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MAXIMILIEN CHALLET TUÉ À COULOMBS

dimanche 25 janvier 2015, par rogertempete

MAXIMILIEN CHALLET TUÉ À COULOMBS

Dans le journal daté du lundi-mardi 30-31 juillet 1917, la Dépêche d’Eure-et-Loir apprend à ses lecteurs qu’un meurtre a eu lieu à Nogent-le-Roi. C’est en fait à Coulombs que Maximilien CHALLET a été tué à la suite d’une dispute avec deux individus. Voici les faits sommairement racontés par le journaliste :

‘’ UN MEURTRE A NOGENT-LE-ROI - Un garde est frappé de coups de couteau par un ouvrier fondeur.

Samedi 28 juillet dans l’après midi, M. CHALLET Maximilien, garde particulier aux bois du Thieuloy (1) près Faverolles, avait une altercation suivie de coups avec divers ouvriers de Nogent-le-Roi. Le soir, vers 10 heures, M. CHALLET s’en allait à bicyclette en compagnie de M. LUSURIER Gédéon, cultivateur à Coulombs, quand tout à coup deux individus surgirent des haies bordant la route, se jetèrent sur M. CHALLET et le renversèrent à terre. Pendant que l’un des agresseurs maintenait M. CHALLET à terre, l’autre lui donnait deux coups de couteau, l’un à la gorge, et l’autre au cœur. L’infortuné garde fut tué sur le coup.

Pendant ce temps, M. LUSURIER ayant pu se débarrasser des assassins – qu’il reconnut – vint prévenir la gendarmerie qui alla les cueillir au lit. Celui qui aurait frappé est un nommé GUIARD et son complice un appelé MERCIER, émigré belge, tous deux ouvriers fondeurs.

Le parquet de Dreux s’est transporté hier dans la matinée sur les lieux du crime, accompagné des autorités judiciaires de Nogent-le-Roi.

Les magistrats ont confronté les assassins avec leur victime dont le corps avait été transféré à l’arsenal des pompes de Coulombs.

GUIARD et MERCIER ont été écroués à Nogent-le-Roi, en attendant leur transfert à Dreux.

M. CHALLET, qui laisse une veuve et deux enfants, était âgé de 50 ans ‘’.

L’affaire fait l’objet d’un complément détaillé dans la dépêche en date du jeudi 2 août 1917 après l’interrogatoire du témoin et des assassins :

‘’ LE MEURTRE DE NOGENT-LE-ROI – L’arrestation des meurtriers – Le récit du drame – L’autopsie de la victime.

La dépêche d’Eure-et-Loir a annoncé lundi soir qu’un meurtre avait été commis samedi dernier, dans la nuit, meurtre dont M. CHALLET Maximilien, garde particulier au bois du Thieuloy, avait été la victime.

Nous avons dit que le parquet de Dreux s’était immédiatement rendu sur les lieux, accompagné des autorités judiciaires de Nogent-le-Roi, et qu’une enquête avait été ouverte.

Voici de nouveaux renseignements sur cette affaire, qui cause dans la région une vive émotion :

Les gendarmes FIGARD et REFROGNY, s’étant présentés au domicile de Fernand GUIARD, 29 ans, ouvrier couvreur, celui-ci, qui était couché, déclara qu’il ne connaissait pas le meurtrier, mais que ce devait être un Belge.

Les gendarmes apprirent que ce Belge était un nommé MERCIER Jean-Louis, 33 ans, ouvrier mouleur, demeurant rue du Pont-de-Saugis, à Nogent-le-Roi. Ils se rendirent à son domicile ; Mercier, qui portait des traces de sang, était blessé à la main. Il fit la déclaration suivante :

GUIARD et un autre individu ( CHALLET ), qui se trouvaient au café POUSSARD, avaient discuté bruyamment au sujet de la chasse et s’étaient querellés. Il exposa que, le soir, à la hauteur du Pont de Coulombs, une rixe s’était engagée entre les deux antagonistes. En voulant les séparer, il avait reçu un coup de couteau. MERCIER nia formellement être l’auteur du crime.

Quant à GUIARD, il dit que, le 28 juillet, vers 19 heures, étant au café POUSSARD avec son camarade MERCIER, il s’était pris de querelle avec le garde CHALLET. Il prétendit que, s’étant rencontrés près du pont de Coulombs, CHALLET était descendu de bicyclette et lui avait donné trois coups de poing à la figure. Il ajouta qu’il n’avait pas riposté, mais que son camarade avait pris sa défense et qu’une lutte s’était engagée entre ce dernier et CHALLET. MERCIER lui dit, quelques instants après : « Tu n’as pas besoin d’avoir peur, je ne l’ai pas tué. »

Le seul témoin de ce meurtre, M. LUSURIER Gédéon, cultivateur à Coulombs, raconte ainsi les faits :

CHALLET et moi, avons quitté la maison de M. BERNARDIN, marchand de bois à Nogent-le-Roi, pour rentrer à bicyclette. Arrivés au lieu dit le moulin à moutarde, nous avons rencontré deux individus dont l’un, GUIARD, qui passa auprès de nous, dit à voix haute : « Tiens, c’est CHALLET, ça ! c’est bien lui ». Nous avons continué notre chemin.

