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LES GUERRES À COULOMBS (TROISIÈME PARTIE - 1922 à 1997)

samedi 23 janvier 2021, par rogertempete

LES GUERRES À COULOMBS (TROISIÈME PARTIE - 1922 à 1997)

Cette dernière partie couvre la période entre les derniers combats liés à la guerre 1914-1918 se déroulant en Orient en 1922 et l’année 1997 où il a été décidé de suspendre le service militaire des appelés du contingent. Seule une journée d’appel de préparation à la défense avait été maintenue remplacée depuis par la journée de défense citoyenneté qui concerne tous les jeunes hommes et femmes.

On pouvait espérer que la fin de la guerre 1914-1918 qui a fait tant de morts parmi les belligérants permettrait une paix durable. Hélas, la France comme d’autres pays d’Europe appartient aux pays colonisateurs du dix-neuvième siècle et un conflit éclate bientôt au Maroc sous la domination de l’Espagne.

On l’appelle la guerre du RIF du nom d’une chaine de Montagne du Maroc. Elle commence au Maroc espagnol en 1921 puis s’étend au Maroc Français en 1925 pour lutter contre une rébellion locale. Elle s’achève en 1926 par la défaite et la capitulation du chef des rebelles.

En 1929, une grave crise économique venue des États Unis touche l’Europe. L’Allemagne connaît une forte inflation qui déstabilise son économie, ses dirigeants et son peuple.

La crainte de l’Allemagne reste vive et le ministre des armées obtient le vote d’une loi autorisant les crédits nécessaires pour construire une ligne de défense de la frontière nord de la Belgique jusqu’à la frontière sud de l’Italie qu’on surnomme la ligne Maginot du nom du ministre. Les différentes défenses prévues sont élevées entre 1930 et 1936.

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La Ligne Maginot

L’arrivée au pouvoir en Allemagne du chancelier Hitler en 1933 et sa politique d’expansion territoriale inquiète le reste de l’Europe. On commence à penser à la possibilité d’une prochaine guerre. Dans le même temps, d’autres dictatures s’installent aux portes de la France ; En Italie, dès 1922, Mussolini devient Président du Conseil puis met en place en 1925 un pouvoir dictatorial. En Espagne, une République est instaurée ce qui conduit à une guerre civile. Les opposants conduits par le général Franco battent les républicains et Franco devient début 1939 le chef d’un régime autoritaire. De nombreux républicains espagnols fuyant le nouveau régime, émigrent en France.

La guerre se déclenche quand les troupes allemandes pénètrent en Pologne. La diplomatie tente une négociation de dernière chance demeurée sans réponse du chancelier Hitler. La guerre est déclarée à l’Allemagne par l’Angleterre et la France le 4 septembre 1939. Commence alors ce qu’on appelle la drôle de guerre avec quelques escarmouches mortelles mais surtout deux armées qui s’observent derrière leurs lignes de défense.

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Déclaration de la guerre en 1939

Coulombs connaît le premier décès d’un soldat sous les drapeaux. Malade, Maurice Vénard, né à Coulombs le 28 octobre 1908, soldat au 104 régiment d’infanterie, décède à l’hôpital militaire de Lunéville le 14 septembre 1939. De ce fait, la mention Mort pour la France lui est refusée malgré une demande insistante du Maire de la commune.

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Maurice VÉNARD

Un second soldat, le lieutenant François Psalmon du 6ème régiment de tirailleurs marocains, né le 17 mars 1915 à Saint-Jean-de-Luz, tombe le 27 octobre 1939 sous un bombardement à proximité de Sarrelouis (frontière allemande) alors qu’il mène une contre attaque à la tête de sa section. Ses parents s’étaient mariés à Coulombs où leur famille possédait une maison (voir l’article un grand mariage en 1910).

