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UN ÉTRANGE PARRICIDE À COULOMBS

dimanche 25 janvier 2015, par rogertempete

UN ÉTRANGE PARRICIDE À COULOMBS

Le registre de l’état civil de 1892 contient à la suite deux actes en date du 26 janvier 1892 concernant le décès de Madame Louise DESHAIS et de son fils Georges.

Un article dans le Petit Parisien n° 157 du 7 février 1892 livre le mystère sur le décès de la mère et du fils le même jour et il s’agit d’une bien triste affaire.

‘’ Un drame étrange – unique peut-être dans les annales du crime – s’est passé dans un petit village d’Eure-et-Loir, à Coulombs, près de Nogent-le-Roi.

Là, dans une maison de campagne, vivaient très retirés une vieille femme, Mme DESHAIS, âgée de soixante-quatre ans, et son fils, âgé de trente-trois ans.

Ce dernier, seul survivant de trois fils, avait voué à sa mère un véritable culte ; pour ne point l’abandonner, il n’avait point voulu se marier et il était venu se fixer à Coulombs avec l’intention très ferme d’y rester toujours.

Cette vie concentrée sur un objet unique : sa mère, cet amour exclusif est très certainement la seule explication que l’on puisse donner du crime commis par M. DESHAIS.

Mme DESHAIS, étant atteinte d’une affection de poitrine, avait fait appeler près d’elle le docteur GUILLAUMIN de Nogent-le-Roi, et les docteurs DESCHAMPS et MOIZARD, des hôpitaux de Paris.

Après une consultation donnée en commun, M. GUILLAUMIN se retira pour aller visiter ses malades, et ses deux collègues descendirent au salon en attendant l’heure du départ du train ; ils étaient là depuis quelques minutes, lorsqu’ils virent entrer la femme de chambre qui, affolée, les yeux hagards, leur dit que M. DESHAIS venait de tuer sa mère.

Ne pouvant croire à un pareil forfait, tous deux remontèrent à la chambre de la malade et se trouvèrent en présence d’un spectacle terrifiant.

Dans le lit, Mme DESHAIS, ayant un trou à la tempe droite, ne donnait plus signe de vie, et sur le parquet M. DESHAIS se roulait dans les dernières convulsions de l’agonie.

La femme de chambre raconta qu’elle avait entendu Mme DESHAIS s’écrier ‘’ Georges ! Georges ! Tu veux donc me tuer ? ’’

M. DESHAIS avait sorti de sa poche un révolver d’assez gros calibre, l’avait approché de la tête de sa mère et avait pressé la détente.

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Le crime vu par le Petit Parisien

Puis immédiatement, ayant tourné son arme contre lui-même, il s’était fait sauter la cervelle en se tirant sous le menton un coup de révolver dont la balle ressortit par la boîte crânienne.

Ce drame a, bien entendu, produit une violente émotion dans toute la contrée.

Nous le répétons : M. DESHAIS avait une très grande affection pour sa mère, et la certitude de la justice, après l’enquête qu’elle a faite, est que , ne pouvant se faire à l’idée que Mme DESHAIS devait mourir, il a, dans un accès d’aliénation mentale, préféré mettre un terme à ses souffrances et s’est ensuite donné la mort plutôt que de lui survivre.

Un chien assistait à cette scène dramatique. Quand on entra dans la chambre, il aboyait ‘’ à la mort ‘’, suivant l’expression populaire. Un habitant du pays s’est chargé d’emmener avec lui ce malheureux animal.

Mme DESHAIS et son fils ont été enterrés dans le petit cimetière de Coulombs. ‘’

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Le suicide vu par le Progrès de Lyon

En suivant aussitôt sa mère dans la mort, le voile de l’oubli s’est vite abattu sur cette affaire une fois la tombe refermée. Sinon, un procès aurait conduit M. DESHAIS en prison pour de nombreuses années, voire à l’échafaud.

Cette affaire a manifestement eu à l’époque un retentissement national puisqu’un article similaire a été reproduit dans le supplément illustré du Progrès de Lyon.

Chaque journal a fait appel à son illustrateur pour inclure une gravure criante de vérité. Le Petit Parisien a opté pour le fils tirant sur sa mère, le Progrès de Lyon montre la maman tuée et le fils prêt à se faire justice, le révolver sous le menton.

Sans doute que les journaux locaux ont aussi du relater ce meurtre et ce suicide dans quelques articles à rechercher.

Les deux victimes ont été inhumées dans un caveau familial, aujourd’hui à l’abandon, qui se trouve à proximité du calvaire dans la partie basse du vieux cimetière de Coulombs.

Roger TEMPÊTE