Autour de l’abbaye

Accueil > AUTOUR DE COULOMBS > L’HÔTEL DE L’ÉTOILE À NOGENT-LE-ROI

L’HÔTEL DE L’ÉTOILE À NOGENT-LE-ROI

samedi 8 février 2020, par rogertempete

L’HÔTEL DE L’ÉTOILE À NOGENT-LE-ROI

Quel rapport entre Coulombs et l’Hôtel de l’Étoile à Nogent-le-Roi ?

Un rapport très personnel puisqu’à l’époque où je fréquentais le cours complémentaire de Nogent-le-Roi crée rue des Écoles avant qu’il devienne le Collège Jean Moulin construit sur le plateau, une classe et la cantine scolaire avaient été installées au rez-de-chaussée de cet ancien hôtel et une salle du second étage servait pour les travaux manuels des garçons.

J’ai aussi découvert que les derniers propriétaires et exploitants de l’hôtel ont habité à Coulombs après la vente du bâtiment à la commune de Nogent-le-Roi.

Il y avait là de quoi s’intéresser à ce bâtiment et cela d’autant plus qu’un menu du restaurant avait franchi un siècle avant de se retrouver en vente sur un site internet et venait à point pour évoquer ce commerce.

JPEG - 196.1 ko
HÔTEL DE L’ÉTOILE COUSIN

Dans son ’’Histoire des rues de Nogent-le-Roi’’, Jean-Paul DETOURNAY cite à propos de la rue des Écoles deux anecdotes faisant référence à l’auberge de l’Étoile. La première date de 1756 où il est question du sieur PELHUCHE, aubergiste, qui était le marguillier de la paroisse et qu’on surnommait MACHINE. La seconde en 1792 relate un accident mortel dans le marché aux chevaux vis à vis de l’auberge de la Belle Étoile et il y a bien l’inhumation de Julien OUSMENE dit MARECHAL écrasé sous la roue d’une voiture à la date du 5 février 1792 dans le registre d’état civil de la commune. M. DETOURNAY précise qu’une école doit y être construite après 1849.

JPEG - 464.7 ko
Copie du cadastre Napoléonien en 1834

Le cadastre napoléonien donne une idée des rares constructions existantes dans cette rue en 1834 mais rien ne permet d’y situer précisément l’hôtel de l’Étoile qui s’y trouvait. Est-ce l’immeuble construit entre les deux tours des remparts ou celui qui se trouve en bas et au milieu du dessin ? Selon le cas, le marché aux chevaux devait se tenir le long du rempart ou dans le terrain de l’autre coté de la rue des Écoles. L’actuel Hôtel de l’Étoile est positionné au milieu de l’extrait ci dessous en façade de rue avec une aile derrière et sur sa gauche l’école Gaston COUTÉ et le bâtiment de l’école de musique. Il aurait donc pris la place du bâtiment qui existait en 1834.

JPEG - 238.6 ko
Extrait du cadastre actuel

Les recensements connus à partir de 1836 ne permettent pas de positionner un hôtelier dans cette rue. En 1836, le recensement n’indique pas le nom des rues. En 1841, il y a bien une rue de l’Étoile mais une seule famille y est recensée. En 1846, il n’est plus question d’une rue de l’Étoile mais d’une rue de la Cloche. Entre 1851 et 1876, la rue de la Cloche et la rue de l’Étoile existent mais sont traitées de manière indépendante. Toutefois, on recense à une extrémité de la rue de l’Étoile un instituteur et sa famille ce qui confirme la construction d’une école. A partir de 1881, il ne subsiste plus qu’une seule rue appelée rue des Écoles.

Ce n’est qu’en 1896 qu’on peut être certain de la présence du bâtiment actuel dans la rue des Écoles par le recensement qui donne M. COUSIN Léon, 37 ans, Maitre d’Hôtel, FLEURY Marie, 34 ans, Maître d’Hôtel, son épouse, plus 2 apprentis, 2 domestiques et 5 pensionnaires. Confirmation en est donnée par le menu daté de 1899 et la carte postale. M. COUSIN est recensé au n° 9 de la rue des Écoles juste avant l’instituteur recensé au n° 11. C’est toujours le même numéro qui est attribué de nos jours à l’ancien hôtel.

JPEG - 725.7 ko
Menu Hôtel COUSIN

Il est clair que le bâtiment en 1899 est de construction récente et qu’il a pu être édifié pour y accueillir les voyageurs lors des foires dans la foulée de la toute nouvelle ligne de chemin de fer inaugurée 12 ans plus tôt. M. COUSIN est encore présent au recensement de 1906.