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François PSALMON

Selon la formule habituelle, le conseil municipal de Coulombs expédie les affaires courantes. Il ne se réunit que deux fois en un an. En novembre 1939, il vote une imposition, vend des peupliers, accorde une réduction sur le loyer de l’ancien presbytère dont le titulaire du bail est mobilisé, assiste la famille d’un militaire et alloue une subvention à la croix rouge. En février 1940, il désigne des délégués pour les élections à la chambre des métiers, vote dans le cadre de l’assistance médicale les listes dressées par le bureau de bienfaisance pour l’assistance des femmes en couches et des vieillards, et accorde un crédit supplémentaires pour l’enlèvement des ordures ménagères.

Quand l’armée allemande envahit la Belgique, la véritable guerre commence et avec elle l’exode des populations qui fuient leur région au fur et à mesure que l’ennemi avance. Deux jeunes hommes de Coulombs meurent pour la France lors de l’invasion allemande en France.

Jean Douziech, né le 4 septembre 1915 à Coulombs, soldat au 129ème régiment d’infanterie, tombe le 24 mai 1940 à Achtezecle (Nord).

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Jean DOUZIECH

Roland Petit, né le 25 décembre 1913 à Coulombs, soldat au 93 régiment d’infanterie, est tué au champ d’honneur le 7 juin 1940 à Soissons (Aisne).

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Roland PETIT

L’armée française, dominée par l’ennemi recule de plus en plus. Jacques Piel Melcion d’Arc, né en 1889, sergent Chef engagé volontaire, meurt au champ d’honneur au combat d’Ormoy-Villiers (Oise) le 12 juin 1940. Cette famille possédait des maisons Rue Sully et un de ses frères avait déjà été tué lors de la guerre 1914-1918.

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Jacques PIEL MELCION D’ARC

À Coulombs, les habitants qui le peuvent partent en exode. Ma mère dont le père avait des difficultés à marcher n’est pas partie. Elle m’a raconté qu’il n’était resté qu’une vingtaine de personnes au bourg principalement des personnes âgées ou malades et une famille nombreuse. Le boulanger avait laissé sa clé et c’est un habitant du village qui a fait du pain pour tout le monde.

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Départ en exode d’une famille de Coulombs

Des combats pour retarder l’avancée allemande ont eu lieu à proximité de notre commune dont celui de Feucherolles, commune de Néron, où de nombreux soldats africains ont trouvé la mort ainsi que les français qui les dirigeaient. La lecture des livres de M. Jean-Jacques François sur la guerre de 1939-1945 en Eure-et-Loir donne des indications précises sur cette période.

Une note dans les archives de la mairie indique que les allemands sont arrivés à Coulombs le 16 juin 1940. Quelques jours plus tard, le Maréchal Pétain demandait l’armistice s’appliquant à partir du 25 juin. La guerre sur le sol français était arrêtée, l’occupation allemande commençait. La France est coupée en deux par la ligne de démarcation avec au nord et à l’ouest une zone occupée et au centre et au sud une partie de la France encore libre administrée par le Maréchal Pétain à Vichy qui avait reçu par la loi votée le 10 juillet 1940 les pleins pouvoirs de l’assemblée nationale. Bien que cette loi n’ait pas mis fin à la troisième République, ce nouveau régime prend le nom d’Etat Français avec la devise Travail, Famille, Patrie.

Au début de l’occupation, les français accordaient leur confiance au Maréchal Pétain considéré comme le héros de Verdun lors de la guerre précédente tandis que le Général de Gaulle parti en Angleterre avec l’espoir d’incarner celui qui poursuit le combat n’a pas encore regroupé suffisamment de partisans autour de lui. Ce sont les lois anti juives d’octobre 1940 qui vont marquer le début de la collaboration avec l’Allemagne mais aussi celui de la résistance.

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Carte de propagande

À Coulombs, le Maire Paul Chapet, âgé de 85 ans, présente sa démission au Préfet qui l’accepte le 14 novembre 1940. Il est remplacé par M. Victor Sage.