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Les deux hommes nous ont suivi en courant ; comme nous marchions doucement, ils ont passé devant moi et, au passage à niveau de Coulombs, se sont placés derrière CHALLET qui marchait à environ dix mètres devant moi. Après avoir traversé le pont de l’Eure, CHALLET est descendu de sa bicyclette- soit de son propre gré, soit qu’un individu ait saisi le siège de sa machine – GUIARD et son compagnon se sont jetés sur CHALLET et, tous trois, sans prononcer une parole, ont engagé une lutte et des coups de poing furent échangés.

Etant descendu de machine, je me suis avancé vers le groupe des combattants pour demander des explications. GUIARD, à ce moment, s’est avancé vers moi et, mettant sa main gauche sur l’épaule, m’a dit : « Toi, Gédéon, on ne te dit rien » et, en même temps je sentis quelques gouttes de sang qui tombaient sur mon bras. Au même instant, je vis CHALLET qui avait continué à lutter contre l’autre individu, tomber à plat ventre sans dire un mot, mais ayant entendu un antagoniste refermer un couteau à cran d’arrêt, je m’avançais vers ce dernier pour le reconnaître. En m’approchant, il m’a envoyé un coup de pied dans la figure que j’ai pu parer. Voyant que je continuais à m’avancer vers lui, il prit son couteau. Je lui ai alors dit : « Tu ne vas pas tout de même frapper un père de famille, et je me suis reculé pour éviter un corps à corps. J’ai enfourché ma bicyclette et me suis sauvé. »

L’AUTOPSIE DE LA VICTIME. Le docteur WILLARD, de Laons, médecin-légiste, a fait dimanche après-midi l’autopsie du cadavre de M. CHALLET, qui était âgé de 48 ans, laisse une femme et deux jeunes filles de 16 et 18 ans.

Le docteur WILLARD a révélé que le malheureux CHALLET avait reçu cinq coups de couteau, qui auraient été portés d’après la nature des blessures correspondant à la forme des lames des couteaux, deux par GUIARD, l’un au bras gauche et l’autre à la cuisse gauche, et trois par MERCIER dont deux sous la gorge et un dans le cœur où la lame a pénétré à une profondeur de deux centimètres.

Les deux assassins ont été amenés lundi à Dreux et immédiatement écroués. ‘’

GUIARD et MERCIER ont été jugés par la Cour d’assises d’Eure-et-Loir au cours d’un procès qui s’est tenu dès le 23 octobre 1917.

De nombreux témoins confirment la querelle entre GUIARD et CHALLET qui s’est déroulée au sujet de la chasse au café POUSSARD. GUIARD a clairement menacé CHALLET. MERCIER serait alors intervenu pour les séparer.

Gédéon LUSURIER, témoin du crime, n’était pas présent au café POUSSARD. C’est plus tard qu’il a rencontré CHALLET et qu’ils ont décidé de faire la route ensemble avant d’être rattrapés par GUIARD et MERCIER qui se rejettent les responsabilités, chacun niant avoir frappé CHALLET avec un couteau. Cependant, le médecin légiste confirme que deux blessures sont l’œuvre de GUIARD et que les trois autres, toutes mortelles, sont l’œuvre de MERCIER compte tenu des couteaux dont ils disposaient.

Le Procureur de la République dans son réquisitoire réclame la peine de mort pour MERCIER et pour GUIARD laissant le jury apprécier si ce dernier mérite les circonstances atténuantes.

Les avocats des criminels écartent la préméditation et le guet-apens et plaident non coupables compte tenu des dénégations de leurs clients.

Après une heure de délibérations, le jury déclare GUIARD coupable d’homicide volontaire avec préméditation comme étant le principal auteur du drame et le provocateur alors que MERCIER est reconnu coupable sans préméditation.

Fernand GUIARD est condamné à la peine de mort et son exécution aura lieu sur une des places publiques de Chartres. Jean-Louis MERCIER est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Toutefois, par un décret du 11 décembre 1917, le Président de la République accorde sa grâce à Fernand GUIARD dont la peine de mort est commuée en la peine de travaux forcés à perpétuité. Selon le journal, Il n’y avait pas de transport de bagnards durant la guerre de 1914-1918. Que sont-ils devenus ?

Fernand GUIARD a manifestement été envoyé au bagne en Guyane après la fin de la guerre. La condamnation au bagne a été supprimée en 1938 mais les détenus en cours de peine devaient l’achever avant de pouvoir revenir en France. Encore fallait-il qu’ils y aient toujours de la famille qui accepte de les prendre en charge. Le bagne a été supprimé après la guerre 1939-1945 et les derniers bagnards sont rentrés en France en 1953. Pour fermer définitivement cet établissement pénitentiaire, des remises de peine ont été accordées à certains bagnards tandis que d’autres ont été transférés et incarcérés en France. On peut supposer que Fernand GUIARD a été libéré mais il n’est pas rentré en France. Il est déclaré décédé à Saint-Laurent-du-Maroni (Cayenne) le 29 août 1955 sur son acte de naissance.

Jean-Louis MERCIER a du être également transporté au bagne après la guerre de 1914-1918. En est-il sorti vivant et libre ? Il n’y a aucune mention de son décès sur son acte de naissance en Belgique qui pourrait apporter une réponse.

( 1 ) Il est écrit Thieuloy dans le texte du journal. Il convient de lire Thuilay.

Roger TEMPÊTE