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HISTOIRE DE LA MAISON DE L’HOSPICE

dimanche 4 janvier 2015, par rogertempete

HISTOIRE DE LA MAISON DE L’HOSPICE

Au n° 39 grande rue, s’élève une maison du 18 ème siècle dont nous nous connaissons parfaitement l’histoire grâce aux archives de la mairie. Je vous invite à la découvrir.

Nous sommes en 1779, Louis XVI est roi de France et de Navarre depuis 5 ans. Les nobles portent perruques. On ne se déplace qu’à pied ou à cheval.

La grande rue de Coulombs ressemble à ce qu’elle est aujourd’hui mais, du côté de la falaise, au carrefour du Cygne, les routes qui montent vers Faverolles et Epernon n’existent pas. Il y a une place qui doit être celle du Jeu de Paume. A l’autre extrémité, vers la mairie, c’est une importante église que l’on voit dont le chevet arrive sur l’actuelle place de la mairie et, derrière l’église, jusque vers la rivière, se trouvent les bâtiments de l’abbaye. L’allée des platanes n’existe pas et on va à Nogent-le-Roi par la rue du Moulin qui, lui, existe déjà. C’est dans ce décor que vivent nos ancêtres.

L’abbé d’Espagnac dirige l’abbaye et c’est le seigneur de Coulombs puisqu’il possède le droit de justice. Pourtant, il n’est pas insensible à la misère du peuple. Comme l’école est payante, seuls les enfants riches la fréquentent. Les enfants pauvres traînent dans les rues où ils mendient. Cela choque l’abbé d’Espagnac qui décide de faire quelque chose.

C’est le 19 octobre 1779 que Jacques Baumart et sa sœur Jeanne (épouse de Toussaint Buat) vendent une maison, jardin et dépendances situés sur la grande rue à Coulombs à la Fabrique Saint-Chéron de Coulombs représentée par Jacques Vaufermé, prêtre curé de la paroisse. La vente est faite moyennant la somme de deux mille quatre cents livres fournies par "haut et puissant seigneur Léonard de Sahuguet D’Amarzit d’Espagnac", abbé de l’abbaye royale de Coulombs. Dans l’acte, un paragraphe précise que l’abbé a le projet de fonder un hospice de charité qui sera conduit par deux sœurs, l’une pour apprendre à lire, écrire et travailler aux petites filles de la paroisse, l’autre pour soigner de pauvres malades. Les bâtiments couverts de chaume sont rasés et on élève la bâtisse actuelle entre 1780 et 1782. Durant cette période, le roi Louis XVI signe à Versailles, en mars 1781, les lettres patentes qui permettent d’établir la maison de charité. Mais l’Abbé d’Espagnac meurt à Paris le 21 juillet 1781. Sa dépouille est ramenée à Coulombs pour y être inhumée dans l’église de l’abbaye. Il ne semble pas qu’il ait pu voir son œuvre achevée.

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Maquette de la maison de l’Hospice au 1/43

La maison a été construite par Jean Gervais, maçon à Rutz, et la charpente est l’œuvre d’Henriet, maître charpentier à Coulombs. En 1782, la maison semble achevée et il est procédé au toisé de l’ouvrage destiné à payer le solde des travaux. Jean Gervais est décédé et c’est en présence de sa veuve et du prieur de l’abbaye que le toisé est établi le 3 juillet 1782 pour la maçonnerie et le 4 juillet pour la charpente. L’ensemble semble avoir coûté 3.018 livres dont 2.331 pour la maçonnerie et 687 pour la charpente.

La mort de l’Abbé d’Espagnac a contrarié le projet de l’hospice et de l’école de filles. La commission de l’hospice rencontre des difficultés pour récupérer les rentes fondées par l’abbé auprès de ses héritiers. Elle y parvient en 1784 et, à cette date, on peut enfin finir de payer les travaux. Le 4 novembre 1789, on décide d’acheter le linge, les meubles et les ustensiles pour l’accueil des sœurs qui doivent arriver "dans le courant de l’été prochain".

Mais la Révolution de 1789 est en marche et c’est vers la suppression des congrégations qu’on se dirige dès mars 1790. Les soeurs ne viendront pas. Au lieu de meubles, c’est 50 fusils que l’hospice achète, non sans regret, le 26 juin 1791, pour défendre les habitants qui en ont fait la demande avec force. Le registre des délibérations de l’hospice n’apprend rien de plus. On peut supposer que les guerres révolutionnaires et la grande misère qui semble frapper Coulombs ne permettent pas à l’hospice de remplir pleinement sa mission. On sait seulement qu’on se préoccupe surtout de percevoir les rentes que Nogent le Roi semble vouloir récupérer pour son propre hospice. Sous l’Empire, en 1807, un arrêté du Préfet désigne le notaire chargé de passer les baux de l’hospice mais il n’y a pas de trace d’un acte vers cette date.

L’hospice renaît en janvier 1814. En 1816, on décide d’honorer son fondateur en rachetant au sieur Noël qui démolit l’abbaye la pierre tombale de l’Abbé d’Espagnac et en transférant le cercueil de plomb qui renferme sa dépouille dans le chœur de l’église.