L’occupation, c’est l’obligation d’entretenir l’armée allemande au prix d’innombrables réquisitions. C’est aussi assurer le ravitaillement de la population et de gérer la pénurie donc le rationnement. Un système de carte d’alimentation et de tickets est mis en place et sera maintenu bien au delà de la fin de la guerre. La mairie tient un registre, la population est classée en fonction de l’âge qui donne les droits à tickets distribués pour une période donnée. Presque tout est rationné : le pain, les matières grasses, la viande et charcuterie, les pommes de terre, le savon, les textiles et une série divers pour les tickets de tabac, de vin et les chaussures.

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Carte et tickets d’alimentation ou de rationnement

Autant dire qu’à la campagne avec les volailles, les lapins, les légumes et les fruits des jardins, on s’en tirait mieux qu’à la ville. Pour le reste, c’était un peu "la débrouille"...et le marché noir. Malgré tout, on s’entraidait. On m’a raconté qu’un cultivateur de Coulombs mettait un champ à disposition d’habitants pour y faire pousser la luzerne des lapins. Un artisan avait fabriqué un moulin pour moudre le grain (du marché noir) et faire du pain en plus des tickets. Il paraît même que lorsqu’il était débordé, le secrétaire de mairie qui était aussi l’instituteur faisait remplir le carnet d’enregistrement des sorties des tickets à ses meilleurs élèves et les incitait à faire quelques erreurs favorables à la population.

Un élève de cette époque a par la suite écrit ses souvenirs où il donne une version très personnelle de ce qu’on attend des enfants face à ce rationnement : "Les classes primaires furent en quelque sorte réquisitionnées pour combattre les doryphores, les insectes jaunes à rayures noires qui en un rien de temps dévoraient les plans de pommes de terre. Ce qui nous réjouissais, c’était la distraction qu’engendraient ces parties champêtres. Comble de bonheur, nos troupes d’assaut étaient mixtes. Filles et garçons étaient réunis, situations vraiment exceptionnelles en ces temps là, les filles à l’extrémité du champ, les garçons à l’autre. À chacun son rang de patates et sa boite en fer percée de trous pour y recevoir les bestioles zébrées et les feuilles déjà attaquées par les larves rougeâtres ou les petits œufs jaunes. 40 à 50 élèves dans un champ cela fait quand même beaucoup de remue ménage et d’ondulation humaine. Alors le garçon repérait la demoiselle qu’il voulait rencontrer et insensiblement les corps courbés sautaient les rangs".

Le maréchal Pétain incarne un pouvoir personnel. Les timbres poste à son effigie remplacent la Semeuse qui symbolisait la France. La propagande vantant le rapprochement de la France et de l’Allemagne va jusqu’à envoyer aux soldats français prisonniers en Allemagne un fascicule pour les informer, preuve qu’on ne les oublie pas.

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Extrait de l’almanach 1941 envoyé aux prisonniers en Allemagne

Les enfants des écoles de Coulombs apprennent le chant qui a remplacé la Marseillaise : "Maréchal nous voilà, devant toi le sauveur de la France, nous jurons nous tes gars, de servir et de suivre tes pas". Mais l’instituteur a écrit d’autres chansons vantant la commune qu’il fait chanter aux élèves lors de leurs déplacements dans les rues du village (voir la présentation de ce site).

L’armistice avait prévu que les colonies de la France resteraient libres sous l’administration du gouvernement de l’Etat Français. Une armée est maintenue dans ces territoires. Un aviateur est victime d’un accident. Roger Ernault, né à Coulombs le 27 février 1913, adjudant au groupe aérien 2/32, meurt le 29 août 1941 à Agadir au Maroc au retour d’un vol d’entrainement.

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Roger ERNAULT

Une sorte de stade est crée à Coulombs pour que les garçons jouent au football et les filles au basket. J’ai consacré un article à l’Amicale Sportive de Coulombs fondée spécialement durant l’occupation à lire à la rubrique "Souvenirs d’autrefois".