C’est Madame Veuve LHOMME qui est recensée à celui de 1911 comme Maître d’Hôtel avec ses petits enfants, du personnel et des pensionnaires. La guerre de 1914-1918 ne permet pas de réaliser le recensement de 1916 mais Madame LHOMME est toujours Maître d’Hôtel au recensement de 1921. Au recensement de 1926 le n° 9 est déclaré vacant. Madame LHOMME est vraisemblablement décédée puisqu’une vente judiciaire de ses biens est publiée dans le journal La Tribune Républicaine n° 600 de janvier 1927. C’est une vente importante qui comprend 4 maisons à Nogent-le-Roi, grange et jardin à Lormaye plus 18 lots de terres labourables. En même temps que l’hôtel de l’Étoile, la vente comprend aussi l’hôtel du Cheval Blanc qui s’élevait en face de l’actuelle poste sur la place du Huit Mai. L’annonce donne une description détaillée de l’immeuble et précise qu’il est de construction récente.

JPEG - 634.9 ko
Extrait de la vente en 1927

Le recensement de 1931 donne M. COSSON Eugène, Hôtelier et son épouse Jeanne et au recensement suivant de 1936, l’immeuble est à nouveau vacant. A ce même recensement de 1936, Monsieur PAILLER Jean-Baptiste est hôtelier rue de l’Église à l’angle de la rue des Remparts ainsi que l’atteste une carte postale. On le trouve à Nogent-le-Roi (avec le prénom Antoine) à partir du recensement de 1921. Je ne connais pas la date à laquelle les membres de la famille PAILLER s’installent à l’hôtel de l’Étoile mais ils seront les derniers propriétaires de cet établissement.

JPEG - 73.5 ko
Hôtel A. PAILLER

M. PAILLER et son épouse née Louise SPLENDORINI avaient une fille Marcelle née à Nogent-le-Roi en 1925. Elle s’est mariée à Nogent-le-Roi en 1950 avec Jean PIVARD qui était employé chez ses parents comme cuisinier. Ce couple qui a eu deux enfants a travaillé avec les parents ou à son compte. C’est vraisemblablement au milieu des années 1950 que l’exploitation de l’hôtel de l’Étoile a cessé puis que les bâtiments ont été vendus à la commune de Nogent-le-Roi.

M. Jean-Baptiste PAILLER est décèdé à Nogent-le-Roi le 26 janvier 1962. Mme PAILLER épouse PIVARD, tombée malade, est décédée la même année le 18 septembre à Nogent-le-Roi.

Devenu veuf, M. Jean PIVARD s’est remarié à Coulombs le 25 janvier 1964 avec Suzanne LOISON et s’est installé à Chandelles avec ses deux enfants et la mère de sa première femme. Mme Louise SPLENDORINI veuve PAILLER est décédée à Coulombs le 30 mai 1966.

JPEG - 464.2 ko
L’Hôtel de l’Étoile en 2020

Que sont devenus les lieux par rapport à l’année 1957 où je suis arrivé au cours complémentaire ? Cette année là, la construction de nouvelles classes était en cours pour remplacer les écoles primaires et améliorer le cours complémentaire. M. SOTTEAU, alors directeur du cours complémentaire, y a consacré un film qu’on peut voir sur le site Ciclic.fr de la Région Centre sous le titre ’’École de garçons de Nogent-le-Roi’’.

La cantine installée dans l’hôtel a perduré jusqu’au départ du Collège sur le plateau. Les chambres de l’hôtel ont longtemps servi de logement aux instituteurs et à quelques autres personnes travaillant à Nogent-le-Roi. Le creux au rez-de-chaussée à usage de remise a été avantageusement transformé en salle de danse. Les normes de sécurité ont obligé à édifier un escalier extérieur pour devenir la seconde issue des salles des étages. Le balcon en bois de la salle du deuxième étage a été démonté.

JPEG - 667 ko
Aile intérieure de l’Hôtel de l’Étoile en 2020

Tout le bâtiment dans son ensemble à vieilli et mériterait une rénovation. Cette situation devrait bientôt s’améliorer puisqu’il me semble que le Conseil municipal de Nogent-le-Roi a décidé de conserver le rez-de-chaussée ainsi que les deux grandes salles des étages et, dans le cadre d’une copropriété, de vendre les chambres situées aux étages afin qu’elles soient aménagées en logements.

Comme souvent, une première recherche vous incite à en faire une seconde. C’est le cas du menu de l’Hôtel de l’Étoile daté de 1899 qui me permet de parler dans un nouvel article du poète Henri HUET, lui aussi lié à Coulombs.

Roger TEMPÊTE