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LE MEURTRE EST IL RESTÉ IMPUNI ?

vendredi 30 novembre 2018, par rogertempete

LE MEURTRE EST-IL RESTÉ IMPUNI ?

C’est un fait divers que je ne connaissais pas dont m’a parlé une personne intéressée par l’histoire de Coulombs. En m’apportant des numéros d’un journal de Dreux qui n’existe plus, elle m’a permis d’écrire cet article qui demeure incomplet dans la mesure où le sort réservé au criminel reste inconnu.

C’est tout d’abord par une communication téléphonique que j’apprenais qu’un crime avait été commis à Coulombs en 1922 à l’encontre d’un dénommé CHALLES, Il fallait donc que je m’assure que le registre d’état civil comportait un décès à ce nom. Il n’y avait pas de doute à la lecture de la transcription à la date du 30 octobre 1922 d’un acte émanant de la ville de Dreux : "Le trente et un août mil neuf cent vingt deux quatorze heures quarante cinq minutes est décédé à l’hôpital mixte, 70 rue Saint-Denis, Georges Fortuné CHALLE, domicilié à Coulombs (Eure-et-Loir) né à Vacheresses-les-Basses (Eure-et-Loir) le premier juin mil huit cent soixante quatre, cultivateur, fils de Jacques CHALLE et de Louise Marguerite VANNIER, époux décédés, célibataire".

Il est à noter que sur l’acte de naissance à Vacheresses-les-Basses, il est écrit CHÂLLES avec un accent circonflexe et un S à la fin du nom, que le père déclarant signe CHÂLLE avec l’accent mais sans le S, que sur l’acte de décès à Dreux il est écrit CHALLE sans l’accent et sans le S et que sur les journaux qui relatent le drame, le nom est écrit CHALLES sans l’accent mais avec un S à la fin du nom.

Quatre numéros du journal " Le Réveil National et l’Action Républicaine" traitent de ce fait divers.

En première page du numéro daté du samedi 2 septembre 1922, un gros titre "Un crime à Coulombs" donne lieu à un long article qui retrace en détail le déroulement de l’affaire sans complaisance à l’égard des différents protagonistes :

"A l’extrémité de la commune de Coulombs, près du hameau de Dancourt, se trouve une ferme isolée, Héliot, habitée par un vieux garçon, CHALLES Georges, âgé de 58 ans, et sa domestique la Vve PERRIER, âgée de 70 ans. La domesticité comprend en outre un journalier ALLAIS demeurant à Coulombs...Dans la contrée M. CHALLES, passe pour être avare et très riche, on lui accuse 7 à 8.000 fr de rente.

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Extrait d’une carte IGN - Au centre la Ferme d’Héliot

Mercredi (donc le 30 août), vers 7 heures du soir, un jeune homme ayant une tenue assez correcte pénétrait dans la cour de la ferme et allait demander un verre de cidre à M. CHALLES qui le lui donna. Le visiteur demanda ensuite si on ne pouvait pas lui donner une chambre pour coucher. Sur la réponse négative du fermier, il dit : alors il me faut de l’argent. Je n’en ai pas, répondit M. CHALLES, et tous deux sortirent dans la cour, où le visiteur renouvela sa demande d’argent, en braquant un révolver dont il tira plusieurs coups.

Blessé légèrement, M. CHALLES, s’écria : là combien vous faut-il, laissez moi la vie sauve. Dix mille francs, riposta le bandit ; Je ne les ai pas, répondit M. CHALLES et alors il essuya quatre coups de révolver ; une balle l’atteignit à la tête, une autre à l’épaule, une autre à la cuisse droite et enfin une quatrième à l’abdomen qui perfora les intestins.

La Vve PERRIER ayant voulu se porter au secours de son maître fut atteinte d’une balle au front qui lui fit une blessure en séton ; quoique grièvement blessé, M. CHALLE eut la force de rentrer chez lui, de fermer sa porte à clé et pendant que son meurtrier qui était armé d’un poignard et de son révolver qu’il avait rechargé, ne cessait de tirer dans la porte, il prenait son fusil et en tirait un coup au travers , l’assassin voyant sans doute qu’il n’aurait pas raison du vieillard comme il l’espérait prit la fuite".