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La troupe de l’Amicale de Coulombs

Le sort des prisonniers en Allemagne n’est pas oublié. Il existe des cartes de ravitaillement à leur nom pour acheter des denrées non périssables et des objets utiles à leur envoyer. Pour se procurer de l’argent, on confie à l’Amicale Sportive l’organisation de manifestation. Ainsi, en 1943, un faux mariage est monté avec les jeunes du village et des petites pièces de théâtre sont jouées. Pour en savoir plus, je vous invite à lire sur le site internet de la mairie "coulombs-28" un texte composé en 2003 par des acteurs de cette comédie.

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Programme de la fête au profit des prisonniers

Le conseil municipal administre au mieux la commune mais il est principalement question d’entretiens divers faute de pouvoir faire de gros aménagements. Au cours des années 1942 et 1943, Il décide un léger déplacement d’une sente par échange de terrain à la demande d’un riverain, étudie et adopte l’électrification d’un écart et renonce à une fusion avec la commune de Nogent-le-Roi.

En juin 1941, la décision d’Hitler de rompre son pacte avec la Russie et de l’envahir modifie le cours de la guerre. En France, l’État Français s’enfonce dans la collaboration totale tandis que la résistance devient de plus en plus active et que des Français arrêtent d’autres Français.

L’entrée en guerre des États Unis en décembre 1941 après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor laisse entrevoir l’intensification de la guerre et l’espoir d’un futur débarquement. C’est en Afrique du Nord que les alliés débarquent et en réaction les Allemands envahissent la zone libre de la France en novembre 1942 pour se protéger d’un éventuel débarquement par la Méditerranée.

Désormais, des installations françaises utilisées par les Allemands sont bombardées par les alliés anglo-américains sur la base des renseignements fournis par les réseaux de résistance. Il faudra encore attendre un an et demi avant la reconquête du territoire français.

Le 28 janvier 1944, un aviateur canadien, Robert Oswald Brown, se trouve au dessus de la vallée de l’Eure en présence d’avions allemands. Un combat aérien s’engage. Il abat deux avions allemands mais son avion, un chasseur P51 Mustang, perd de l’altitude et s’écrase sur la digue au bord de la rivière devant Chandelles sur le territoire de Lormaye. Son corps est transporté à l’arsenal de Chandelles. Dans la nuit, des jeunes gens croyant bien faire récupèrent les papiers de l’aviateur le privant d’identité si bien que son corps a été enterré anonymement et sa famille n’a pas pu savoir avec certitude où il repose (on suppose que c’est au cimetière de Dreux mais, s’agissant d’un militaire, ce n’était pas les services municipaux qui géraient les inhumations mais les troupes de l’occupant ). Une messe à sa mémoire a été dite dans l’église de Villiers-le-Morhier pour ne pas attirer l’attention des occupants à qui on n’a pas demandé l’autorisation..

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Robert Oswald BROWN

La guerre se poursuit du ciel par de nombreux bombardements des usines d’armement ou de construction de moyens automobiles et des voies de communication en particulier les gares de triage et les voies ferrées. Le 1er juin 1944 vers 23 heures, un bombardier Lancaster revenant d’une mission de bombardement sur la gare de Trappes (Yvelines) est en perdition au dessus de Chandelles où il perd la queue sur une maison. Le fuselage s’écrase sur le territoire de Lormaye à la limite de Coulombs (entrée actuelle du plan d’eau). Les sept hommes de l’équipage sont tués. Ils étaient Anglais, New Zélandais, Australiens et avaient entre 20 et 23 ans. Ils s’appelaient Georges Edward Crumpler, James Graham, Paul Jameson Hamilton, Alastair Mcrae Mac Lachlan, Brian O’Brien, Alexander George Partridge, Neville Lloyd Sorensen et sont inhumés au cimetière de Dreux.

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Queue du bombardier Lancaster tombé à Chandelles

Le débarquement a lieu le 6 juin 1944 avec succès. Durant plusieurs semaines, les alliés doivent regrouper sur le terrain conquis une armée suffisamment nombreuse pour entreprendre la reconquête de la France.