La maison de l’hospice est louée le 28 septembre 1817 à Jean-Nicolas Châtelain et à son épouse, et à Louise Gerlain, fille majeure. Le bail est conclu pour 9 ans après une adjudication aux enchères qui a dû être animée : parti à 80 F, le loyer est arrivé à 135 F par an après dix enchères. Jean-Nicolas Châtelain est maître de pension pour jeunes demoiselles. Le bail est renouvelé à Mademoiselle Gerlain le 18 juin 1827 au prix de 150 F par an. Elle en demande la résiliation en 1828. Un nouveau bail est conclu à Madame Pauline Clamorgam le 31 mai 1828 au prix de 200 F par an. Elle poursuit le pensionnat et, en 1837, lors de la nouvelle adjudication, le cahier des charges précise : "ladite maison a depuis plusieurs baux été occupée par un pensionnat de jeunes demoiselles avantageusement connu". Pourtant, personne n’enchérit lors de l’adjudication. Après quelques hésitations, la maison est louée à l’amiable au Sieur Baron, ancien serrurier à Paris, et à son épouse pour 12 ans, au prix de 160 F par an. Elle devient maison d’habitation

L’hospice est transformé en bureau de bienfaisance par une ordonnance royale le 10 septembre 1839. L’immeuble devient la propriété du bureau de bienfaisance.

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Avant 1850, la mairie et l’école étaient abritées directement dans la maison de l’instituteur, ce qui était peu commode. La commune chercha donc un immeuble. Pourquoi pas la maison du bureau de bienfaisance ? Par un bail du 14 octobre 1849, la commune loue à partir du 11 novembre 1850 pour 18 ans, la maison dite de l’hospice au prix de 200 F par an. Les baux seront reconduits par la suite. Il est aussitôt question d’installer une école mixte au rez de chaussée et la mairie à l’étage, selon le plan de 1849 qui est conservé. Y a t il eu vraiment une école mixte ? Oui et non. Le plan partage en deux le bâtiment et les cours d’école et sépare les garçons et les filles.Rien ne permet de dire que ce plan a été réalisé et il semble bien que garçons et filles ont été mélangés jusqu’à ce que la famille Coche décide de morceler le domaine de l’abbaye et que la mairie rachète une partie du domaine. Après la guerre de 1870, la mairie et l’école de garçons s’installent sur la gauche de l’actuelle place de la mairie dans des bâtiments qui ont été détruits par les bombardements de juillet 1944.

La maison de l’hospice est réservée pour "une école spéciale de filles", ainsi que l’indique le plan du 27 juillet 1871. Ce plan restreignait la classe et il est modifié à la demande du préfet le 19 août 1871. L’école de filles ouvre enfin, presque un siècle après le souhait de l’Abbé d’Espagnac. Elle est effectivement dirigée par une religieuse à partir d’avril 1872, Soeur Alfrédine, de son vrai nom Clémentine Moreau.

La III ème République ouvre le débat sur la laïcité qui aboutit aux célèbres lois de Jules Ferry en 1881. Soeur Alfrédine a été remplacée en mai 1878 par Sœur Alix, de son vrai nom Alix Algrain. A lire les délibérations du conseil municipal, l’entente entre Sœur Alix et le Conseil municipal ne doit pas être idéale mais des concessions sont sûrement faites de part et d’autre puisque Soeur Alix restera finalement directrice de l’école de filles jusqu’au ler janvier 1904 lorsque la séparation de l’Eglise et de l’Etat interviendra et que l’école de filles deviendra laïque.

En 1894, la construction d’un préau couvert donne lieu à un plan très détaillé. Ce préau a été démoli un siècle plus tard après la rénovation de l’entrée et la construction du transformateur.

On pense agrandir l’école et, le 13 juillet 1905, le bureau de bienfaisance vend à la commune l’immeuble au prix de 12.000 F. Le bureau de bienfaisance décide aussitôt de placer les fonds en rente perpétuelle sur l’Etat au taux de 3% qui rapporteront 359 F par an, un bon placement à l’époque. Mais si la commune ne réalise pas une mauvaise affaire, le bureau de bienfaisance va être victime de l’inflation. Quand l’Etat a remboursé les rentes vers 1988, le revenu s’élevait à 3,50 F et le capital à 120 F ( à peine 13 euros d’aujourd’hui, pour à l’origine le prix d’une maison ).

Le projet d’agrandissement est poursuivi et, en 1909, on dresse les plans de la classe enfantine qui sera construite en 1911. C’est aujourd’hui la salle de billard.

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La maison de charité ou de l’hospice au premier plan, l’école enfantine au fond de la cour.

En 1977, le préau, également construit en 1909, est fermé pour devenir la salle de repos de la classe maternelle qui vient d’être créée pour remplacer la classe enfantine. En 1990, le mur sur la rue est démoli et remplacé par une grille qui met en valeur le bâtiment tandis que la façade est rénovée.

La salle de classe du bâtiment de l’hospice est restée identique jusqu’au déménagement des écoles du cœur du village vers la toute nouvelle école Maurice Glédel en 1993. Elle a aussitôt été mise à la disposition de la bibliothèque trop à l’étroit dans un des logements de la mairie. Mais à la suite d’infiltration d’eau, la bibliothèque a du s’installer en urgence dans l’ancienne salle de repos. Les responsables de la bibliothèque ont alors constaté que ce nouveau local leur convenait mieux que l’ancien : meilleure lumière, des murs aveugles pour faciliter le rangement, plus de facilité à confectionner des espaces d’accueil si bien que le conseil municipal a opté pour un réaménagement du rez de chaussée de la maison de l’hospice en une salle de réunions et des étages en un confortable appartement. Au cours des travaux, a été découverte dans le clocheton, une cloche datée de 1854 provenant des ateliers MAHUET à Dreux. Elle est exposée à la mairie.

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Cloche de la maison de l’Hospice datée de 1854

On le voit, malgré plusieurs projets et destinations, le bâtiment de l’Abbé d’Espagnac n’a finalement pas subi de transformation radicale depuis sa construction et sa belle charpente ainsi que son gracieux clocheton conservent intact le savoir-faire du maître-charpentier Henriet.

Roger TEMPÊTE