Le journaliste poursuit le récit avec un sous titre peu favorable envers le nommé ALLAIS :

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Extrait du journal l’Action Républicaine

Puis le journaliste explique que les gendarmes et un docteur se rendirent à la ferme où il ne trouvèrent que la Vve PERRIER qui leur dit que "M. CHALLES malgré ses blessures, était allé chercher du secours à Senantes."

Les gendarmes allèrent au devant de lui et le ramenèrent chez lui. Le docteur lui donna les premiers soins puis il l’amena à l’hôpital de Dreux ou le chirurgien déclara que son état était désespéré. La blessure que la Vve PERRIER a reçue au front est sans gravité.

Le lendemain jeudi matin, l’enquête s’est poursuivie à l’hôpital afin d’interroger les blessés. Nul doute que le vol n’ait été le mobile du crime de l’assassin. Le vol aurait été d’autant plus facile qu’on a retrouvé dans le lit de M. CHALLES de nombreux billets de banque et des valeurs. Aussitôt le signalement de l’assassin fut envoyé à toutes les brigades voisines de Nogent-le-Roi. M. CHALLES a succombé à ses blessures le jeudi après midi.

Le journal du mercredi 6 septembre 1922 revient sur le crime de Coulombs dont l’enquête s’est poursuivie à la ferme d’Héliot où les empreintes digitales laissées sur le verre de l’assassin ont été relevées.

"Interrogée, la Vve PERRIER, sur la déclaration de laquelle on ne peut trop s’appuyer, a dit que l’assassin était jeune, qu’il avait deux doigts de la main gauche coupés". Suit un signalement "jeune homme de 20 à 25 ans, taille 1,65 m à 1,70 m, brun imberbe, ayant les deux premières phalanges de l’index et du majeur de la main gauche coupés, ou simplement la main gauche ankylosée, vêtu proprement, pantalon de velours marron retenu par des épingles, veston noir assez court, casquette brune, bottines assez fines à lacets".

Du vendredi matin jusqu’au samedi matin, les enquêteurs suivaient la piste d’un jeune homme de la région qui était venu à la ferme d’Héliot à bicyclette puis avait disparu mais c’était une fausse piste car il avait pu donner l’emploi de son temps au moment où le crime avait été commis.

On retrouve le crime de Coulombs dans le journal du mercredi 13 septembre 1922 : "Poursuivant ses recherches, pour découvrir l’assassin de M. CHALLES, la police de sûreté a arrêté jeudi à Hermeray un nommé Ch... dont le signalement correspondait en tous points à celui donné par la vieille bonne.

Amené vendredi devant le juge d’instruction, Ch a pu donner l’emploi de son temps le jour où le crime a été commis et lundi il a été remis en liberté.

L’enquête est donc à recommencer entièrement et les recherches vont continuer".

Nouveau rebondissement dans le journal du samedi 16 septembre 1922 puisqu’un suspect sérieux a été arrêté dans le département de la Sarthe : Alfred CHEVALLIER âgé de 17 ans. Toutefois l’intéressé se défendait d’être l’auteur.

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Journal l’Action Républicaine du 16 septembre 1922

C’est le dernier article sur le crime de Coulombs dans l’Action Républicaine. On ne sait pas si le suspect était le bon. A-t-il été condamné ? Mystère, aucune mention d’un éventuel procès devant la cour d’assises d’Eure-et-Loir n’est faite au cours des deux sessions de l’année 1923. A-t-il été jugé dans un autre département s’il avait commis plusieurs crimes ? Le fait qu’il soit mineur peut aussi expliquer l’absence d’information sur son sort. A l’époque, on accordait aux mineurs des circonstances atténuantes pour absence de discernement et on les gardait dans une maison de redressement jusqu’à leur majorité. Il se peut aussi que le crime soit resté impuni.

M. CHÂLLES étant resté célibataire, il a du vite être oublié vu la réputation d’avare qu’on lui prêtait. Son domestique ALLAIS, traité de froussard par le journaliste, n’a pas du se vanter d’avoir été témoin de cette affaire. Seule, la Vve PERRIER, légèrement blessée, pouvait dignement verser quelques larmes sur son propre sort puisqu’en perdant son Maître, elle perdait aussi son emploi alors qu’elle était déjà âgée de 70 ans.

Roger TEMPÊTE