Coulombs et Lormaye vont souffrir en subissant plusieurs bombardements meurtriers. C’est le pont de la voie ferrée sur l’Eure qui est visé car la ligne Maintenon-Dreux est utilisée par les allemands pour ravitailler leurs combattants en Normandie. Le 14 juin 1944 vers 9 heures, les premières bombes sont tombées sur Nogent-le-Roi dans l’axe de la voie de chemin de fer "endommageant gravement les propriétés de nos compatriotes Joyeux, Grassin, Granit, Recheut et les bâtiments du patronage " ainsi que le rappelait dans un discours M. Lavigne, Maire de Nogent-le-Roi..

Selon des notes conservées à la mairie, un premier bombardement a lieu à Coulombs le 8 juillet 1944 vers 9 heures. Douze bombes n’atteignent pas l’objectif et tombent entre Coulombs et Chandelles et font des dégâts au passage à niveau, au chemin creux et aux cultures.

Le 12 juillet 1944 vers 20 heures, 12 bombes manquent l’objectif et tombent rue de Chandelles et sur la Nationale 183. Elles détruisent plusieurs maisons, font neuf blessés et quatre morts : Mme Bonard Angèle, Mme Mercier Angéline sur place, Mme Beslay Clotilde dont le corps enseveli sous les ruines de sa ferme est retrouvé le lendemain et M. Defrain qui décède le 17 juillet des suites de ses blessures.

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La ferme Beslay après le bombardement

Le 14 juillet vers 21 H 30 quatre bombardiers légers P 38 Lightning attaquent le pont. Le second avion passe au moment où la torpille lancée par le premier explose et se trouve déséquilibré. Il s’écrase sur une maison de Lormaye au carrefour Malépart. Le pilote Clarence John MOORE est tué. Le Maire de Nogent-le-Roi, M. Lavigne, intervient auprès des Allemands qui autorisent une cérémonie religieuse en l’église Saint-Sulpice. La tombe du pilote se trouve aujourd’hui au cimetière américain de Colleville-Saint-Laurent-sur-Mer (Calvados).

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Maison incendiée à Lormaye le 14 juillet 1944

Le 18 juillet vers 17 heures, ce sont 120 bombes qui sont lâchées par un groupe de bombardiers B 29 appelés Forteresses Volantes. Plusieurs s’éparpillent sur le bourg dans le quartier de la mairie et de l’église et détruisent la mairie-école, la propriété Brun, le presbytère, la villa des Roses, le lavoir de la roue et endommage quatre maisons à proximité de la mairie. Elles causent la Mort de M. Durand Augustin et blessent M. Géraud qui s’était mis à l’abri dans la cave du presbytère, Un autre témoignage indique qu’une deuxième personne aurait été tuée mais sans qu’on puisse en donner le nom. Ce décès n’est pas mentionné dans les notes conservées en mairie et il n’y a pas d’acte qui pourrait y correspondre dans le registre d’état civil de Coulombs. Le pont du chemin de fer est touché et les Allemands réquisitionnent des hommes pour le remettre rapidement en état.

Le 25 juillet, un combat aérien se déroule au dessus du plateau de Coulombs. Une bombe tombe à proximité de la ferme d’Héliot causant un incendie et blessant quatre occupants de la ferme.

Le 4 août, un bombardement a lieu sans grand dommage. Les bombes tombent dans des prairies, un jardin et la rivière.

Le 10 août au matin, un groupe de quatre avions survole Coulombs au moment où un convoi militaire allemand s’engage dans la côte de Coulombs. Le dernier pilote aperçoit les camions, fait demi tour suivi des autres appareils et les camions sont mitraillés. Deux soldats allemands sont tués et inhumés dans le bas du cimetière de Coulombs. Leurs dépouilles seront relevées en 1959 pour rejoindre le cimetière allemand de Saint-André-de-l’Eure (Eure).

