pour aider à la réparation des dommages causés par les eaux laissant supposer une inondation (document donné à la commune par la famille de M. Caillé après son décès).

En janvier 1966, la rivière du pont du bourg est transformée en torrent et la route est à nouveau coupée entre Lormaye et Chandelles mais ce sont des rues de Lormaye et de Nogent-le-Roi qui sont inondées car l’Eure a débordé entre le pont de la Bretêche et le pont du chemin de fer. (Voir le film amateur tourné par M. Sotteau, alors directeur du collège, qu’on peut visionner sur le site : memoire.ciclic.fr).

En janvier 1979, après la fonte des neiges exceptionnelles tombées en début d’année, tous les jardins de Coulombs sont à nouveau inondés.

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Les jardins de la Ribordière en 1979

Une inondation en janvier 1995 a également touché les deux maisons construites rue des Remparts les plus proches de la rivière.

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Inondation Rue des Remparts (archives mairie)

En 1999, la rue de Sully et l’avenue de l’abbaye ont souffert de l’inondation qui a suivi la tempête du 26 décembre.

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Inondation rue de Sully en 1999 (Photo Michel Lesimple)

Si depuis 1999, la vanne automatique installée au moulin de Coulombs semble avoir bien régulé le cours de l’Eure, restons prudents. Une nouvelle inondation est toujours possible. Entretenons nos fossés et nos cours d’eau. Ne construisons pas des murs qui empêcheraient l’eau de passer. Interdisons toutes les futures constructions de maisons là où l’eau est montée par le passé.

1er juin 2016. Aujourd’hui, l’eau est revenue dans les prairies, jardins et rues du bourg de Coulombs et du hameau de Chandelles. La vanne automatique du moulin a retardé l’inondation mais n’a pas pu s’y opposer, d’autant plus que ce n’est pas l’Eure qui a le plus débordé mais son affluent la Drouette causant des dommages à Épernon et Villiers-le-Morhier avant que l’eau atteigne Coulombs.

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Vue du Pont du Bourg - 1er juin 2016

Une portion de la rue de Chandelette à Chandelles est coupée et les riverains ont vu l’eau s’infiltrer dans les sous-sols. L’accès à Lormaye depuis Chandelles est impossible et la circulation est déviée par le bourg de Coulombs.

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Rue de Chandelette - 1er juin 2016

Pour la future déviation qui doit passer entre Chandelles et Coulombs, on parle de modifier le projet soumis à l’enquête publique et d’économiser la construction du viaduc destiné à franchir la vallée pour le remplacer par une route submersible moins coûteuse. Puisse cette nouvelle inondation faire réfléchir nos élus.

Roger TEMPÊTE