Le 14 août, le pont est de nouveau visé par un dernier bombardement. Les bombes tombent sur Lormaye et détruisent plusieurs maisons, l’école de Lormaye, le pont de la Bretèche ainsi que le chalet qui se trouve près du pont de la Bretèche sur le territoire de Coulombs. Neuf personnes sont tuées : M. Venant Amblart, Mme Anne Amblart, M. Henri Chevigneau, Mme Georgette Guegan, Mme Menant Marthe, Mme Marie Moyer, M. Pascal Tropel, M.Georges Viet et Mme Louise Césaire de Coulombs. Cette dernière s’était réfugiée chez sa fille à Lormaye parce que sa maison de la rue de Chandelles avait été endommagée par le bombardement du 12 juillet.

Deux témoins de l’époque ont raconté leurs souvenirs. Ce texte figure sur le site internet de la mairie "coulombs-28".

Le 15 août les américains arrivent à Coulombs. Un soldat allemand est retrouvé mort. Il aurait été tué lors d’un échange de coups de feu entre lui et les américains (version officielle mais des personnes ont fait courir le bruit qu’il aurait été abattu par un résistant). Il a été inhumé au cimetière de Coulombs puis sa dépouille a été transférée en même temps que les deux autres soldats au cimetière allemand de Saint-André-de-l’Eure.

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Soldats Américains dans Coulombs à la libération

Selon des témoignages concordants, il n’y a pas eu de femmes tondues en public directement à Coulombs lors de la libération. On m’a raconté que trois femmes de Coulombs ont été emmenées à Nogent-le-Roi où elles ont subi ce châtiment. Deux d’entre elles avaient manifestement eu des relations avec des soldats allemands et ne s’en cachaient pas. Le sort de la troisième a divisé la population et créé une grande crainte parmi plusieurs femmes qui avaient pu travailler dans les maisons réquisitionnées par les allemands. Elle faisait plusieurs ménages pour vivre dont un chez un gradé allemand. Beaucoup de personnes sont certaines qu’elle a été accusée à tort et ont toujours pris sa défense.

La commune de Coulombs était libérée mais la guerre n’était pas finie. Le front s’est arrêté quelques heures sur le plateau au dessus de Coulombs pour permettre un regroupement des forces avant de partir vers la Seine et Paris. Quelques avions allemands sont venus mitrailler les alliés sans dommage significatif.

Il ne faut pas oublier Maurice Glédel, natif de Coulombs, mort des suites des tortures infligées à ce jeune résistant par les allemands quelques jours avant la libération. Je lui ai consacré un article à la rubrique "Quelques personnalités locales".

Après la libération, des jeunes hommes se sont engagés dans les troupes françaises qui participaient avec les alliés à la reconquête de notre sol. Certains y ont perdu la vie. Paul Delassau, né à Coulombs le 16 juillet 1921, soldat au premier régiment de marche du Tchad est mort le le 27 septembre 1944 à Thibaultmesnil (Meurthe-et-Moselle).

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Paul DELASSAU

On apprenait aussi que Waldyslas Kowalczyk né le 22 novembre 1919 en Pologne, soldat au 16ème Régiment d’infanterie, était mort en captivité le 12 juillet 1944.

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Ladislas KOWALCZYK

La vie reprenait. Le conseil municipal ayant perdu des conseillers par suite de leur décès ou départ de la commune durant la guerre, la résistance a nommé dès le 1er septembre 1944 un conseil provisoire à la tête duquel est resté M. Sage en attendant des élections. Le 29 octobre 1944, M. Sage a été réélu Maire de Coulombs. Il fallait panser les plaies de Coulombs dues à la perte de ses habitants et de ses bâtiments.

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Reconstitution du Conseil Municipal

La guerre s’est terminée le 8 mai 1945 après la signature de l’armistice. Les prisonniers sont rentrés de captivité et il a été organisé des manifestations pour récolter de l’argent afin de les aider à repartir dans la vie. Puis, comme après 1918, les familles qui le désiraient ont pu faire rapatrier les corps des soldats morts au champ d’honneur. Plusieurs cérémonies ont honoré leur mémoire dont certaines en faveur de soldats qui n’étaient plus à Coulombs lors de leur décès mais dont les familles possédaient des tombes au cimetière où ils ont été inhumés.

Une fois encore, on aurait pu croire à une paix durable. Les colonies, à nouveau, ont entrainé la France dans deux guerres.

En Asie, la France était présente en Indochine depuis le dix-septième siècle pour le commerce et pour des missions d’évangélisation. Au dix-neuvième siècle, c’est une véritable conquête qui s’est déroulée. La situation de cette colonie est instable et complexe en raison de sa frontière avec la Chine et les guerres entre chinois et japonais. A la fin de la guerre 1939-1945, le nord de l’Indochine veut se séparer de la France et subit la pression de la Chine communiste soutenue par l’U.R.S.S. tandis que le Sud reste fidèle à la France qui est soutenue par les Etats-Unis.

Une guerre devient inévitable dès 1946. A partir de 1949, la Chine appuie militairement le Nord. La Quatrième République en France hésite à engager plus de militaires dans ce conflit fait de guérillas. Le Nord finit par battre l’armée française à l’affaire de Diên Biên Phu en mai 1954 et les accords de Genève mettent fin à la guerre avec le départ des Français. Ce sont uniquement des soldats de métier et des engagés volontaires qui ont mené les combats. A ma connaissance, trois militaires de notre village se sont engagés pour participer à cette guerre : Pierre Brissard, Pierre Allais et Jacques Noël. Un article à la rubrique "Coulombs dans la presse" est consacré au reportage d’un journaliste américain interrogeant des habitants de Coulombs.

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Extrait de l’état signalétique du soldat Noël

L’économie peut aussi mener à une guerre telle l’affaire du Canal de Suez. La construction du canal de Suez a été conduite par Ferdinand de Lesseps grâce à des fonds français. Inauguré sous Napoléon III en 1869, les revenus de ce canal creusé entre la méditerranée et la mer rouge et destiné à raccourcir la route du commerce avec les Indes revenaient à la France et à l’Egypte. L’Egypte a par la suite vendu sa participation à l’Angleterre pour effacer des dettes. Après la guerre de 1939-1945, le dirigeant égyptien Gamal Abdel Nasser a décidé de procurer des ressources à son pays en nationalisant le canal en 1956. Aussitôt, la France et l’Angleterre ont réagi en débarquant militairement en Egypte le 31 octobre 1956 et battre l’armée égyptienne jusqu’au cessez le feu du 7 novembre. La pression des Etats Unis et de l’U.R.S.S. au sein des Nations Unis a conduit au retrait des troupes françaises et anglaises en échange de concessions d’ordre économique. Cette affaire semble avoir été conduite sans y engager des militaires du contingent.

L’Algérie, à son tour, veut se débarrasser de la tutelle de la France. Des soulèvements dès le 1er novembre 1954 puis des attentats ont lieu au point de renforcer la présence militaire et d’y envoyer de plus en plus d’appelés du contingent. On ne parlait pas alors de guerre mais d’opération de maintien de l’ordre. En effet, l’Algérie qui avait été conquise sous le roi Louis Philippe était considérée comme un prolongement de la France avec ses trois département d’Oran, d’Alger et de Constantine ainsi que le présentait l’Atlas que j’ai reçu en prix avant d’entrer en sixième au cours complémentaire de Nogent-le-Roi.

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Les trois départements algériens - Atlas de 1956

Le Conseil Municipal de Coulombs, à la réunion du 16 juin 1956, décide d’annuler la fête du 14 juillet en raison des évènements d’Algérie puis il décide le 29 septembre l’envoi d’un mandat aux soldats en Algérie. L’envoi d’un mandat aux militaires sera continué tous les ans à l’occasion du 14 juillet jusqu’en 1962.

Je me souviens parfaitement de cette triste période où tous les jours ou presque on annonçait à la radio le bilan des civils, des rebelles et des soldats tués lors d’opérations militaires ou d’attentats soit dans les villes soit dans les campagnes ou le désert.

La faiblesse de la quatrième République dont les gouvernements changent régulièrement incite le Président Coty à nommer chef du gouvernement le général de Gaulle. Celui-ci fait voter une nouvelle constitution puis est élu premier Président de la Vème République en 1958. L’indépendance est accordée à toutes les colonies de la France sauf en Algérie puisqu’elle fait partie des départements français.

Quand on a onze ans en 1958, on ne comprend pas tout ce qui se passe. L’Algérie, d’après ce qu’on apprend à l’école en géographie et en histoire, c’est une partie de la France et elle fait rêver avec le désert, les dunes, les oasis, les chameaux, les caravanes. Mais en même temps, il y a un peuple qui était là avant les Français et qui se sent brimé par cette sorte d’occupation d’autant plus qu’on ne lui a jamais donné le droit de vote. L’armée parvient à maintenir l’ordre mais n’empêche pas ceux qu’on appelle les rebelles de mener une guérilla meurtrière et des jeunes soldats meurent sur le sol algérien.

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Je vous ai compris

Après le célèbre et énigmatique "je vous ai compris" prononcé le 4 juin 1958 par le Général de Gaulle à Alger, tout le monde croit à une Algérie qui restera française. Pourtant la suite du discours s’adresse aux dix millions d’algériens : "dans toutes l’Algérie, il n’y a qu’une seule catégorie d’habitants, il n’y a que des français à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs". Il faut accepter un partage des privilèges que l’histoire avait donné aux colonisateurs depuis plus d’un siècle.

La rébellion ne cesse pas pour autant et l’opinion en France métropolitaine commence à détester cette guerre. Un référendum en janvier 1961 approuve avec une large majorité le principe de l’autodétermination de l’Algérie. Des discussions aboutissent aux accords d’Évian en mars 1962 ratifiés par le référendum du 8 avril 1962 qui conduisent à l’indépendance de l’Algérie.

La guerre est terminée et laisse place à une situation confuse des deux cotés de la Méditerranée. Les accords d’Évian qui avaient prévu une "transition douce" ne peuvent pas s’appliquer car les Français partisans de l’Algérie Française ne seront plus majoritaires et ne comprennent pas cet abandon. Ils fuient l’Algérie pour venir dans une France métropolitaine qu’il ne connaissent pas. Les Algériens de souche qui étaient restés fidèles à la France sont considérés comme des traitres dans leur pays et sont contraints de s’expatrier et de venir en France où rien n’a été prévu pour les accueillir. Plus de cinquante ans après, les deux pays, la France comme l’Algérie, n’ont pas encore pansé toutes les plaies de cette dernière "guerre coloniale".

Presque tous les jeunes hommes de Coulombs en âge d’être militaires entre 1954 et 1962 ont servi en Algérie. Par bonheur, tous en sont revenus vivants avec des expériences très différentes. Un maçon reconnaît avoir toujours exercé son métier pour l’entretien de la caserne et n’avoir pratiquement jamais été exposé au feu. Un autre a été cité à l’ordre de son régiment pour son courage. Par une délibération en date du 5 avril 1959, le Conseil Municipal de Coulombs lui adresse ses félicitations pour cette citation qui lui a valu la croix de la valeur militaire avec étoile de Bronze.

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Citation à l’ordre du régiment du soldat Henri Caillé

Il n’y a pas eu ensuite d’autres conflits auxquels ont participé des jeunes gens effectuant leur service militaire. Sauf pour une aide militaire technique aux pays africains des anciennes colonies ou pour assurer la sécurité des français dans ces territoires, les successeurs du Général de Gaulle n’ont plus engagé de soldats hors de France.

Depuis 1997, seuls des soldats de carrière effectuent des missions armées dans le cadre de lutte contre le terrorisme sur le sol français et à l’extérieur en application d’accord avec des gouvernements étrangers ou sous le mandat de l’Organisation des Nations Unies. Plusieurs soldats y ont été tués et ils méritent d’être reconnus "Morts pour la France".

Roger TEMPÊTE

Les documents nominatifs proviennent des familles des soldats concernés et de recherches faites sur l’École Militaire de Saint-Cyr et le site "Mémoire des Hommes".